Confessionum lib. VUI, cap. xi
2. Ibid., lib. X, cap. xxxYi. Cf. De Chilate Dei , lib. V, cap. iiii , XIV.
(( En efifet, l'orgueil n'a pour but que la grandeur et l'élévation : et vous seul, mon Dieu, êtes souverainement grand et inflniment élevé au-dessus de toutes choses. L'ambition aspire aux honneurs et à la gloire, et vous seul méritez un honneur suprême, et êtes environné de gloire dans l'éternité. La cruauté des tyrans ne tend qu'à inspirer la crainte, mais qui mérite d'être craint que vous seul, 6 mon Dieu? Que peut- on arracher, soustraire à votre puissance? Quand, où, par où, ou par qui le peut-on? L'amour infâme se veut rendre agréable par ses caresses ; mais il n'y a point de douceur ni de tendresse égale à celle de votre amour ; et rien ne mérite d'être aimé avec autant d'ardeur ni ne rend si heureux ceux qui l'aiment, que votre vérité, qui est plus belle, sans comparaison, et plus éclatante que ce qu'il y a de plus beau.
(( La curiosité veut passer pour la science, parce qu'elle désire tout savoir; mais vous seul, mon Dieu, savez tout pleinement. L'ignorance même et la sottise se couvrent du nom de simplicité et d'innocence, parce qu'il n'y a rien de plus simple que vous. Rien n'est pur ni innocent comme vous, toutes vos œuvres rendant témoignage que vous êtes ennemi de toute corruption et de tout mal. La paresse semble ne désirer que le repos; et où se trouve le repos assuré et véritable si ce n'est dans le Seigneur? Le luxe et la superfluité veulent passer pour richesse et pour abondance; mais vous êtes seul la source abondante et inépuisable d'une douceur toute céleste et incorruptible. La profusion veut paraître libérale et magnifique ; mais c'est vous qui répandez toute sorte de biens sur les hommes avec libéralité et magni-
ficence. L'avarice veut posséder de grands trésors; et vous les possédez tous. L*envie dispute de la prééminence; et qu'y a-t-il do plus excellent que vous? La colère veut se venger; mais vous seul savez vous venger avec une souveraine justice.
La crainte frémit à la vue d'un accident subit et inopiné; elle tremble pour ce qu'elle aime, et lâche de s'assurer contre les maux en prévenant les périls ; mais pour vous, que peut-il arriver qui vous surprenne? Qui peut vous ôter ce que vous aimez? Et où trouvera-t-on , hors de vous, une inviolable sécurité? La tristesse se consume dans le regret des choses qu'elle a perdues, et où le cœur avait mis sa délectation, parce qu'elle voudrait qu'on ne lui ôtât rien de ce qu'elle possède, comme il est impossible de vous rien ôter de ce que vous possédez. Ainsi, l'âme devient adultère, quand elle se détourne de vous et cherche hors de vous les biens qu'elle ne peut posséder purs et sans mélange que lorsqu'elle retourne à vous. Ceux-là même donc qui s'éloignent de vous et qui s'élèvent contre vous ne laissent pas de vous imiter, quoique d'une manière perverse.
Et, môme en vous imitant de la sorte, ils déclarent que vous êtes le Créateur de toute nature, et qu'ainsi il n'est pas possible qu'on se retire absolument de vous *. »
De cette première observation, en résulte immédiatement une seconde, par où saint Augustin découvre la racine m^^me de la concupiscence. Cette racine est l'orgueil.