‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 166 sur 539 · I. DE L'EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

I. DE L'EXISTENCE DE DIEU

La conDaissance de râtne nous conduit nécessairement à la connaissance de Dieu. Il suffit même d'affirmer l'être pour nécessairement affirmer Dieu. C'est pourquoi l'athéisme est une espèce de folie. Il y a plus, c'est une folie rare. Car il est comme impossible à l'homme de faire usage de sa pensée , de considérer ce qui l'entoure et lui-même, sans reconnailre immédiatement qu'il existe un Dieu.

« Que l'esprit parcoure du regard l'univers des créatures, et de toutes parts la créature lui criera : c'est Dieu qui m'a fait. Tout ce qui nous charme dans les arts devient pour l'artiste un sujet de louanges; à plus forte raison si vous parcourez l'univers trouverez-vous, dans le spectacle qu'il vous offrira, un motif de louer celui qui en est l'auteur. Vous voyez les cieux , ils sont l'ouvrage admirable de Dieu. Vous voyez la terre, c'est Dieu qui a fait les nombres des semences, les variétés des genres, la multitude des animaux. Des cieux jusqu'à la terre, ne laissez rien d'inexploré. Toutes choses, de tous côtés, parlent de celui qui les a faites, et les

formes mêmes des créatures soDt comme autant de voix qui louent le Créateur * . »

Oui, « interrogez la beauté de la terre, interrogez la beauté de la mer, interrogez la beauté de l'air partout répandu, interrogez la beauté du ciel, interrogez Tordre des astres, interrogez le soleil dont la lumière produit les clartés du jour, interrogez la lune, dont la douce lueur tempère les ténèbres de la nuit qui succède au jour, interrogez les animaux qui se meuvent dans les eaux, qui séjournent sur la terre, qui volent dans Tair ; les àpaes cachées, les corps qui paraissent; les êtres visibles qui sont gouvernés, les êtres invisibles qui gouvernent; interrogez ces choses, et ces choses vous répondent : voyez, nous sommes belles ! Leur beauté, voilà ce qu'elles proclament. Qui a fait ces beautés changeantes, sinon une immuable beauté? Les philosophes en sont ensuite venus à l'homme, afin de pouvoir entendre et connaître Dieu créateur de l'univers; et dans l'homme, ils ont interrogé à la fois le corps et TÂme. Ils interrogeaient ce qu'ils portaient en eux-mêmes; ils voyaient le corps, ils ne voyaient pas l'âme. Et cependant ils ne voyaient le corps que par l'âme. Car ils le voyaient par les yeux, mais c'était au dedans que se trouvait celui qui regardait comme par des fenêtres. Que l'habitant se retire, la maison tombe en ruines*, que celui qui gouvernait se retire, ce qui était gouverné tombe, et par cela même qu'il tombe, on l'appelle un cadavre. Les yeux ne sontrils pas intacts? Quoiqu'ils soient

1. Enatratio in Psalmum XXVI, 12. — Cf. Enarralh in Psalmum XCIX, 5.

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tout ouverts, ils ne voient pas. Les oreilles sont là, mais celui qui entendait s'en est allé; Torgane de la langue subsiste, mais le musicien qui le mettait en mouvement s'est retiré. Les philosophes ont donc interrogé à la fois et le corps qui se voit, et Tâme qui ne se voit pas; et ils ont trouvé meilleur ce qui ne se voit pas que ce qui se voit; meilleure Tàme qui est cachée, et moins bonne la chair qui est apparente. Ils ont vu ces choses, ils les ont considérées, ils les ont discutées, et ils ont trouvé que dansFhomme même Tàme et le corps étaient changeants. Le corps change par Tâge, par la corruption, par les aliments, par ce qu'il reçoit, par ce qu'il perd, par la vie, par la mort. Les philosophes sont passés à l'âme, qu'ils avaient compris être meilleure, et qu'ils admiraient quoique invisible; ils ont trouvé qu'elle aussi était changeante; tantôt elle veut, tantôt elle ne veut pas, tantôt elle sait, tantôt elle ignore, tantôt elle se souvient, tantôt elle oublie, tantôt elle craint, tantôt elle ose; tantôt elle s'élève à la sagesse, tantôt elle se laisse aller à la folie. Ils ont vu que Tâme elle-même était changeante; ils ont passé au delà, car ils ont cherché quelque chose d'immuable. C'est ainsi qu'ils sont parvenus à connaître Dieu qui a fait ces choses, par les choses qu'il a faites ^ »

Aussi bien, comment concevoir même l'être, sans reconnaître en même temps l'être de Dieu? « Je ne serais point, ô mon Dieu, je ne serais pas du tout si vous n'étiez en moi, ou plutôt si je n'étais en vous, en vous de qui tout vient, par qui tout subsiste, en qui tout est ^.n

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