Confeisionum lib. YI, cap. vi
leur poids, il n'avait point la force de les rompre et de s*en dégager. Un jour, projetant de se marier, il renvoyait sa concubine, et, peu après, en prenait une autre. Un autre jour, il songeait h vivre en commun avec ses amis, avec Alype, cet autre lui-même, avec les disciples choisis qui Tavaient accompagné à Milan ; les Platoniciens ranimaient son enthousiasme attiédi; les Écritures, qui le rebutaient naguère, le frappaient maintenant par leur majesté; les Épltres de saint Paul Tétonnaient par leur profondeur; il voulait tout quitter pour Dieu, et ne pouvait. Quelquefois enfin, succombant, exténué, il ne désirait plus qu'un brutal repos, et n'eût été la doctrine des Épicuriens touchant la mortalité de Tàme, il se serait volontiers rallié à cette secte.
Ce douloureux combat devait pourtant avoir un terme, et Augustin allait en sortir vainqueur. Au milieu de ses irrésolutions, de ses gémissements, de ses amertumes, il advint qu'en compagnie d'Alype il entra en conversation avecPontitianus, officier de Yalentinien II, qui, pour lors, tenait sa cour à Milan. L'entretien étant tombé sur l'existence des solitaires de la Thébaîde, celui-ci leur raconta comment deux de ses amis, subitement touchés de ces saints exemples, avaient quitté les hauts grades qu'ils occupaient dans l'armée, et embrassé la vie religieuse. Ce discours fut pour Augustin une condamnation de lui-même, qui lui représenta toutes les laideurs de son âme. «Tandis que ne voulant pas me contempler, s'écriait-il plus tard, je m'étais en quelque sorte caché derrière moi-même, vous me rameniez en ma présence, ô mon Dieu, afin que je visse ma honte, mes difformités, mes taches, ma boue et mes ul-
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cères '. « Augustin se retira donc bouleversé, et courut^ pourdonner libre carrièreàses agi tation8,s'enfenneravee Alype dans le jardin de la maison qu'ils habitaient. Là, torturé, hors de lui, il se répandait en sanglots, il éclatait en plaintes violentes, lorsque tout à coup il crut entendre la voii d*un jeune garçon ou d'une jeune fille qui criait : « Prends et lis, prends et lis. )» Saisissant aussitôt les Épttres de saint Paul, qui ne le quittaient pas, il tomba tout d*abord sur ce passage, dont il se fit Tapplication : « Ne vivez pas dans les joies et dans les festins, dans rivresse et les impudicités, dans la jalousie et les disputes, mais revétez-vous de Jésus-Christ. •• )> Illuminé, transporté par ces paroles, il s'empressa de les montrer à Alypc. Et Alype, lisant les lignes qui suivaient, prit pour lui, à son tour, le sens qui s'y trouvait renfermé : « Recevez, soutenez celui qui est faible dans la foi. » C'en était fait, la grâce ayeAi triomphé, la nature était vaincue, les deux amis étaient chrétiens (386).
A partir de ce moment décisif, Texistence d'Augustin fut complètement changée. «Libre des soucis rongeurs de l'ambition, de l'avarice et des caresses honteuses de la volupté^, » à peine les vacances qui étaient proches l'eurent-elles dégagé de ses devoirs de professeur, qu'il se retira aux environs de Milan, à Cassiciacum, maison de campagne que lui prêta Vérécundus, un de ses amis. Il y fut suivi par sa mère et Navige son frère, pa^ ses cousins Lastidien et Rustique, par son élève Trigétius et par Licentius, fils de Romanien, riche citoyen de