PROCÉDÉS PARTICULIERS DE LA MAÏEUTIQUE. — DÉFINITION
f que les lois ordonnent font donc des choses jusffes et accomplissent leur devoir? — Certaine- € ment. — Ceux qui accomplissent des choses € justes sont donc les justes? » (Définition formelle, logique, exotérique, par l'effet ou la conséquence : l'homme juste est celui qui observe les lois relatives aux rapports mutuels des hommes, ol xari ravra yj^itùiievoi aXkriloK;.) « Crois-tu qu'on obéisse aux « lois, quand on ne connaît pas ce que les lois or- € donnent? » (Induction, par laquelle Socrate remonte à la raison j diuprincipey au genre.) — « Non « certes. — Mais ceux qui connaissent ce qu'ils € doivent faire, pensent-ils devoir ne pas le faire? » (Confusion de la ramn qui rend possible avec la cause qui réalise, et qui est ici une cause libre.) — « Je ne le crois pas, répond Euthydème. — Ceux « donc qui savent les choses légitimes touchant les a hommes font des choses justes? — Oui. — Ceux « qui font des choses justes sont justes? — Certai- « tainement. » (Suite de raisonnements inductifs.) — « Nous définirions donc bien les hommes justes « ceux qui connaissent les choses légitimes touchant les « hommes. » Définition réelle, essentielle, métaphysique, par le principe^ par la raison; ou connaissance distincte et raisonnée {lôyoq). Ici encore, le genre (la science) est Télément essentiel que Socrate retrouve sous toute vertu.
« Estimes-tu courageux d'autres hommes que « ceux qui peuvent tirer bon parti des périls? — « Non certes. » définition logique par la consé-
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quence,) — « Chacun se conduit-il dans les périls « comme il croit devoir le faire? — Non. — Ceux « qui ne peuvent bien s'y conduire savent-ils cornc< ment il faut s'y conduire? — Non., » (Induction, qui é'élève à la raison générale.) — « Ceux qui « savent comment faire (elioreç) peuvent donc aussi « le faire (Wvavrat)? » (Confusion de la raison et de • la cause, de la science et de la puissance.) — « Ils c( sont les seuls qui le puissent. — Ceux qui ne se « trompent pas se conduisent-ils mal dans les périls? « — Non. — Ceux qui se conduisent mal se sont « donc trompés (^tyîfÂapnîxacxt) ? — Sans doute. — « Ainsi ceux qui savent tirer bon parti des périls sont « les hommes courageux ; et ceux qui se trompent « en cela sont des lâches. » Définition réelle et métaphysique par le principe rationnel, ou le genre, qui est encore ici la science.
« Mais que dirons-nous de la sagesse? Les sages, « dis-moi, le sont-ils seulement dans ce qu'ils (( savent, ou peuvent-ils Tètre même dans ce qu'ils «ne savent pas?» (Induction déterminant la condilion rationnelle et générale de la sagesse.) « Ils « ne peuvent Têtre, Socrate, que dans ce qu'ils sa- « vent : comment serait-on sage dans ce qu'on c< ignore?... — Chacun ne peut donc être sage que « dans ce qu'il sait? — C'est mon opinion. » Définition par le principe rationnel : L'homme sage sur une question est celui qui sait les choses relatives à cette question.
On voit que ce ne sont pas là quelques définitions
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isolées et sans unité. C'est tout un système, parfaitement lié, et empreint d'un dogmatisme évident. Son retrouve un pareil ordre et une pareille méthode dans le désordre habituel des Mémorables, comment méconnattre dans les procédés de définition socratiques l'œuvre d'un logicien qui était déjà métaphysicien.
Yoici d'autres définitions contenant des doctrines aouvelles, mais révélant la même méthode.
« Ne faut-il pas déterminer de même le bien (xaJ « xaeyaOw gvtcù ÇyjnjTeov êerrt)? — Comment? — Croyez- « TOUS que la même chose soit lUile à tous? — Non. « — Ce qui est utile est donc un bien pour celui à qui € c'est utile? — Oui. » (Induction qui fait rentrer le bon dans le genre de Yiitile, et définition par le genre.) « N'en est-il pas de même du beau?... Une « chose n'est-elle pas belle quand on s'en sert pour « l'usage auquel elle est utile?... Ce qui est utile € est donc beau pour ce à quoi il est utile? » Induction analogue à la précédente, qui fait rentrer le beau comme le bon dans le genre de l'utile. L'utile est la raison, le principe du bon et du beau.
Quelle que soit la valeur des doctrines exposées dans ce chapitre de Xénophon, qui ne les a peut-être pas entièrement comprises, on ne peut méconnaître l'unité puissante de la méthode logique chez Socrate, et le but métaphysique auquel elle tend, à savoir la détermination de l'essence et de la raison des choses.
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Voici les résultats de notre analyse, résumés dt\ réduits en système.
Socrate définit par induction. Étant donnée une conséquence extérieure, formelle, et comme visible, ^ il induit le principe intime, réel, mais invisible; et ce principe est pour lui la définition même, ou au H moins l'élément capital de la définition (ro op^Ceofid»
Or ce principe est un genre, et c'est dans le genre que Socrate place la définition ; ce qui n'exclut pas la différence logique, nécessaire à ses yeux pour rendre les idées distinctes ^ mais accessoire parce qu'elle n'est pas la raison de la chose. La différence distingue, le genre expliqua.
Le genre est donc pour Socrate la raison du particulier, loyoç, la notion rationnelle. Toute raison^ en effet, enveloppe ce qu'elle explique et le rend possible, comme un principe général enveloppe sa conséquence. Définir par le genre, c'est définir par la raison.
Socrate dirait même que définir par le genre, c'est définir par la cause ; car il ne distingue pas la raison qui rend simplement possible et intelligible delà cause active qui rend réel et actuel. Par exemple, la raison de la piété est bien pour nous la science, qui rend la piété possible; mais la cause est la liberté, qui la rend réelle ; Socrate, ne faisant pas cette distinction, croit, en définissant par la raison^ définir par la cause.
De même, il croit définir par Vessence. Le genre,
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à h fois raison et cause, enveloppe les espèces, comme le principe enveloppe les conséquences; ces e^ièces n'existent donc que par le genre ; elles lui empruntent leur possibilité et leur existence; elles tiennent de lui leur essence. Alors, définir par le genre, c'est déterminer l'essence de la chose, ce fielle est, n' éerrc. Ainsi, la piété est essentiellement science, et elle a la même essence que les autres vertus, qiii se réduisent également à la science. L'une est science des règles du ciTlte ; l'autre est science des rapports entre les hommes, etc., voilà l'accidentel et l'accessoire ; mais ce qui importe, et ce que Socrate s'attache à faire voir dans tout le cbapitre de Xénophon, c'est que chaque vertu est farncÀure et essentiellement^ science.
Enfin,. à travers les formes logiques de sa méthode de définition, c'est le fond métaphysique que Socrate semble chercher. Il ne se contente pas delà définition nominale, ni même de la définition formelle et logique; il cherche la définition réelle et métaphysique, et il la trouve dans la raison^ dans la cause, dans Vessence, dans le genre : ro TiaOohv Çy;- Twvroç. 11 trahit ainsi une tendance idéaliste d'autant jrfus incontestable, qu'elle apparaît dans Xénophon lui-même.