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CHAPITRE V

LA THÉORIE SOCRATIQUE DE LA VOLONTÉ DANS LES DIALOGUES ATTRIBUÉS A ESGHINE OU A SIMON

Sans exagérer l'importance des dialogues attribués aux socratiques, nous ne pouvons cependant les négliger. Qu'ils soient d'Eschine, ou de Simon, ou de tout autre, ils n'en contiennent pas moins, soit le souvenir des entretiens de Socrate, soit les traditions les plus répandues au sujet de ce philosophe.

Le Clitophon^ attribué par les uns à Eschinç, par les autres à Platon lui-même, contient un résumé très-intéressant et très-exact des conversations les plus habituelles à Socrate :

« Souvent, Socrate, quand je me suis trouvé avec c( toi, j'ai été saisi d'admiration en t'écoutant; et il c( m'a semblé que tu parlais mieux que tous les « autres, lorsque, gourmandant les hommes, comme c( un dieu du haut d'une machine de théâtre, tu c( t'écriais : — Où courez-vous, mortels? Ne voyez- « vous pas que vous ne faites rien de ce que vous

m THÉORIE DE LA VOLONTÉ, D'APRÈS LES SOCRATIQUES.

c< devriez faire? Le but de tous vos soins est d'ace masser des richesses et de les transmettre à vos « enfants, sans vous inquiéter de l'usage qu'ils en « feront. Vous ne songez pas à leur trouver des a maîtres qui leur enseignent la justice, si elle peut « s'enseigner, ou qui les y exercent et les y force ment convenablement, si l'étude et l'exercice « peuvent la donner. Vous ne vous gouvernez pas ce mieux vous-mêmes. Et quand, après vous être ce instruits dans les lettres, la musique et la gymcc nastique, ce que vous croyez être la parfaite éduce cation pour devenir vertueux, vous voyez que ni ce vous ni vos enfants n'en êtes moins ignorants ce sur l'usage de vos richesses, comment n'êtes-vous ce pas scandalisés de cette éducation, et ne cherchezcc vous pas des maîtres qui fassent disparaître cette ce fâcheuse dissonance? Car c'est à cause de ce désce ordre et de cette insouciance, et non parce qu'un ce pied tombe assez mal en mesure avec la lyre, ce qu'il y a défaut d'accord et d'harmonie entre les ce frères et les frères, les États et les États, et que, ce dans leurs divisions et leurs guerres, ils souffrent ce autant de maux qu'ils s'en font mutuellement. c( Vous prétendez que rinjustice est volontaire, et ce qu'elle ne vient pas du mayique de bmières et de ce riqnorance, et cependant vous soutenez que l'ince justice est honteuse et haïe des dieux. Quel est ce donc rhomme qui choisirait volontairement un tel ce mal? Celui qui se laisse vaincre par les plaisirs, ce me répondrez-vous. Mais si la victoire est volon-

ce taire, la défaite est toujours involontaire (où^toOv

ce za\ ToïiTo dy.ov(7LOV^ eŒep ro viTiàv exoudiov). Ainsi, de

ce toute manière, la raison choisit l'injuste comme

ce involontaire (wtjre èy. Travroç Tpénov, zo ye ààiYMu ày,ov-

ce (jiov 6 16yoç oclpeî) ; et nous devons, chacun de nous ce en particulier, et toutes les républiques en généce rai, nous montrer moins négligents que nous ne le ce sommes aujourd'hui.— Quand je t'entends parler ce ainsi, Socrate, je t'admire, je t'aime et je te loue. »

Ce passage nous montre la haute moralité pratique que Socrate tirait de son opinion si paradoxale d'abord et si spéculative : — Il laut s'instruire, il faut enseigner à tous leurs devoirs ; il faut guérir cette ignorance, qui est la maladie de l'ame; il faut avoir pitié des hommes vicieux et les éclairer. — C'est parce que Socrate croyait à la puissance irrésistible du savoir, qu'il consacrait sa vie à chercher pour lui-même et pour les autres la bienfaisante vérité. Si on ne comprenait pas cette théorie, on ne comprendrait pas la mission de Socrate.

Même doctrine dans le dialogue Du juste, que Bœckh attribue au cordonnier Simon.

ce Crois-tu que l'injuste s'attache aux hommes de ce leur plein gré ou malgré eux; ou, pour mieux ce dire, crois-tu que les hommes injustes le sont ce volontairement ou involontairement (r/ovT£ç h ce àV.ovT£ç) ? — Volontairement, je crois, Socrate, ce car ce sont des méchants. — Tu crois donc que ce les méchants et les injustes le sont volontairece ment? — Oui, ne le crois-tu pas? — Non, s'il

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ce faut ajouter foi au poète. — Quel poète? — Celui c< qui a dit :

« Nul n'est volontairement méchant, ni involontairement heureux.

«... Je serais bien étonné que le poëte eût fait ici ce un mensonge. Mais cherchons ensemble s'il a c( menti ou dit la vérité. » Socrate prouve ensuite que la justice est science, l'injustice ignorance, ce II semble donc que ce que nos ancêtres nous ont ce laissé sous le nom de science est la justice, et « sous le nom d'ignorance, l'injustice. —Il semble. ce — Est-on ignorant volontairement ou involontaicc rement? — Involontairement. — On est donc incc juste involontairement. — Cela est certain.— Mais ce les injustes sontméchants?— Oui. — On est donc ce involontairement méchant et injuste {novripoi xal ce SiMi). » D'où Socrate conclut que l'acte môme de l'injustice, en tant qu'injuste, est involontaire :

ce "Ajcovteç dpx âSiy.oxKJiy Tixl dSmol eiffi xal Trovyjpot. » Ce

sont les trois choses que Platon déclare de même inséparables, disant que a^txoç kriv équivaut à àSiTtel, ce qui n'empêche pas l'action d'être volontaire en soi, mais non en tant qu'action injuste.

Nous avons retrouvé dans Âristote le vers cité par Socrate : OvSek é/.wv Ttov/ipoç, o-jS ax&)v ^a>tap, et dont on ignore l'auteur. Aristote le cite dans un chapitre de sa Morale à Nicomaqiie, parallèle au chapitre de la Grande Morale consacré à Socrate. Il prouve la fausseté de ce vers, sans nommer Socrate ; mais le rapprochement des deux Morales rend l'allusion évi-

dente. Peut-être Âristote avait-il en vue le dialogue Du juste; au moins peut-on en conclure que ce vers était très-connu et considéré comme résumant la pensée de Socrate. Et en effet, outre la première partie du vers : OvSelq exwv Trov/jpoç, la seconde moitié exprime une idée que Socrate admettait également, ovS' «kwv iidiy.ocp. On n'est point /iei^reux involontairement et malgré soi ; et comme le bonheur est identique à la vertu, on est volontairement vertueux et juste, involontairement vicieux

et injuste*.

De tous côtés, nous avons donc un accord frappant de témoignages, et il est impossible de mettre en doute le )ta>to$ hm ov$ûç de Socrate.

» Arist., Eth. Nie, III, v. T6 ^è XÉ-ysiv, w; cù^elç éxwv irovYipoç, où5' âxwv

{i.âx*p, ëoixs To (xàv ^i^hl, To 5aXr.0sù Maxapîtoç (lèv -^àp cù^ei; axwv, -h Si

p.cx.evipia âxouaîa. Suit la démonstration de la liberté par les peines, les

éloges, etc. ; démonstration qu' Aristote oppose à Socrate, dans la

Grande Morale.

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