CHAPITRE II
Diogène de Laërte nous dit que Socrate commença par être sculpteur, et qu'on voyait même de lui les Grâces voilées dans l'Acropole. Les Mémorables de Xénophon nous représentent Socrate conversant avec des artistes, et leur donnant des conseils sur leur art. « Il alla voir un jour le peintre « Parrhasius. — La peinture, lui dit-il, n'est-elle « pas la représentation des choses visibles? Vous « imitez avec des couleurs les creux et les saillies, « le clair et l'obscur, la mollesse et la dureté, le « poli et la rudesse, la fraîcheur de l'âge et la dé- « crépitude. — Cela est vrai*. » Le moyen qu'emploient les arts, l'imitation de la nature, est ici fort bien indiqué. Socrate montre ensuite que ce moyen a pour but d'exprimer une beauté supérieure à celle qu'on trouve dans les objets particuliers, et réunissant leurs qualités sans leurs défauts. « Si
* Mèm., m, I.
■':iilfc|làç«i|f'''' î|!l|iliÇ':îSt''î!T'''''''^ wmm"""
l"il!jia!i!!i|,..iiiji'iii!»'"7""''
« VOUS voulez représenter les belles formes (y.alà « eïh), comme il est difficile de tiouver un seul « homme qui n'ait aucune imperfeclion, vous rasce semblez plusieurs modèles, et [)i'enez de chacun c( ce qu'il a de beau, pour en fniro un corps accom- « pli dans son ciisembk'. » Ainsi, à rimilation de la nature, succède la corredion et la combinaison des éléments naturels. Mais Socrate ne se contente pas de la représentation physique, il veut Vcjp révision morale. « Quoi? ce (jui vous ^agne le plus « (TTiOavoraroy), le [ilus agréable, le plus charmant « (çtAr/.wrarov), le plus désirable, le plus aimable, le « caractère de Famé enlin {r?iç ^vyf,; zOo;), l'imitez- « vous, ou est-ce inimitable?— Eli ! comment imi- « ter ce qui ne dépend ni de la proiiorfion, ni de la « couleur, ni d'aucune des choses que tu as détail- « lées, ce qui enlin ne se pr^ut voii"? » Ce passage montre chez Socrate une idér» de Tait plus élevée que chez ses contemporains. Un Parrhasius se contente des formes visibles, et croit Texpi-ession morale intraduisible par les couleurs; Socrate, au contraire, songe toujours et partout à l'âme; et, en recommandant aux artistes de l'exprimer, il ouvre aux arts leur véritable voie. « Ne remarque-t-on pas « dans les regards tantôt l'amitié, tantôt la haine? « — Oui. — Ces deux passions |)euveiit donc être « imitées dans les yeux? — Assurémciit. — Trou- « ves-tu le même caractère de physionomie à ceux « qui prennent part au bonheur ou au malheur de « leurs amis, ou à ceux qui n'en sont point touchés ?
LE BEAU DANS LES AllTS. 191
« — Non certes, car le visage que l'on montre à ses « amis heureux est aussi riant qu'il est triste dans « leur infortune. — Voilà donc encoie des passions « qu'on peut représenter. — Il est vrai. — Un air « de grandeur et de noblesse, un air humble et ab- « ject, la modestie, la prudence, l'insolence, la « rusticité, tout cela se montre sur le visage et dans « le geste, dans l'action et même dnns le repos. — « Oui. — Nouveaux caractères que Tart peut expri- (( mer. — Sans doute. — Et qui crois-tu qu'on (( aime le plus à voir, de l'homme dont l'extérieur « décèle un caractère doux, heureux, aimable, ou « de celui qui n'offre que des inclinations liaïssa- (( blés, viles et méchantes? — En effet, Socrate, « quelle différence entre l'un et l'antre! » La beauté artistique linit donc par se résoudre dans la beauté morale. Socrate parcourt ici instinctivement une échelle dialectique qui rappelle celle du Banquet de Platon. Il nous montre les arts contemplant d'abord l)lusieurs beaux corps, puis les réunissant par leurs qualités communes dans un tout harmonieux, qui est la beauté physique {tx vSkx srJ/j). Mais la beauté physique, à son tour, exprime l'âme. Les âmes ont des qualités multiples, les unes bonnes, les autres mauvaises, les unes belles, les autres laides; l'artiste doit préférer les premières, et les réunir en un tout harmonieux qui est la beauté morale. Ainsi, dans Socrate, le dialecticien soumet les arts aux lois de sa méthode, le psychologue les rappelle à l'expression de l'àiiie, et le moraliste, au fond de
rame elle-même, veut retrouver le bien. Platon verra dans l'art une série de moyens et de fins : le corps est fait pour exprimer l'âme, qui est sa fin; et l'âme est faite pour exprimer le bien, qui est la fin suprême de tous les êtres. On ne peut méconnaître dans la page précédente le germe déjà développé de l'esthétique platonicienne. Seulement, Vidée métaphysique du beau en soi, que contemple l'artiste, demeure étrangère à Socrate, quoiqu'elle semble entrevue sous la forme du bien.
« Socrate, continue Xénophon, était allé un jour c( chez Cliton le sculpteur. — Je vois bien que tu « représentes avec beauté l'athlète à la course, le « lutteur, le pugile, le pancratiaste; mais le carac- « tère de vie qui attire surtout l'âme (^^y/aycoyer), « comment l'imprimes-tu à tes œuvres? » Les formes plastiques ne produisent que la beauté; l'âme vivante, aimable et désirable, produit la grâce, plus belle encore que la beauté.
Comme Cliton hésitait et tardait à répondre, « C'est peut-être, lui dit Socrate, en conformant tes « statues à tes modèles vivants, que tu les montres « plus animées? — Voilà tout mon secret. — Sui- « vaut les différentes postures du corps, certaines « parties s'élèvent, tandis que d'autres s'abaissent; « quand celles-ci sont pressées, celles-là fléchis- « sent; lorsque les unes se tendent, les autres se « relâchent : n'est-ce pas en imitant cela que tu « donnes à l'art la ressemblance de la vérité? — « Précisément. — Cette imitation des actions du
« corps ne cause-t-elle pas un certain agrément « (rép^iv) aux spectateurs? — Assurément. — Il « faut donc exprimer la menace dans les yeux des « combattants, la joie dans le regard des vaince qucurs. — Oui certes. — Il faut donc que le « sculpteur exprime par la forme les actions de
« l'ame {zà ryjç ^vxnç epya tw etâet TipocretzaSsiv) . » —
Platon, allant plus loin dans la même voie, fera dire à Socrate, dans le Philèbe, que les corps et les autres objets n'ont rien de beau par eux-mêmes, et qu'ils empruntent toute leur beauté à l'âme, comme leur
bonté : « "Sh/Jh àycShv Ûvoli ij.rjdï y,al6v, ^/îre ev Œcùixocai^ « [X'/ire èv tïoUqlç akloiq^ ttAtjv iv ^'j^ri ^ » De plus,
Tânie emi)runte toute sa beauté au bien, et c'est le bien qui est le dernier objet de l'art. « En quoi « ferons-nous consister la beauté d'une figure ou « d'une mélodie? Dis-moi, les gestes et le ton « de voix d'un homme de cœur, dans une sice tuation pénible et violente, ressemblent -ils à « ceux d'un homme lâche en pareille circonstance ce?... Toute figure, toute mélodie qui exprime « les bonnes qualités de l'âme ou du corps, soit (( elles-mêmes, soit leur image, est belle : c'est « tout le contraire si elle en exprime les mauvaises « qualités ^ »
En résumé, Socrate demande aux artistes de ne pas se borner à l'imitation physique des choses, mais d'atteindre à Texpression du beau. 11 re'con-
' t'hil., à -, L.
^ Lois, u, 77, 78.
naît, Cil outre, deux conditions de beauté : IMa vie, (lui résulte de la manifestation de Tàme, parle moven des niouveinents, des attitudes, des gestes, du regard ; 2" un certain idéal encore vague, qu'il place daus le bien moral et la vertu, parce que la vertu est la beauté de ràiue.
Platon acceptera tous ces éléments de la beauté ; mais la première condition, la vie, sur laquelle Socrate insiste avec tant de force, ira diminuant peu à peu dans les théories de Platon, pour faire place à la régularité géométrique et à Pionnobilité hiératique des formes. Au contraire, la seconde conditiou du beau, Vidêal, [)rendra daus Platon une iuqjortance supérieure. En outre, Platon finira par absorber entièrement le'beau dans le bien, et, qui plus est, dans le bien moral. De là Paustérité de son esthétique, et Passervisseuieut complet de Part à la volonté du législateur. Si Platon eût laissé au mot de bien le sens tout métaphysique qu'il lui donnait d'abord, il eût évité ces excès : car, quand on admet qu'il y a beauté partout où il y a un degré de bien quelconque, physique ou moral, le domaine des arts redevient inlini, comme le bien même entendu en ce large sens, au lieu d'être reufermc dans les limites trop étroites de la moralité; partout où il y a de la vie, de la pensée, de l'activité, du sentiment, ou même simplement de Pètre, il y a déjà une beauté plus ou nmins rudimentaire que l'artiste peut s'efforcer de reproduire et d'interpréter. Ici encore, pour corriger
la doctrine socratique, il est peut-être inutile d'en sortir; il faut, au contraire, y entrer plus profondément, et pousser jusqu'au bout l'équation entre le beau et le bien.
Socrate ne nous présente point, sur ce sujet, le caractère exclusif et systématique des théories platoniciennes. Tout en reconnaissant le bien moral pour la plus belle des beautés, il reconnaît aussi des beautés inférieures; et jusque dans les ouvrages des artisans les plus humbles il conçoit la possibilité d'un certain mérite iirtistique. Par exemple, une cuirasse peut avoir son genre de beauté, qui résultera, cette fois, non d'une linalité interne, mais d'une heureuse appropriation à sa lin extérieure. Les proportions intrinsèques se trouvent ici subordonnées aux proportions extrinsèques et à la convenance : il faut, avant tout, que la cuirasse s'adapte bien au corps et lui convienne. « Un (( jour, Socrate entra dans la boutique de Parce mûrier Pistias, qui lui montra des cuirasses « bien faites. — En vérité, lui dit-il, j'admire Pince vention de cette armure qui couvre le corps dans « les parties où il a besoin de défense, sans empê- « chéries bras de se remuer. Mais, dis-moi, pourc< quoi vends-tu tes cuirasses plus cher que les « autres armuriers, quoiqu'elles ne soient ni plus « fortes, ni meilleures? — C'est que je les fabrique (( mieux proportionnées. —Est-ce par le poids ou « par la mesure que tu prouves leur proportion, et « que lu les estimes plus? car tu ne donnes à
i% .LE BEAU DANS LES ARTS.]
«"toutes ni le même poids ni la môme grandeur, « s'il est vrai, comme je le pense, que tu en lasses « d'assorties aux différentes tailles. — Il faut bien « qu'elles puissent s'ajuster, car autrement à quoi « servirait une cuirasse? — Mais n'y a-t-il pas des c< corps bien proportionnés, et d'autres qui ne le « sont pas? — Sans doute. — Comment donc tais-tu « une cuirasse d'une belle proportion pour un « corps mal proportionné? — En l'ajustant à la « taille; dès qu'elle va bien, elle est d'une belle c< proportion. — Si je ne me ti'oni[)e, Iti coiisUlcrcs les « proportions non en elles-mêmes, mais par rapport « aux personnes. Ainsi, tu diras qu'un bouclier est c( bien proportionné s'il Test pour celui qui doit s'en « servir; peut-être y a-t-il dans cette convenance « un autre avantage qui n'est point à mépriser. — « Enseigne-moi là-dessus ce que tu sais, Socrate. (c — Une armure qui va bien fatigue moins de son « poids, sans être en effet plus légère que celle qui « va mal... On dirait que c'est, non pas un fardeau, « mais un appendice du corps. » Il y a là une pensée assez profonde et toute socratique : c'est que la chose la mieux fiiite au point de vue de la beauté est en même temps la plus utile; l'élégance véritable et la commodité vont ensemble. Une chose brillamment ornée, mais incommode et mal appropriée à sa iiu, contient en elle-même un certain désordre choquant et une sorte d'inconvenance qui qui nuit à la beauté. Le beau se trouve donc dans le simple et dans le naturel. — Cette idée d'une
intime harmonie entre le beau et le convenable ou l'utile est bien socratique. Elle ne mérite pas, d'ailleurs, nous l'avons vu, les dédains de quelques interprètes. Il y a réellement en toutes choses une certaine finalité, interne ou externe, supérieure ou inférieure, que l'artiste doit respecter, s'il veut faire un bel ouvrage ; et cette finalité est en même temps une utilité. « Tu viens de dire, Socrate, ce qui « donne, selon moi, un très-grand prix à mes ou- « vrages, quoiqu'il y ait des personnes qui achètent « de préférence des cuirasses ciselées et dorées. — c< Mais si, séduits par ces embellissements, ils achè- « tent des cuirasses qui s'ajustent mal, n'achètent- (c ils pas alors un objet incommode bien ciselé, bien « doré? » — Une cuirasse dorée et disproportionnée n'est donc pas la plus belle, parce que la cuirasse n'a pas pour fin de briller, mais de défendre le soldat, en s'harmonisant avec les formes de son corps.
Socrate exagérait parfois cette doctrine de la finalité et de l'utilité dans le beau. Il eut certainement de l'architecture une idée trop étroite. C'est que l'architecture est un de ces arts mixtes dans lesquels la finalité externe vient se joindre à la finalité interne, l'utilité à la beauté intrinsèque. Il en est de même de l'éloquence. Socrate, frappé surtout du rapport d'utilité extérieure, ne comprend pas qu'on puisse ftiire ici de l'art pour l'art. « Il disait que la commodité d'une « maison en constitue la véritable beauté, ta
« c'était donner le meilleur principe de con- « struction. Or, voici comment il raisonnait. — « Quand on veut bâtir une maison, ne doit-on pas (( s'étudier à la rendre eu môme temps agréable et « commode? — Celte proi)osition étant avouée : « — N'est-il pas à désirer, ajoutait-il, qu'elle soit « fraîche pendant l'été, et chaude en liiver? — Ce c< point étant accordé : Eh bien, continuait-il, quand « les maisons regardent le midi, le soleil pénètre « en hiver dans les appartements; et en été, pas- « sant au-dessus de nos tôles et par-dessus les (( toits, il procure de l'ombre. Il faut par consé- « quent donner de l'élévation aux édifices qui « sont au midi, pour que les appartements reçoi- « vent le soleil en hiver, et tenir Tort bas ceux qui « sont exposés au nord, afin qu'ils soient moins « battus des vents froids. En un mot, la maison la c( plus belle et la plus agréable est celle qui fournit « la retraite la plus agréable en toute saison, et où « l'on renferme avec le plus de sûreté ce que l'on « possède. Quant aux peintures et autres ornece ments, ils ôtent plus de plaisir qu'ils n'en pro- « curent. 11 faisait observer encore que h^s endroits « très-élevés et très-peu fréquentés conviennent « aux autels et aux temples. Il est agréable, en « priant, d'avoir un jour pur, et d'approcher des « temples sans ôtre souillé. » — Cette dernière observation de Socrate part d'un sentiment assez délicat des convenances artistiques et religieuses. On retrouve le môme esprit psychologique et
pratique, rapportant tout aux sentiments et aux actions de l'âme, jusque dans l'entretien avec la courtisane Théodota. Il ne faut attendre d'un philosophe grec aucune pruderie, aucun de ces raffinements de pudeur qui sont parfois bien près d'être impudiques, suivant l'expression de Milton. Socrate converse avec tout le monde, aussi bien avec la courtisane qu'avec Alcibiade. xVmoureux du l)eau, comme tous les Grecs, il va voir Théodota posant devant un peintre, comme il fût allé voir le tableau une fois achevé. Il engage un entretien dialectique et demi-ironique sur l'art de plaire, parce que tout sujet est bon à qui veut philosopher. De la Socrate s'élèvera plus haut. Il fait d'abord comprendre à Théodota que la beauté des formes ne suffit pas pour charmer et séduire les cœurs ; il faut que cette beauté s'anime par l'expression des sentiments de l'âme : tendresse, pitié, joie; il faut qu'elle ajoute à son prix, en mettant à profit les lois psychologiques du désir et de la passion ; qu'elle refuse ou accorde à propos ses faveurs, suivant les dispositions de ceux qui l'admirent; enfin, l'art de plaire, comme tous les arts, suppose une certaine connaissance du cœur humain. C'est là le vrai philtre, la vraie incantation. Sur la fin de l'entretien, le ton s'élève peu à peu ; et au-dessus des charmes de la courtisane, Socrate laisse entrevoir les charmes plus austères, mais plus puissants et plus durables, de la Sagesse, dont il est l'amant, et dont il inspire l'amour. « Viens donc souvent me voir, dit Théo-
« dota. Et Socrate, badinant sur ses loisirs :
« Mais, Théodota, il ne m'est pas facile d'avoir du « loisir, car beaucoup d'affaires priv('es ou publi- (( ques m'occupent; puis, j'ai des (nnies qui ne me « permettent de les quitter ni le jour ni la nuit, (( car elles apprennent de moi des philtres et des « incantations. » Ces amies, ce sont les Vertus^ que le philosophe, par son enseipiement, rend aimables et désirables, comme s'il leur communiquait un charme magique et un philtre d'amour. Théodota ne comprend pas l'ironie : toute plongée dans la vie des sens, elle ne voit pas le monde intelligible où vit déjà Socrate. « Tu connais « donc aussi ces choses! dit-elle, voulant parler « des philtres et des incantations. — Pour quelle « raison penses-tu donc, répondit Socrate, qu'A- « pollodore ici présent et Antisthènes ne me « quittent jamais? pourquoi Cébès et Simmias de « Thèbes viennent-ils auprès de moi? Sache-le bien, « tout cela ne peut se faire sans beaucoup de phil- « très, d'incantations et de charmes. — Prete-moi « donc ce charme, dit Théodota, pour que j'en « fasse d'abord l'essai sur toi-même. — Mais, par « Jupiter, je ne veux pas être aitiré ven foi; mais, « au contraire, qne lu viennes à moi. — Je vien- « drai, dit-elle ; reçois-moi seulement. — Je te « recevrai, dit Socrate, pourvu qu'il n'y ait point c( déjà au dedans "une amie plus chhe qve toi. » — Cette amie, que Socrate désigne par une ironie gracieuse, et qu'il préfère à toutes les séductions de la
beauté physique, c'est la Sagesse, qui exciterait en nous, si elle pouvait devenir visible, d'ineffables amours. N'est-ce pas la sagesse qui, prêtant à Socrate une partie de ses charmes, attire auprès de lui un cortège d'amants, — non les amants du corps, mais les amants de l'ame?
" ^'S'îil""'!'* WW'T- ■■■pi""
w^^w^ar