Confeêfionum Ifb. IX, cap. r
Tagaste, et protecteur de sa jeunesse, par Alype el Adéodat. Alors commença cette courte mais fructueuse solitude où germèrent tant d'utiles pensées, et furent rédigés d'ingénieux et solides écrits, les Trois Livres contre les Académiciens, les Traités de la Vie Bienheureuse et de V Ordre, les Soliloques, Les travaux des cHamps, l'étude des Écritures, la lecture des poètes, d'attachantes conversations, la méditation et la prière, voilà quelles étaient les occupations des habitants de la colonie. Réunis autour d'une table frugale, souvent ils dissertaient, chacun suivant sou inspiration, sur les choses de l'àme. C'était un banquet à la manière de Platon, mais un banquet chrétien, où tour à tour sainte Monique interrogeait Augustin, et Augustin Adéodat. Une salle de bains, lorsque le temps était mauvais, recevait cette pieuse Académie. Mais d'ordinaire c'était en plein air qu'elle se réunissait, à l'ombre d'un arbre choisi, sur le penchant d'une prairie, en présence du spectacle splendide du ciel, des plaines, des lacs de la Lombardie.
Uu an s'était à peine écoulé, qu'Augustin revenait de Cassiciacum à Milan pour y recevoir, ainsi qu'Alype et Adéodat, le baptême des mains d'Ambroise (avril 387). L'illustre néophyte, renonçant dès-lors totalement au monde, n'eut plus d'autre désir que de retourner en Afrique, afin d'y vivre en communauté. 11 était même sur le point de s'embarquer à Ostie, lorsque mourut sainte Monique, après avoir eu avec lui ce dernier et sublime entretien, qu'on ne se lasse pas de relire, et dont un pinceau magistral a su, de nos jours, exprimer sur la toile les ineffables transports. Ce malheur
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devait relarder un peu Texéculion des projets d'Augustin. Il séjourna quelque temps à Rome, où il écrivit le Traité de la Vie et des Mœurs selon F esprit de F Église catholique^ le Traité de la Grandeur de F Ame, les Livres contre les Matiichéens^ et ébaucha son Traité du Libre Arbitre, de même qu*àMilan, après sa conversion, il avait commencé son Traité de l'Immortalité. Enfin, en 388 il revit Tagaste, et peu après eut la douleur d'y perdre Adéodat (389).
Une fois de retour dans sa ville natale, Augustin y mena avec ceux qui l'avaient suivi une vie de pénitence, distribua ses biens aux pauvres et partagea son temps entre l'étude, la lecture et la prière. L'Écriture, saint Athanase, saint Ambroise , saint Cyprien, Origène, Josèphe étaient sans cesse entre ses mains, et cependant il composait son Commentaire sur la Genèse^ les livres de la Musique et du Maître et son Traité de la Véritable Religion.
Bien qu'elle évitât de paraître, une vertu telle que la sienne ne pouvait manquer d'être connue et enviée de l'Église. Un jour donc qu'Augustin était venu à Hippone et assistait à l'office divin, que célébrait Tévéque Valère, le peuple demanda par acclamation qu'Augustin fût consacré prêtre. Celui-ci voulut résister à cet appel ; mais la voix du peuple parut être la voix de Dieu, et Valère lui conféra, comme malgré lui, le sacerdoce en 390.
Devenu prêtre, Augustin fonda un couvent d'hommes à Hippone, et bientôt y institua des religieuses. Le premier aussi il y établit l'usage de la prédication. Enfin, entamant contre les hérétiques la lutte qui devait l'immortaliser, il attaquait les Manichéens , expli-
iS INTRODUCTION.
quait le symbole dans le concile général d'Afrique qui setintàllippone, et, parrintermédiaired'Alype, devenu évcquo de Tagasle, formait, avec saint JérAnie et saint Paulin de Noie, des liens que la mort seule put briser. Mais le rôle d'Augustin n'eut de l'éclat et sa noble figure n'apparut dans toute sa majesté, que lorsque Valère se le fut donné pour coadjuteur (39G). Car il se montra le modèle des évêques. On le vil bâtir des églises pour les fidèles et des hôpitaux pour les malades, discipliner son clergé en le soumettant à la pauvreté et à la vie commune ^ se porter médiateur entre les indigents et les riches, terminer les différends, juger les procès, catéchiser son peuple par les prédications passionnées qui arrachaient tour à tour à son auditoire des cris d'enthousiasme, des gémissements et des larmes de repentir, combattre enfin le paganisme, encore persistant en Afrique, avec ce mélange extraordinaire de justice sévère et de douce pitié, de dialectique et d'ironie qu'il sut employer en s'adressant, par exemple, aux habitants de Suffecte ^, de Madaure ' et de Calame. Sentinelle sans cesse veillante, il semblait qu'il n'eût pas reçu seulement la garde de son diocèse, mais que le soin de la catholicité tout entière lui fût commis. Les évoques de Numidie trouvaient en lui leur représentant naturel. Et en môme temps qu'il entretenait une immense correspondance avec les Pinien et les Mélanie de