FONDEMENT ONTOLOGIQUE DE LA MÉTHODE DE SOCRÀTE
« eiâeim ytalov). — Oui, et même beaucoup [tloI iroXi«), « répondit Socrate. » — Nous sommes ici, en effet, dans la région du multiple, puisqu'il s'agit de quelque objet beau; et c'est ce que Socrate laisse entendre immédiatement par ce mot de mïli. « Ces « belles choses, demande alors Aristippe, sont-elles « toutes semblables entre elles? — Il y en a qui, « certes, diffèrent bien entre elles. — Et comment « ce qui diffère du beau (to t^ xaX^ àvopotov) seraitc( il beau? » — Le sophisme d'Aristippe repose sur la confusion du beau absolu et du beau relatif, en d'autres termes, des choses belles avec le beau. Sans doute, le beau ne diffère pas du beau, comme nous avons vu tout à l'heure que l'abeille, en tant qu'abeille, ne diffère point de l'abeille, ni la figure de la figure. Mais tm objet beau peut et doit différer d'un autre objet beau, et il est beau malgré cela. Car il ne diffère pas du beau lui-même, comme le prétend Aristippe (rà xaiw àvo|uiotov), mais seulement d'un objet beau (Aristippe aurait dû dire : xoiw uvt 6cv6- ^oiov). Socrate ne se laisse pas prendre à cetteambiguïté des termes, et distingue parfaitement le point de vue universel, objet de la définition^' du point de vue particulier, objet de Vexemple. « Parce « qu'un beau coureur, répond-il, diffère d'un beau c< lutteur. La beauté d'un bouclier, fait pour défen- « dre le corps, diffère de celle d'un javelot, qui est « beau quand il peut se lancer avec force et vi- « tesse... — Vous dites donc qu'tme même chose peut « être belle et laide en même temps? — Je n'hési-
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• terai pas plus à dire qu'elle peut être bonne et t mauvaise. Ce qui est bon pour la faim est mauf yaispour la fièvre; ce qui est bon pour la fièvre test mauvais pour la faim. Un genre de beauté «pour la course ne conviendrait pas à la lutte; ce c qui est beau à la lutte serait laid à la course. Les « choses sont belles et bonnes, relativement à leur « convenance {npoç â otu eu ê^ri)^ laides et mauvaises « relativement à ce à quoi elles ne conviennent t pas. » — Socrate, répète-t-on sans cesse, aadmis, d'après Xénophon, le caractère relatif du beau et du bien. Pas le moins du monde : il a admis le caractère relatif des choses belles et des choses bonnes, ce qui est fort différent. Platon n'admet-il pas, lui aussi, que tout objet, beau ou bon, contient un mélange de laid et de mauvais, que rien n'est pur ici-bas, que toute chose finie renferme en ellemême une contradiction? C'est précisément cette contradiction qui lui fait chercher, en dehors des choses sensibles, l'identité, l'unité, la pureté et la perfection des essences. Socrate, lui aussi, a vu dans les choses sensibles le mélange d'universel et de particulier qu'elles contiennent. Il en a conclu la nécessité de séparer l'universel au moyen de la définition, et de le considérer comme le fond essentiel des choses. C'est là l'antécédent le plus immédiat delà théorie des Idées; pourtant, comme nous le verrons, ce n«est pas encore cette théorie. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que Socrate fait preuve, dans Xénophon même, de profondeur dialectique,