Cf. De Diversii Qujutionibus LWWW ^ qiia*sl. ix
DES SOURCES GftECQUES ET ORIENTALES. 109
qu'Augustin emprunte à Platon, et qu'ensuite, appuyé sur saint Paul et saint Jean, il rapproche sans effort du dogme chrétien*.
De même, en un mot, que tout Platon est dans la distinction célèbre de ce qui passe et de ce qui ne passe pas, de l'être et du paraître, d'où naît la théorie des idées; de même toute la philosophie augustinienne a ses racines dans la doctrine des idées^.
Pour employer la terminologie moderne, cette doctrine offre, on le sait, un double côté, un côté subjectif et un côté objectif, ou encore un côté psychologique et un côté ontologique. Augustin adopte complètement le côté subjectif et psychologique de la théorie platonicienne des idées. Quoique plus sobre relativement au côté objectif ou ontologique, il ne l'accepte pas moins, et quelquefois même n'hésite pas à suivre Platon dans ses abstractions les plus aventureuses. C'est ainsi qu'il revient, en reprenant les traces de Platon, et qu'il revient avec complaisance à la théorie des nombres et des harmonies de Pythagpre. Mais, hàtons-nous de l'ajouter, ce qu'il y a de capital dans les emprunts qu'Augustin a faits à Platon, consiste dans la doctrine du Logos ^ et, d'une manière générale, dans ses vues sur Dieu et sur la création.
En effet, il suffit d'ouvrir le Timée^ qui, aussi bien, est apparemment le dialogue que Tévêque d'Hippone avait le plus médité , pour être frappé des nombreuses analogies qui s'offrent comme d'elles-mêmes
f . Cr. M.Saisftel. IiiIroducUon déjà cilée, p. lvii» 2. />^ Diverse Qnrttionibufi lAXXHI, que«t. XL¥i.
4iO CHAPITRE I.
entre les textes de Platon et ceux de saint Augustin. Par exemple, c'est évidemment de Platon que relève Tauteur des Confessions^ lorsqu'il place dans l'intelligence divine les types éternels d'après lesquels Dieu a ordonné le monde \ ou encore lorsqu'il semble admettre l'intermédiaire des anges dans la direction et le développement de l'univers. Qui ne reconnaîtrait, de même, quelques-unes des pages les plus sublimes du Timée ^ dans la discussion aussi ingénieuse que profonde qu'Augustin a instituée sur la notion de temps?
Bien plus, Augustin lui-même ne cesse, en ces abstruses ou délicates matières, de faire appel à l'autorité du chef de l'Académie. Et, en premier lieu, à l'opinion des Platoniciens qui soutiennent l'éternité du monde, il oppose le sentiment de Platon, lequel lui parait avoir professé que le monde a commencé d'exister par la libre volonté du créateur^. Lorsqu'ensuite, il s'agit d'expliquer les motifs qui ont porté Dieu à créer le monde, c'est encore le témoignage de Platon que l'illustre évoque se platt à invoquer. « Quand Dieu dit : cela était bon, il ne l'apprend pas, il l'enseigne. Platon est allé plus loin, lorsqu'il a dit que Dieu fut transporté de joie après avoir créé le monde...
« Ainsi, c'est Dieu qui a fait toutes choses ; c'est par sa parole qu'il les a faites, et il lésa faites parce qu'elles sont bonnes. Il n'y a point de plus excellent ouvrier que Dieu, ni d'art plus efficace que sa parole, ni de meilleure
1. Platonis Opéra omnia, edidil G. Stallbaumius. Lipsiœ, ]850, in-4. TimœuSy XI, p. SU.