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que des doctrines analogues à celles qu'il a réellement professées, quoique d'une portée qu'il ne leur avait pas donnée lui-même. Ce qui n'était qu'une faible lueur chez le maî- ) tre, devient chez le disciple une éclatante lumière ; mais le foyer n'est point différent. ■•: Admettre le contraire, c'est croire que Platon a i choisi arbitrairement ses personnages. Ce serait '^. donc par hasard que Socrate, qui joue le pre- i mier rôle dans le Théétète^ devient simple audi- j teur dans le Sophiste^ dans le Parménide^ dans j le Timéey et disparait même dans certains dialo- j gués ? Une semblable opinion est en désaccord l avec tout ce que nous savons de l'art grec et principalement de l'art platonicien.
Si l'on était réduit aux témoignages de Xéno- ^ phon et de Platon, on devrait modérer l'un par ^ l'autre. Socrate est amoindri et vulgarisé dans Xénophon; de son côté, Platon idéalise tout ce qu'il touche : le vrai Socrate était intermédiaire, mais plus près de Platon que de Xénophon.
Heureusement, nous pouvons ajouter à deux autorités le témoignage décisif d'Aristotej^ qui a été trop négligé. Nous trouverons, dans-^ les Morales, des passages auxquels on n'avait r
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fait attention et qui répandent une entière têurté sur les doctrines capitales de Socrate. iSfeos mettrons particulièrement en évidence «1 critérium inaperçu, quoique bien simple, pour distinguer le système de Socrate sur la
f folontê du système platonicien ; par la comparaison des textes d'Aristote avec les Mémorables et avec le Deuodème Hippias, nous espérons avoir mis ce point hors de doute.
C'est toujours par les textes de Xénophon que nous commencerons nos recherches ; c'est à Aristote que nous demanderons de trancher
, fes questions douteuses; Platon ne viendra
' qa'en dernier lieu, pour confirmer et expliquer les Mémorahies, non pour les contredire, ei nous nous attacherons sans cesse à distinguer la
. doctrine du maître et celle du disciple tout
! en montrant leur point de contact.
^' En définitive, il nous semble qu' on a beaucoup ^..^«xagéré la difficulté de reconnaître les doctrines r 4e Socrate à l'aide de Xénophon et de Platon : on ràeru qu'il existait de notables divergences entre •les témoignages des deux disciples; mais une -ude patiente des textes, confrontés avec les r jugements d' Aristote, fait reconnaître qu'il n'y a
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aucune opposition sérieuse de doctrine entre les Mémorables et les Dialogues. La critique allemande, en général, dans ses admirables études, ne s'est-elle point trop plu à chercher partout des contradictions? Au lieu d'accepter tous les témoignages et d'en découvrir l'unité, elle met fort souvent les témoins en suspicion, les oppose l'un à l'autre et à eux-mêmes, fait parfois un choix systématique, rejette ce qui lui déplaît, et va jusqu'à nier l'authenticité d'un livre quand ce livre ne s'accorde pas avec l'interprétation qu'elle préfère. La critique anglaise, au contraire, semble tout accepter sans vouloir parfois voir autre chose que la lettre ; dans une excellente intention de fidéUté, elle juxtapose les témoignages comme ils se présentent, et reste trop souvent à la surface des doctrines sans en
montrer l'unité intime : aussi finit-elle par être infidèle à l'esprit de la philosophie antique. En face de la diversité des témoignages, ne vaudrait-il pas mieux accepter le plus possible et faire effort pour tout expliquer? Par exemple, au lieu d'établir des oppositions artificielles entre Xénophon et Platon, ne faudrait-il pas tenir compte de toutes leurs affirmations et en chercher de son mieux le lien intelligible?
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II. Par œtte méthode, qui nous semble la seule rigoureuse, nous arriverons à reconnaître qoe le vrai Socrate, le Socrate complet, celui dont rinfluence est toujours vivante et dont la mort fut non une défaite, mais un triomphe, est le Socrate de Platon. Socrate nous apparaîtra dans les DialogiieSy sinon tel qu'il a été toujours, du moins tel qu'il eût voulu être, tel qu'il s'est efforcé d'être. Or, selon la propre doctrine de Socrate, chacun ne s'efforce d'être manifestement que ce qu'il est déjà en germe. Nous devrons donc trouver dans Platon, sinon le Socrate purement réel, du moins le Socrate wai, dont l'autre ne fut que la réalisation vivante. Pour emprunter à Platon son propre langage, nous dirons qu'il a su admirablement nous faire contempler Vidée de Socrate. Et après tout, c'est l'idée, c'est l'esprit plus que la lettre qui importe à la philosophie. 11 y a dans toute ame de philosophe une pensée qui se développe et une dialectique vivante dont Vîndividu lui-même ne se rend peut-être pas entièrement compte, mais qui n'en est pas moins réelle, et qui constitue sa vraie originalité. Jetez sur cette métaphysique nécessairement méthodique et abstraite la variété des