De Ordine, lib. Il, cap. xi
de s'en remettre à une autorité excellente et de vivre d'après sa dictée. C'est même le parti le plus sûr. Que si Ton ne peut maîtriser le désir qui nous sollicite de parvenir à la vérité par la raison, il faut savoir du moins supporter de longs et nombreux circuits, afin de se laisser uniquement conduire à la raison, qui, seule, est digne de ce nom, c'est-à-dire à la vraie raison, si tant est qu'il y ait un homme qui puisse n^en être pas distrait par les faux semblants et les vaines appai'ences '.
Hâtons-nous cependant de distinguer. Il y a autorité humaine et autorité divine, a C'est une faiblesse honteuse que d'invoquer l'autorité humaine au secours de la raison, attendu qu'il ne doit rien y avoir au-dessus de l'autorité de la raison môme et de la vérité, laquelle est à coup sûr meilleure que n'importe quel homme ^. y> Il n'en est pas ainsi de l'autorité divine. Chez la plupart elle supplée, chez tous elle complète la raison. Manifestement « Dieu, qui est Providence, a dû établir une autorité, qui nous servît de degré pour nous élever jusqu'à lui. Et cette autorité, indépendamment de la raison, dont il est si difficile aux ignorants d'entendre les claires idées, s'impose à nous de deux manières : en partie par les miracles, en partie par la multitude de ceux qui la suivent. Rien de tout cela, dira-t-on, n'est nécessaire au sage ; qui le nie? Mais il s'agît précisément, afin de pouvoir être sages, de nous fixer dans la vérité, ce qui est impossible à une âme toute souillée. Et pour le faire