De Civitate Dei, lib. XIV, cap. xiii
38 CHAPITBE VI.
sa conscience. Et c*est là son bien intime. C'est poui^ quoi, lorsqu'elle s'enfle d'orgueil, elle se précipite vers le dehors, c'est-à-dire qu'elle se dissipe, ce qui est être de moins en moins. Mais se précipiter vers le dehors^ n'est-ce pas rejeter loin de soi ce qui est intime; c'està-dire éloigner Dieu de soi, non point d'un éloignement dans l'espace, mais dans les affections du cœur? De là l'inquiétude, la souffrance, et dans ce mépris de la loi universelle qui vient de l'attache aux créatures, la peine qui tient nécessairement à Tordre universel établi par Dieu. De la sorte, celui-là même qui n'aime pas la loi se trouve assujetti à la loi ^ »
D'un autre côté, « considérez un homme qui rapporte non point à une volupté charnelle, mais seulement au salut du corps, tous les nombres qui proviennent du corps et des passions du corps, et qili de là passent dans la mémoire^; un homme qui tourne non point à l'exaltation de son propre mérite, mais à l'utilité des âmes elles-mêmes, tous les nombres qui résultent de la société des âmes ou qui sont destinés à assurer cette société, et qui de là s'impriment dans la mémoire; un homme enfin qui fait servir non point à une superflue et pernicieuse curiosité, mais à un juste discernement des choses, tous les nombres, soit qu'ils tiennent au corps, soit qu'ils tiennent à l'âme, lesquels sont en tous cas les régulateurs et les indicateurs de tout ce qui passe dans les sens; cet homme n'emploie-t-il pas tous ces nombres, sans s'exposer à être captivé par les nombres?