Ibid., lib. Ul, cap. v
corps, et ce qui est supérieur ne saurait être modifié par ce qui est inférieur.
Au-dessus de la perception sensible, apparaît d'ailleurs la conception spirituelle, et au-dessus de la conception spirituelle, la pure pensée.
« Il y a, par conséquent, trois genres de perceptions. Le premier comprend les corps, comme le ciel et la terre avec tout ce qu'ils renferment, et que les sens peuvent atteindre. Le second comprend les images des corps qui se forment ou se conservent dans notre esprit, et par le moyen desquelles nous nous représentons les choses dont nous nous souvenons, et même celles que nous avons oubliées, et de ce genre est encore tout ce qui nous apparaît dans les songes ou dans de certaines ei( ta ses de Tàme et qui suppose toujours quelque sorte d'étendue. Le troisième, qui ne tient en rien des deux premiers, comprend ce qui non-seulement n'est point corps, mais ce qui n'a nul rapport aux corps , comme la sagesse qui ne se voit que par la pure intelligence, et dont la lumière nous fait seule bien juger de tout le reste '. » Ce sont ces trois genres de perceptions qui se rencontrent dans ce seul précepte : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Il y a là, en effet, « une perception des yeux, par laquelle nous connaissons les lettres ; c'est, d'un autre côté , par une perception toute spirituelle que nous pensons au prochain et au prochain absent; enfin c'est par une pure inspection de l'esprit que nous comprenons que nous devons aimer notre prochain ^. »
1. Epittola CW^ Contention cap, ii (410). 3. De Geneti ad Litteram , lib. XII , cap. vi.
DE LA NATURE DE l'aME. 197
Ainsi, perception corporelle, perception spirituelle, perception intellectuelle, voilà les degrés de la perception. Voilà aussi leur hiérarchie, car elles en ont une et ne sont pas toutes égales. La perception spirituelle est supérieure à la perception corporelle, et à la perception spirituelle est à son tour supérieure la perception intellectuelle ' .
Nous l'avons déjà constaté ^. Il est possible qu'on cherche à établir dans les perceptions spirituelles ou intellectuelles un grand nombre de degrés, de telle façon que Tesprit ait à parcourir une série de révélations plus ou moins lumineuses. Augustin se déclare ici, d'ordinaire, ignorant et incompétent. Il ne distingue rien au delà des trois espèces de perceptions qu'il a déterminées : perceptions corporelles, perceptions spirituelles, perceptions intellectuelles. QuBLUt aux subdivisions de ces trois genres, et à l'ordre qu'il convient de leur attribuer dans chaque genre considéré séparément, il confesse le plus souvent n'en rien savoir^.
Aussi bien, cette théorie de la connaissance ne contient-elle pas des enseignements profonds?
tt II y a, conclut Augustin, comme un double ravissement de l'âme, la perception spirituelle et la perception intellectuelle.