‹ La philosophie de SocrateChapitre 23 sur 73 · H6 PROCÉDÉS PARTICULIERS DE U MAÏEUTIQOE. - DÉFINITION · texte numérisé non relu

H6 PROCÉDÉS PARTICULIERS DE U MAÏEUTIQOE. - DÉFINITION

célestes. Il est le plus brillant, mais pourquoi? L'homme pieux honore les dieux selon les règles ; mais pourquoi ? — Socrate, appliquant spontanément les procédés dont Aristote fera un jour la théorie, va maintenant rechercher la raison de la piété, pour rintroduire dans sa notion\

La raison est ce qui rend une chose possible*. Quelle est donc la condition sans laquelle on ne peut honorer les dieux selon les règles ? Évidemment, il faut connaître ces règles ; voilà une condition nécessaire et universelle. « Celui qui connaîtrait ces règles (ô (c rovq vàfjLovq Tovrovç eidvïç) ne connaîtrait-il pas conic< ment il faut honorer les dieux? — Assurément, « — Quelqu'un honore-t-il les dieux autrement c< qu'il ne pense devoir le faire ? — Je ne le crois « pas. — Nous définirions donc bien l'homme a pieux, celui qui connaît les choses légitimes tou- « chant les dieux? — Il me semble*. » — Telle est la définition par la raison. La raison de la piété, c'est la science ; la piété est donc essentiellement une science.

' La définition complète, dira plus tard Aristote, la définition métaphysiqucy c'est celle qui contient la cause ou raison, rh ainov 6 Xof o;; par exemple, définir la quadrature la formation d*un carré équivalent à tme figure donnée^ c'est n'énoncer qu'une définition formelle et logique ; voici, au contraire, la définition réelle et essentielle, qui contient la raison de la chose : la quadrature est la formation d'un carré équivalent à une figure donnée, par une moyenne proporlionTidle. Oiov TÎ lOTi rh T&Tpa'ifttvtCttVy on [xeoinc t5pY)oic. Met,, UI, p. 44, 1. 14.

' Cf. Leibni iNouv, Ess,, p. 255. « La définition réelle fait voir la possibilité du défini, et la définition nominale ne le fait |K)int. » Cf. Kant, Logique, rédigée par Jsesche, § cxi.

' Mém., IV, VI.

FHOCâfe PARTICULIERS DE Li MâIEUTIQUE. —DÉFINITION. 117

Celle rakon^ qui est pour Socraterélément le plus important de la définition, etaminons-en de plus près les caractères, et voyons par quelle méthodje die a été déterminée.

C'est à la théorie aristotélique de la définition que nous demanderons les plus grandes lumières, d'autant plus qu'Aristote est la principale autorité dans la question qui nous occupe.

Selon Aristote, la définition formelle n'est que la conclusion d'un syllogisme dont le moyen terme, et conséquemment le principe^ demeure ignoré. Ainsi : ¥homme pieux (petit terme) est cehd qui rend aux iieux un culte légitime {grdiïià terme). Le moyen terme restant inconnu, la proposition n'est qu'une conclusion non prouvée. Pour quelle raison le grand terme est-il attribué au petit? On ne le dit pas. On devrait cependant le dire; car le rapport de l'attribut au sujet est ici médiat : on ne voit pas tout de suite pourquoi l'homme pieux rend aux dieux le culte légitime. Or, dit Aristote, non-seulement un attribut médiat de ce genre ne peut exister en luimême^ mais encore il ne peu t pas être par lui-même dans le sujet où il est (dans l'homme pieux). Il y a donc une raison pour laquelle raccomplissement du culte légitime se trouve comme attribut dans l'homme pieux; et V essence même de l'attribut dépend, dit Aristote, de la raison de son rapport avec le sujet. C'est donc de celte raison que la définition réelle ' doit être tirée. Comme la raison qui produit, dans une conclusion quelconque, la synthèse des extrê-

H 8 PROCÉDÉS PARTICUUERS DE LA MAÏEDTIQDE. — DÉFINITIOff.

mes, est le moyen terme, il en résulte que la définition réelle doit renfermer ce moyen terme*. Autrement, elle n'est qu'une conclusion non prouvée, dans laquelle le rapport des termes n'est pas nécessaire et évident par lui-même. Donc la définition réelle est l'abrégé d'un syllogisme couplet, où se trouvent les trois termes ; on pourrait l'appeler définition métaphysique par leptindpe^ pour Topposer à la définition logique par la conséquence.

Cette définition de Socrale : Vhomme pieux est celui qui connaît le culte légitime^ est le principe réel dont la définition formelle d'Euthydème n'était que la conclusion non prouvée. Voici en effet le syllogisme tout entier.

Majeure : — L'homme pieux (petit terme) est celui qui connaît le culte légitime (moyen). — Définition réelle de Socrate par la raison ou moyen terme.

Mineure : — Celui qui connaît le culte légitime le rend aux dieux (petit terme).

Conclusion : — Donc l'homme pieux (petit terme) rend aux dieux le culte légitime (grand terme).

C'est la conclusion de ce syllogisme qui avait été d'abord posée par Euthydème, dans sa définition tirée de la différence logique; Socrate est remonté alors à la majeure, qui contient le moyen terme, ou la raison du rapport des extrêmes.

Maintenant, de quelle manière se découvre une

o; (Taov -ytvcvTai. Anal, post.^ II, XIV.

■^ ■ PflOCftIS PARTICULIERS DE L\ MAlEUTlQUE. — DÉFINITION. 119

majeure, c'est-à-dire un principe général? — Par * induction.

Aussi, au lieu du syllogisme déductif qui précède, et qui suppose le principe connu, avons-nous trouvé à la fin de l'entretien entre Socrate etEuthydème une sorte de syllogisme ou sorite induclif^ dans lequel on remontait de la conséquence connue au principe inconnu. — Mineure : L'homme pieux est celui qui pratique le culte légitime (définition logique par la conséquence de la piété, exprimée d'abord par Euthydème). Majeure : Celui qui pratique le culte légitime est celui qui le connaît fmduction , qui fait rentrer la pratique dans le gmre dé la connaissance). Conclusion : Donc l'homme pieux est celui qui connaît le culte légitime (définition métaphysique par le principe de la piété, à laquelle aboutit Socrate).

Le tableau suivant mettra en évidence la marche inverse des deux raisonnements :

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