LES DIVERSES VERTUS. — TEMPÉRANCE ET CODRAGE
même pour notre corps, meilleure pournos plaisirs. Tant il est vrai que ce qui est réellement bon est universellement bon.
A cette vertu se rattachent le mépris de Vamour impure et le mépris des richesses j dont VEryxias nous montre bien les avantages. « Faut-il croire X meilleur et plus heureux Thomme à qui le soin K de son corps donne une foule de besoins, ou celui K qui en a très-peu et se contente des choses les R moînsdélicates? Peut-être trouverons-nous plus ai- Q[ sèment la réponse, en considérant un seul homme « dans ces deux états, dans la maladie et dans la a santé... Nos besoins sont-ils plus grands et plus a nombreux quand nous sommes malades que a quand nous nous portons bien? — Quand nous « sommes malades. — Nous n'avons donc jamais a plus de besoins, nos sens n'ont jamais plus de « désirs que quand nous sommes dans un plus « mauvais état... Ne faut-il pas dire la même chose «i de deux hommes, dont l'un a beaucoup de besoins « et de désirs ardents, l'autre peu de besoins « et un tempérament plus reténu? Il y en a, par « exemple, qui ont une grande passion pour le a jeu, d'autres pour le vin, d'autres pour la table... « — Je regarde ceux-là comme d'autant plus mal- « heureux qu'ils ontplus de passions. — Mais n'est-il « pas vrai qu'une chose ne peut jamais être utile à « un but quelconque que si nous en avons besoin
* Voyez plus loin la Théorie de Vamour.
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(( pour atteindre ce but?, — Sans doute. » Le caractère inférieur et relatif de tout ce qui n*a pas sa fin en soi-nieme est ici remarquablement indiqué; tout être imparfait a des besoins, et ses utiliih supposent autant de besoins à satisfaire. « Il faut « donc à une chose, pour être utile aux soins c( qu'exige le corps, que nous en ayons besoin pour « ce but. — Il me semble. — Par conséquent, celui « qui a le plus de choses utiles aux besoins de sou i « corps doit avoir aussi le plus de besoins, puisque, ' « pour qu'une chose soit utile, il faut en avoir « besoin. — Oui. — Il suit de là que ceux qui ont (( le plus de biens ont aussi le plus de besoins pour « leur corps ; car nous avons dit que les biens sont « ce qui est utile aux soins du corps, de sorte que « les plus riches se trouvent nécessairement dans c< rétat le plus fâcheux, puisqu'ils ont le plus a grand nombre de besoins ^ » Ainsi, de deux choses Tune, ou vos richesses ne vous servent à rien, ou elles serv(3nt h satisfaire des besoins; et alors plus vous êtes riche, plus vous êtes malheureux.
« Avez-vous remarqué, dit également Xénophon, « que certaines gens, n'ayant que peu de ressources, « en ont cependant assez et font encore des épar- « gnes ; et que d'autres, avec de grands biens, n*ont « pas même le nécessaire? — Je sais même des (( souverains que la détresse force, comme des « indigents, à commettre des injustices. — S'il en
* ÉryxiaSf p. 405, c.
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« est ainsi, voilà donc des souverains à placer dans « la classe du peuple; elles gens qui possèdent peu, « mais qui savent économiser, seront comptes « parmi les riches*. »
I.es Stoïciens ne feront que résumer la doctrine de la tempérance socratique, en disant : le tempérant ou le sage est seul riche, seul libre, seul roi, seul en bonne santé, seul heureux, seul semblable aux dieux.
II. La science, qui engendre la tempérance par son rapport aux faux biens, engendre le courage par son rapport aux maux apparents.
Le courage est la classification rationnelle et pratique des divers genres de maux. D'où viennent, en effet, la crainte et la lâcheté? De ce que nous croyons' apercevoir un mal véritable dans des choses qui ne sont point mauvaises en elles-mêmes, par exemple la douleur, la maladie, la mort. Dissipez cette illusion de l'esprit, l'idée et l'amour des vrais biens l'emporteront sur la crainte des maux imaginaires. « Le courage ne consiste pas à braver des « dangers qu'on ne connaît pas;... autrement quan- « tité de fous mériteraient ce nom;... ni à craindre « ce qui n'a rien de terrible... Ceux qui savent c< tirer bon parti des occasions périlleuses sont « les hommes courageux. Le courage est donc la « science de ce qu'il y a de meilleur à faire dans
» Mém,y IV, II.