‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 388 sur 539 · Contra Uiterai Petiliani^ lib. II, cap. xxwiii · texte numérisé non relu

Contra Uiterai Petiliani^ lib. II, cap. xxwiii

98 CHAPITRE f.

saint Jérôme de traduire les interprètes grecs de l'Écriture, et particulièrement Origène; de l'autre, après avoir entrepris d'expliquer la Genèse à la Lettre, renoncer à ce travail, à cause de l'ignorance où il est et de l'hébreu et du grec. Aussi lui a-t-ou reproché, à bon droit, quoique parfois avec passion, de n'avoir pas su les langues. C'est ainsi, par exemple, que Pierre Castellan, grand aumônier de France, soutenait qu'à cause que saint Augustin ignorait les langues, il ne débitait bien souvent que des rêveries en expliquant les livres sacrés^ «Saint Augustin, écrit plus tard Ellies Dupin,avaitbeaucoup moins d'érudition que d'esprit; car il ne savait pas les langues et avait fort peu lu les anciens^. »

Donc en définitive, que conclure?

On ne peut nier certainement qu'Augustin n'eût quelque teinture de la langue grecque. On accordera même qu'une fois constitué, par sa dignité de prêtre et surtout d'évêque, gardien de l'orthodoxie, il fit effort pour entendre et entendit avec précision le sens de certaines locutions grecques, où la doctrine entière était engagée. Mais n'est-il pas clair qu'il y a loin de ces notions superficielles ou toutes de circonstance, à cette connaissance familière qui permet de traiter les Grecs comme les écrivains de sa propre langue? C'est pourquoi, il est impossible de ne point constater avec un pieux auteur et sans que le génie d'Augustin en su-

1. Cr. Bayle, OEuvres diverses; La Haye, 1737, 4 vol. in-folio. Nouvelles de la République des Lettres, t. I, p. 479.

2. Nouvelle Bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques, Paris, 1689; t. ni, 2«parlie, p. 819.

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bisse d'ailleurs aucun déchet, « que le secours de la langue grecque manqua à ses autres lumières'. »

Ce point une fois établi , et après avoir démontré qu'Augustin ne put connaître les doctrines de la philosophie grecque qu'à travers les lettres latines, il resterait à déterminer avec précision, pour se rendre compte des emprunts dont il a pu s'enrichir, quels étaient les écrits des Grecs qui, de son temps, avaient été traduits en latin. Mais nous avons le regret de l'avouer. Ce travail , qui, aussi bien, serait immense, n'a jamais été tenté, et peut-être, faute de documents authentiques, ne saurait-il l'être. Nous en sommes réduits, en cet endroit, à des indications vagues et éparses, presque à des conjectures. Nul doute que depuis longtemps les lettres grecques ne fissent le fond des lettres latines, et que Rome ne se fût assimilé , autant qu'il était en elle, lès doctrines d'Athènes. Nul doute, par conséquent, qu'à côté de traducteurs de génie tels que Cicéron, n'eussent chaque jour abondé davantage des traducteurs médiocres, tels que Apulée, Chalcidius, à mesure surtout que s'amollissait la rudesse latine, et qu'aux préoccupations de la conquête et de l'administration succédaient, avec la décadence politique, les ambitions, on dirait presque les jeux de l'esprit. Mais, en général, nous ignorons les noms de ces traducteurs, non moins que les titres de leurs ouvrages. C'est donc immédiatement dans les œuvres de saint Augustin (et dès lors on comprend avec quelle réserve ! ) que nous avons à rechercher les traces

1. Dargonne, Traité de la Lecture des Pères de l'Église ^ liv. I, chap. VI , et liv. II , chap. iv.

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des antérieurs, à saisir les analogies, à démêler les précédents qui font de Tévêque d'Hippone le disciple, ou, si Ton veut, un des promoteurs de l'antiquité.

Or, au premier regard que Ton jette sur ses écrits, on est frappé de la multitude de noms propres, d'allusions, de réminiscences qui s'y rencontrent. Anaxagore et Anaximandre , Anaximène et Antisthène , Aristote et Carnéade, Épictète et Épicure, Pythagore et Xénocrale, Platon et Plotin, Porphyre et Jamblique, Apollonius de Thyane et Apulée, Cicéron et Sénèque, Horace et Virgile, Perse et Térence,Bardesane etManès, saint Paul et saint Ambroise, TertuUien et Athanase, les Grecs et les Latins, les philosophes et les poêles, les thaumaturges et les apôtres, les illuminés de l'Orient et les Pères de TÉglise, saint Augustin cite les personnages les plus illustres de l'antiquité profane et sacrée.

Essayons de dégager de cette érudition un peu indigeste : i" Les traditions de la Grèce et de l'Orient, qui sont parvenues à Augustin par les Latins ; 2® les traditions latines proprement dites, qui lui ont été directement transmises.

II. DES SOURCES GRECQUES ET ORIENTALES DE LA PHILOSOPHIE DE S. AUGUSTIN

Avant tout, que doit saint Augustin à la Grèce et à rOrient?

Un savant religieux, dont nous avons déjà invoqué le sentiment, le Chartreux dom Dargonne, remarque « que, si Ton ignore la science des païens, il est impossible de lire avec intelligence saint Justin martyr, TertuUien, Minucius Félix, saint Augustin et les autres apologistes. » Et il ajoute : « qu'à l'égard des philosophes, qui sont les plus considérables écrivains d'entre les Gentils, Platon est celui de tous qui a le plus de liaison avec les anciens Pères. »

« Les premiers chrétiens, en effet, dit-il, étaient platoniciens, et, dans les premiers siècles de l'Église, les savants marchaient sous les étendards de Platon, comme l'on a fait depuis sous ceux d'Aristote, tant parce que Platon passait pour le plus spirituel des philosophes, que parce que ses principes semblaient n'être pas tout à fait contraires à ceux de la religion chrétienne, dont il avait nnç connaissance anticipée *. »

Tello fut la condition d'Augustin; tel fut aussi le jugement qu'il porta sur le Platonisme. L'cloquonte paraphrase de VUortensius, la lecture même des ouvrages de Platon et des Platoniciens firent briller à ses yeux les

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