‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 253 sur 539 · I. DeCivitateDei, lib. XXII, cap. xxiv · texte numérisé non relu

I. DeCivitateDei, lib. XXII, cap. xxiv

hE LA PROVIDENCE. 3fl7

cela? Jusqu'où n'esl pas allée rinduslric des hommeâ dans Tart do former des tissus, d'élever des bâlimenls, dans ragriculture et la navigation? Que d'imagination et de perfection dans ces vases de toutes formes, dans cette multitude de tableaux et de statues ! Quelles merveilles ne se font pas sur la scène qui semblent incroyables h qui n'en a pas été témoin! Que de ressources et de ruses pour prendre, tuer ou dompter les bêtes farouches ! Combien de sortes de poisons, d'armes, de machines, les hommes n'onl-iis pas inventées contre les hommes mêmes! Combien de secours et de remèdes pour conserver la santé! Combien d'assaisonnements et de mets pour le plaisir de la bouche et pour réveiller l'appétit! Quelle diversité de signes pour exprimer et faire agréer ses pensées , et au premier rang, la parole et l'écriture! Quelle richcbse d'ornements dans Téloquence et la poésie pour réjouir l'esprit et pour charmer l'oreille, sans parler de tant d'instruments de musique, de tant d'airs et de chants! Quelle connaissance admirable des mesures et des nombres ! Quelle sagacité d esprit dans la découverte des harmonies et des révolutions des globes célestes! Enfin, qui pourrait dire toutes les connaissances dont l'esprit humain s'c^t enrichi touchant les choses naturelles? Pour défendre même des erreurs et des faussetés, combien les philosophes et les hérétiques n'ont-ils pas fait paraître d'esprit! Certes, une nature si excellente, ayant pour auteur un Dieu également juste et puissant, qui gouverne lui-même ses ouvrages, ne serait jamais tombée dans ces misères, et de ces misères n'irait point (les s(Mils justes exceptés; dans les tourments éternels, si

elle n'avait été corrompue originairement dans le premier homme, d'où sont sortis tous les autres, par quelque grand et énorme péché.

Si nous considérons notre corps même, bien qu'il meure comme celui des hôtes, qui l'ont souvent plus robuste que nous, quelle bonté et quelle providence de Dieu y éclatent de toutes parts !

Que dire de tant d'autres choses également belles et utiles qui remplissent l'univers et dont la bonté de Dieu a donné le spectacle et Tusage à l'homme , tout condamné qu'il soit à tant de peines et à tant de misères. Parlerai-je de ce vif éclat de la lumière , de la magnificence du soleil , de la lune et vdes étoiles, de ces sombres beautés des forêts, des couleurs et des parfums des fleurs, de cette multitude d'oiseaux si différents de chant et de plumage, de cette diversité infinie d'animaux dont les plus petits sont les plus admirables? Parleraî-je de la mer, qui fournit toute seule un si grand spectacle à nos yeux et des diverses couleurs dont elle se couvre comme d'autant d'habits différents, tantôt verte, tantôt bleue, tantôt pourprée?... Qui peut tout décrire? Et si je voulais même étendre un peu ce que je me borne à indiquer, combien de temps ne me faudrait-il pas ? Car il n'y a pas une de ces merveilles qui n'en comprenne plusieurs ^ »

Allons plus loin. Sommes-nous bons juges de l'ordre et du désordre du monde? Évidemment, non. C'est pourquoi, a si la beauté de cet ordre ne nous plaît pas, c'est que, liés par notre condition mortelle à une partie

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