Enarratio in Psalmum XXXII
L'homme tend au bonheur, et il y tend par ce mouvement de rame qui s'appelle l'amour.
c( Si l'homme était brute, il aimerait la vie de la chair et des sens, et ce bien suffirait pour le rendre content, sans qu'il eût la peine d'en chercher d'autre. S'il était arbre , quoiqu'il ne pût rien aimer de ce qui flatte les sens, toutefois il semblerait comme désirer tout ce qui pourrait le rendre plus fertile. De même encore, s'il était pieire, flot, vent ou flamme, ou quelque autre chose semblable, il serait privé à la vérité de vie et de sentiment, mais il ne laisserait pas d'éprouver comme un certain désir de conserver le bien et l'ordre où la nature l'aurait mis. Le poids des corps est comme leur amour, qu'il les fasse tendre en haut ou en bas ; et c'est ainsi que le corps, partout où il va, est entraîné par son poids comme le corps par son amour.
<( Fait à l'image de Dieu, Thomme aime son être et sa connaissance; il aime l'amour même qu'il a pour son être et sa connaissance ^ »
Mais il y a le bon et le mauvais amour. L'amour de l'homme est bon, quand il a pour objet le bien, qui est Dieu. L'amour de l'homme est mauvais, quandl'homme devient amoureux de lui-même.
f . De Civitate Dei , lib. XI, cap, xxxtiu.
« La volonté droite est donc le bon amour, et la volonté déréglée est le mauvais, et les différents mouvements de cet amour font toutes les passions. S'il se porte vers quelque objet , c'est le désir ; s'il en jouit, c'est la joie; s'il s'en détourne, c'est la crainte; s'il le sent malgré lui, c'est la tristesse. Or, ces passions sont bonnes ou mauvaises, selon que l'amour est bon ou
mauvais *. »
Le mauvais amour devient proprement la concupiscence.
C'est ici qu'éclate dans sa plénitude la puissance d'analyse par où excelle saint Augustin. Sa longue et douloureuse expérience, la connaissance qu'il a acquise des cœurs comme prêtre et comme évêque, la nature de son génie observateur et pénétrant-, en un mot, le concours des circonstances, la réunion des qualités les plus rares , donnent à ses peintures des passions je ne sais quelle vie et les illumine d'une ardente flamme.
Augustin fait mieux, en effet, que d'exposer méthodiquement une théorie des passions. Après les avoir toutes rapportées à l'amour, il nous les montre agissantes, et dans le mauvais amour ou concupiscence, distingue trois sortes de concupiscence.
C'est, en premier lieu, la concupiscence de la chair. Elle a particulièrement pour objet la volupté des sens. Et saint Augustin décrit d'une manière admirable les tentations du goùt^, les plaisirs de l'odo-