De Moribus Manichmorum ^ lib. II, cap, i
2i CHAPITRE VI.
de tel ou tel être qu'il est bon. Le bon ou le bien en lui-même est simple; il est le bien par lequel sont tous les biens, le bien d'où tous les biens proviennent ^ »
Ce bien, qui est la plénitude de Têtre, qui est la paix sans trouble; ce bien, objet de la vie heureuse, après laquelle tous les hommes soupirent, où est-il? Où est-il, sinon en Dieu, qui est à la fois beauté et vérité?
a Que demandes-tu déplus, ô homme, pour être heureux? Et quel plus grand bonheur imaginer que celui qu'on éprouve à jouir de l'immuable, de Téternelle et excellente vérité? Eh! quoi, les hommes s'écrient qu'ils sont heureux, lorsqu'après les avoir désirés avec ardeur, ils embrassent les beaux corps de leurs épouses, ou même des courtisanes; et nous ne nous trouverions pas heureux dans l'embrassement de la vérité? Les hommes s'écrient qu'ils sont heureux, lorsqu'ils approchent d'une source abondante et pure leurs lèvres desséchées par la soif, ou lorsqu'ils peuvent satisfaire leur faim à une table abondamment et élégamment servie, et nous nierions que nous sommes heureux, alors que nous faisons de la vérité notre boisson et notre aliment? Nous entendons s'écrier qu'ils sont heureux, ceux qui sont couchés sur des roses et dont le corps est inondé de parfums; et ce ne serait point pour nous du bonheur que le parfum suave de la vérité? Beaucoup mettent leur bonheur dans les chants et les voix mélodieuses, dans l'harmonie des instruments ; si tout cela leur manque, ils s'estiment malheureux; si ces jouissances leur sont données, ils tressaillent de joie.