‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 108 sur 539 · I. lî · texte numérisé non relu

I. lî

tendu que ce n'est point par une extension locale, mais par une certaine action de vie qu'elle est présente à toutes les parties du corps qu'elle anime. Il n'y a point effectivement de si petite partie du corps où elle ne soit tout entière, et loin qu'elle n'ait qu'une moindre partie d'elle-môme dans une moindre partie du corps, et une plus grande dans une plus grande, elle est toute en chacune aussi bien qu'en toutes, encore que son action soit moins vive dans les unes que dans les autres ; et si toute l'àine sent ce qui ne se passe qu'en une partie de son corps, ce n'est que parce qu'elle est toute en chaque partie. C'est ainsi que nous voyons que quelque petit endroit de la chair vive qu'on puisse toucher, quand ce ne serait qu'un point, toute l'Ame s'en ressent, quoique ce point, loin d'être tout le corps, soit presque imperceptible dans le corps. Or, ce qui produit cet effet, ce n'est pas que ce qui se passe dans cet endroit se propage par tout le corps, puisque l'âme ne le sent que dans ce seul endroit. Pourquoi donc toute r&me est-elle touchée de ce qui ne se passe que dans une partie du corps, sinon parce qu'elle est tout entière où la chose se passe, sans cesser néanmoins d'être présente aux autres parties du corps, où il ne se passe rien de semblable? Car, dès que ces partie^ sont vivantes, il faut que l'âme y soit présente, puisqu'elles ne le sont que par la présence de l'âme. De sorte que si la même chose se passait en plusieurs endroits à la fois, toute l'âme sentirait tout à la fois ce qui se passerait de toutes parts. Or, l'âme ne pourrait pas être ainsi tout entière en chaque partie de son corps aussi bien qu'en toutes, si elle était étendue dans ce corps, comme

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nous voyons que les corps le sont dans Tespace, dont ils occupent une moindre partie par une moindre partie de leur substance, et une plus grande par une plus grande.

Ainsi, quand on pourrait dire que Tâme est un corps, au moins est-il certain que ce n'est pas un corps tel que ceux qui sont composés ou de terre, ou d'eau, ou d'air, ou d éther; puisque tous ces corps ont plus ou moins de leur substance dans chaque partie plus ou moins grande de l'espace, et que, loin qu'il y en ait ^ucun qui soit tout entier dans une partie de lui* même, leurs parties ne sont pas moins différentes et séparées les unes des autres que les parties mêmes de l'espace qu'ils occupent. Il résulte de tout ceci, que rame, soit qu'on lui donne le nom de corps, soit qu'on dise qu'elle est incorporelle, est d'une nature toute particulière, et une substance infiniment plus excellente que tous les éléments qui composent la masse du monde. Nous ne saurions donc nous la figurer telle qu'elle est par aucune de ces images corporelles, qui nous représentent ce que nos sens peuvent atteindre ; et de même qu'elle ne se révèle que par la vie qu'elle donne, nous ne la concevons que par la pure intelligence*. »

Effectivement, quelle erreur grossière que celle qui consisterait à considérer l'âme comme un néant, parce qu'elle ne pourrait être dite ni longue, ni large, ni profonde! « Beaucoup d'hommes, il est vrai, sont tellement dominés par la chair, qu'ils pensent qu'il n'y

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