De Civitate Dei, lib. XI , cap, xxi
des futurs? Or, qu'y a-t-il de futur pour Dieu, qui est au-dessus de tous les temps? Si en effet la science de Dieu possède les choses mêmes, pour lui elles ne sont pas futures, mais présentes; et ainsi ce n*est plus de prescience, mais simplement de science qu'il faut parler. Si , au contraire , comme cela a lieu dans Tordre des créatures temporelles, les futurs ne sont pas encore en lui , mais qu'il les devance par sa science, il entend les futurs deux fois, en une première manière, suivant sa prescience des futurs; en une seconde manière, suivant sa science des choses présentes. Il entre donc quelque chose de temporel dans la science de Dieu, ce qui est absurde... C'est pourquoi, il convient de dire non point la prescience de Dieu, mais seulement sa science. •• Qu'il soit possible d'affirmer exactement de Dieu, qu'il comprend et qu'il a compris, qu'il sent et qu'il a senti, et on place Dieu dans le temps, et avec le temps s'introduit la mutabilité, que l'on doit écarter bien loin de la substance de Dieu ^ »
Cependant, on insiste et on demande pourquoi Dieu, ayant prévu que certains hommes pécheraient , les a néanmoins créés?
Augustin répond avec opportunité que ce n'est pas la prescience divine de nos actions mauvaises qui les rend mauvaises, mais que ce sont nos actions mauvaises qui font la prescience que Dieu en a.
Par sa prescience , Dieu connaît à l'avance les pécheurs, mais ce n'est point sa prescience qui fait les pé-
1. De Divers. Quxsiionibus ad Simplidunif lib. H, qunst. il. •Placei ergo ut non dicamus prxscieniiam Dei, $ed tantummodo tcientiam,,», »
cheurs. a Prescient de tout ce dont il est l'auteur, il n'est pourtant pas Tauteur de tout ce dont il est prescient ^ »
Et si Ton veut Tentendre, que Ton considère les rap-* ports qui existent d'homme à homme, a Forcéries-^vous à pécher celui-là même que vous sauriez à Tavance devoir pécher? Votre prescience évidemment ne le forcerait pas à pécher, quoique indubitablement il dût pécher; car s'il n'avait pas dû pécher vous n auriez pas su àTavance qu'il pécherait. De même, par conséquent, qu'il n'y a aucune contradiction à ce que vous, par votre prescience, vous connaissiez ce qu'un autre doit faire par son Ubre arbitre ; de même Dieu , sans forcer personne à pécher, prévoit néanmoins quels sont ceux qui pécheront par leur volonté propre ^, »
Est-il besoin d'autres analogies ?
« Assurément, le souvenir que nous avons des événements passés n'est pas cause que ces événements se soient accomplis. Il en est de la prescience de Dieu comme de notre souvenir. Elle n'est pas cause que ce qui doit être soit nécessairement^. »
Enfin, qu'on y réfléchisse, «c si Dieu ne doit point infliger de peines aux pécheurs, parce qu'il prévoit qu'Us pécheront , il ne doit pas non plus décerner de récompenses à ceux qui font bien, parce qu'il ne pré<^ voit pas moins qu'ils feront bien ^. »
(( Les œuvres de Dieu sont grandes, s'écrie Augustin,
1. De Libero ÀrbitriOf lib. \l\, cap. iv. « Dcus omnia quorum ipse est auctor praesciiy nec tamen omnium qnx prœscit^ ipse est auctor, »