Sancti Auguslini Opéra omnia, t. VI, p
2. Cf. Epistola CXI t Victoriano presbytère» uTotusquippe munduê
tôt à leurs exemples infAmes et aux désordres qu'elles autori!!»aient) qu'il convenait de rapporter les maux de la société romaine. Le Christianisme était de la sorte plei^ nement justifié. En outre, par delà Thorizon désolé de cet univers , au-dessus des fanges d'une société corrompue et dans une pui^e lumière, Tévéque d'Hippone découvrait aux regards consolés les beautés toujours riantes de la céleste Jérusalem. Le paganisme ne pouvait donc charger la religion chrétienne des maux de Fempire« non plus que se prévaloir des agitations de l'hérésie.
Toutefois, il importait de travailler sans relâche à calmer ces mouvements tumultueux. En conséquence Augustin , non content d'exterminer de l'Afrique le Pélagianisme, le proscrivait en tous lieux par ses doctes écrits Sur la Nature et la Grâce. En même temps , il accueillait Paul Orose , chassé de l'Egypte qu'avaient envahie les Vandales, les Alains, les Suèves ; et, après l'avoir exhorté à écrire une histoire du monde, où les souffrances des hommes sont représentées comme à peu près égales depuis l'origine des choses et deviennent un châtiment de Dieu, il l'envoyait en Palestine aider saint Jérôme à repousser l'effort de Pelage.
Jusque-là, en effet, Pelage était parvenu à éluder les justes rigueurs de l'orthodoxie. En 415, le concile de Diospolis avait répudié la doctrine, en absolvant l'auteur, et le pape Zozime lui-même s'était laissé surprendre.
Mais les Pélagiens n'étaient guère moins violents
tantis affligitur ctadibui , ui pêne part nulia terrarum fit ubi non taiia , qËùiia ictiptiiti , eompÊittunlur aique plangantur > (409).
que les Donatistes; c^est pourquoi ils perdirent par leurs emportements les avantages qu'ils avaient obtenus par leurs sophismes. Honorius rendit des lois contre eux ; Zozime finit par reconnaître leur véritable esprit; les conciles de Carthage en 416 et 417, celui d'Antiocbe en 424, les condamnèrent, et leur condamnation, publiée dans les églises, fut signée par tous les évêques, à l'exception de dix-huit qu'on déposa. Ainsi, la catholicité put applaudir à la fermeté d'Augustin, qui avait protesté de quitter l'épiscopat plutôt que de consentira l'absolution de Pelage.
Le saint évéque, aussi bien, venait de livrer son dernier combat. Sans doute il prendra encore à tâche d'écraser les tronçons remuants de l'hérésie ; il écrira contre les Ariens, contre les Priscillianistes, contre le Pélagien Julien; il achèvera de rédiger, pour calmer des consciences timorées, les Dix Livres du Libre Arbitre^ tout en soutenant la doctrine de la prédestination ; enfin il publiera ses Rétractations^ impartiale révision de ses nombreux ouvrages * . Mais l'âge arrive, et l'Afrique, que
1. Ce serait mal entendre en effet et la pensée de saint Auguïdin et le lutin même du cinquième siècle, que de prendre les Rétractations pour undt'saveu. Sansdoule, en rédigeant celle composition, où il noie avec une candeur vraiment louchante l«'s lacune» ou les erreurs qu'il croit découvrir dans ses Livres, Lettres ou Traités, l'illuslre évêque a voulu prémunir \ei esprits contre les Taules qui lui sont échappées. « Jam diu ett ut facertt cogito et dispono,... ut opmcula mea..., cum quadam judiciaria severitate recensemn, et quod me offcndit^ vchit cen- ■sorio sli/o denotem. Seque enim quisque^ nisi impmdens, ideo quia mea errata reprcheudo^ tue reprvhendere andeOit. »• Mais il y a loin d'une révision à un désaveu. 11 faut ajouter que les Rétractations sont en outre comme un catalogue raisonné où saint Augustin a pris soin en quelque sorte d'autiientiqucr les quatre-vingt-quatorze ouvrages qu'il
ne déchirent plus aussi cruellement les dissensions religieuses, par un autre malheur, devient la proie des Vandales, qu'y appelle le comte Boniface, irrité d'une injuste disgrâce. Vainement ce général, touché des paternelles remontrances d'Augustin, voudra réparer sa faute, et se réconciliant avec l'impératrice Placidie, s'efforcera d'éloigner des alliés odieux. Les richesses du sol africain y retiennent les Barbares; Genséric s'y établit; les temples sont pillés ou brûlés, les prêtres massacrés, les livres dispersés, et il faut qu'Augustin rappelle aux évoques « qu'ils ne peuvent abandonner leurs églises ni rompre les attaches par lesquelles Jésus- Christ les a liés à leur ministère ^ » Il se trouve bientôt lui-môme enfermé dans Hippone assiégée et y meurt, plein de foi, mais aussi de tristesse, le 28 août 430, dans sa soixante-seizième année. L'année suivante, Hippone, prise d'assaut, était livrée aux flammes, et Théodose II mandait Augustin au concile œcuménique d'Éphèse, que nécessitait l'hérésie de Nestorius. Le saint évoque y fut du moins présent par son esprit, comme il devait l'être dans toutes les assemblées où s'agiteraient les intérêts de l'Église catholique.
Plus tard, sur les ruines d'nippone s'élevait la ville
passe en revue, en rappelant les circonstances au milieu desquelles il lésa composés, les noms de ses interlocuteurs et jusqu'aux premiers mots de la phrase par laquelle commence chacun de ces écrits. Aussi bien, le titre de Retractathnes, qui d'ailleurs a prévalu, se frouve-t-il remplacé chez Possidius ( Viia S, Àugustini, cap. xxviii ) par le litre vraiment exact de De recensione librorum,
1. Cr. Epistola CGXXVHl ; Augustinus Honorato, docens quandonam epUcopo sive clericis fugere Uceaty imminente obsidionis atit ejccidii periculo (428).
de Bone, dont nos armes devaient faire, un jour, une ville française, et où des mains pieuses ont rapporté naguère les restes du grand homme qui Tavait illustrée^
Après avoir rappelé quel fut le temps où vécut Augustin et esquissé, à traits rapides, les principaux événements qui remplirent sa vie, essayons maintenant de dégager de Thistoire des faits extérieurs, Tbistoire de son âme. Ce sera constater les progrès ou les fluctuations de sa pensée et en comprendre les évolutions.
Nul homme sans doute n'a subi d'une manière plus profonde que le futur évoque d'Hippone, l'influence des premières années. On peut même affirmer que l'âme de Monique a marqué, pour ainsi dire, l'âme de son fils d'une indélébile empreinte. Or, la foi chrétienne, le salut par le Christ, tels ont été les enseignements que, dès le bas âge, cette femme rare s'est appliquée à lui inculquer. Augustin pourra donc oublier ces croyances, les repousser comme incompréhensibles, il ne les méprisera jamais. Il y a plus; rien, à aucune époque, ne les remplacem complètement ni dans son esprit ni dans son cœur; tôt ou tard, il s'y trouvera ramené comme par la pente où sa mère a incliné son âme d'enfant.
Et d'abord, c'est Toubli. Simple catéchumène, stimulé par un père naïvement ambitieux, travaillé par des
1. Voy.^ la suite de l'IIisloire de saint Augustin, par M. Poujoulat, t. I , p. 4 1 3 et suiv. Lettres à M, Poujoulat sur la translation de la relique de saint Augustin de Pavie à Hippone , par M. Tabbé Sibour.
passions dévorantes et sous le cielderAfrique) comment s'étonner que ce jeune homme perde le sens et la mémoire des préceptes de TÉvangile? En lui, peu à peu s'oblitère la conscience de la responsabilité humaine et s'affaiblit la pensée d'une Providence rémunératrice et vengeresse. Dominé par son imagination, asservi à la chair, il en vient à ne rien concevoir que ce qui se peut figurer, et à n'admettre d'autres substances que les corps. L'atmosphère toute chargée de paganisme qu'il respire, l'enseignement tout païen qu'il reçoit dans les écoles où l'étude des poètes et l'explication symbolique de la mythologie qu'ils ont chantée, font le premier objet des grammairiens; mille influences pénétrantes contribuent à nourrir ces dispositions maladives, à accroître cet aveuglement.
Cependant, ce qui eût été pour une âme vulgaire une mort, ne devait être pour cette âme d'élite qu'une crise. Au sein des voluptés coupables dont s'enivre sa jeunesse, Augustin ne cesse de soupirer après le pur bonheur, et au milieu des ténèbres qui l'enveloppent, d'aimer, de désirer la vérité. La lecture de V Hortensitis est comme le premier souffle qui, sous les cendres qui le recouvrent, ravive en lui, à dix-neuf ans, le feu sacré. Enflammé pour la philosophie d'une indicible ardeur, il voudrait s'y adonner tout entier. Mais la brillante déclamation de l'orateur romain ne contient pas un mot sur le Christ; c'en est assez pour le désenchanter. Quelque magnifique que soit le temple, il est vide du Dieu; ce n'cbt pas là qu'Augustin doit trouver la science qui s'accommode à la foi de ses premiers ans. Il s'avise alors de la chercher dans les Écritures. Malheu-
reusement) TéloqueDce cioéronienne, des habitudes de rhétorique, le goût du bel esprit, la yivacité de son naturel et de son âge, Tont mal préparé à entendre oe langage abrupt et substantiel, dont les énonciations principales semblent parfois autant de paradoxes jetés en défi à l'antique sagesse, sinon à Fentendement humain. Rebuté par les Écritures, désormais il se tournera du moins presque tout entier à là recherche du yrau
C'est ainsi qu'à vingt ans, il lit et comprend sans qu'on le lui eiptique le Traiié des Catégories^ dont un respect superstitieux lui atait fait jusqu'à cette heure comme Une sorte d'arcaue impénétrable.
Chose singulière et qui ne laisse pas que d'attester, pour employer un langage tout moderne, le caractère objectif de l'œuVrc d'Aristote^ ! Au lieu d'arracher l'in* telligence d'Augustin aux représentations sensibles qui l'obstruent, l'analyse péripatéticienne des idées l'y enfonce davantage, et il lui devient plus que jamais impossible de ne point concevoir Dieu corporel. Aristote l'accoutume à raisonner de Dieu comme des corps.
La lecture des Catégories n'est d'ailleurs qu'un insignifiant épisode dans la course impétueuse mais dé~ sèrdonnée de saint Augustin à travers les connaissances de son temps. Toutes ces connaissances, od le sait, se ramènent à la division des sept arts libéraux, qu'Augustin lui-même devait accréditer de son nom^ et le moyen âge reproduire : grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, astronomie, musique. De ces innombrables détails, rien n'échappe à la