‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 400 sur 539 · De Civitate Dei , Ifb. XXll , cap. xxviii · texte numérisé non relu

De Civitate Dei , Ifb. XXll , cap. xxviii

2. Cf. Platonh Opéra omnia; Phœdo, XXIX, p. 30, el LXII, p. 42; PhTdrus, XXVIll, p. 581.

3. Les Platoniciens qui sont venus depuis le troisième et le quatrième siècle ont avancé que Platon avait cru la création de la matière. Fabricius dit « que ces gens-là ont entrepris de blanchir un More. »

tisme, pour démêler la moindre analogie entre le Logos platonicien et la seconde personne de la Trinité chrétienne , laquelle s*est manifestée dans le Christ ? Augustin a cédé, en cela, à ses préoccupations personnelles, en même temps qu'à des traditions intéressées'. Le dogme de la Trinité est exclusivement chrétien^. C'est pourquoi, on ne peut s'empêcher de souscrire, dans une certaine mesure, aux paroles d'ailleurs malveillantes, que Beausobre écrivait à ce sujet : « Saint Augustin loue la bonté du Seigneur^ qui s'était sei^vi des livres des Platoniciens, pour le délivrer des pièges du Manichéisme. Ce saint homme a raison : Dieu Téclaira par une philosophie qui n'était propre qu'à l'aveugler. En effet, Platon n'a-t-il pas cru deux principes coéternels : Dieu et la matière? N'a-t-il pas cru que la matière est la cause des maux ; que les intelligences pures sont des émanations divines aussi bien que le Verbe ; que l'âme humaine n'est qu'un mélange de l'esprit pur [mens) et de la substance qu'il appelle pLsptŒrb;, composée, divisible, c'est-à-dire de la matière, dont Dieu prit ce qu'il

1. M. Th. -H. Martin, dans tes Études xur le Timée de Platon; 184 1 » 2 Tol. in-8 (t. n , p. 50 , note xxix] , établit fort bien que la Trinité a été introduite dam le Platonisme en partie par des juifs et des chrétiens, qui tiraient Platon de MoYse, en partie par les Platoniciens eux-mêmes. C'est peut-être dans le juif Philon que l'on rencontre Iop premières traces de cette transposition.

2. M L'Église, écrit M. de Rémusat, nous révèle le dogme de la Trinité ; malgré les analogies qu'on a prétendu trouver dans Platon et les Alexandrins, je persiste à croire que l'idée de la Trinité est essentieliemcnt chrétienne et que l'esprit humain ne s'j serait point élevé par lui-même. » Revue des Deux-Mondes , l*"*" février 1860. C'est là un fait irrévocablement acquis à la science.

y a de plus spiritueux pour en former Tâme? N'a-t-ii pas cru que Tesprit pur ne pèche que malgré lui, forcé de céder à Timpétuosité des passions ; que la corruption originelle n'est autre chose que l'effet de la nécessité, où se trouva le Créateur, d'unir à l'esprit pur ce qu'on nomme l'appétit irascible et conçu piscible, c'est-à-dire l'aversion pour la douleur et l'amour pour le plaisir, parce que sans ces inclinations naturelles l'animal aurait négligé sa conservation ? N'a-t-il pas cru que l'âme passe de corps en corps, jusqu'à ce qu'elle ait acquis la purification nécessaire, pour retourner dans le lieu de son origine? Tout cela est le Manichéisme tout pur. Platon l'avait pris de Pythagore et des Pythagoriciens, dont il acheta les livres bien cher : et Pythagore l'avait pris des Mages, qui furent les maîtres et les prédécesseurs de Manichée. Aussi, ses sectateurs vantaient-ils Platon comme un homme divin, inspiré. Encore une fois, Augustin a raison de bénir la miséricorde du Seigneur. Ce qui aurait été pour d'autres une odeur de mort fut pour lui une odeur de vie. Il fit comme ces animaux prudents, qui laissent les plantes vénéneuses, et qui ne mangent que celles qui sont saines. Il trouva l'antidote, où les Valentiniens et les Gnostiques avaient pris leur poison ; c'est ce qui a fait dire à l'ingénieux Tertullien, qu'il était très-sincèrement affligé de ce qu'un aussi excellent philosophe que Platon avait donné le goût et l'assaisonnement à toutes les hérésies ^ » 3* Entre Augustin et Platon se rencontrent d'essen-

1 . Histoire critique de UanicUée et du Manichéisme, Amsterdaiu , 1734, 2 vol. in-4i t. 1 1 P* ^79.

tielles différences, qui tieûuent notamment au dogme que représente Tévêque d'Hippone.

Tout à son avantage, et à l'encontre de Platon, Augustin admet l'union immédiate de Tâme avec Tintelligible, en même temps qu'il réhabilite la notion de corps.

Il professe qu'il y a une participation de toutes les créatures aux idées, et qu'ainsi il y a des idées des choses particulières.

Il considère plus, dans ce qu'il appelle idées, des ordres naturels que des abstractions artificielles, quoiqu'il ne les exclue pas absolument.

Il identifie très-nettement le monde intelligible et la pensée divine, et n'éprouve aucune indécision sur le point de départ de la dialectique.

Il rejette la réminiscence et la théorie d'une vie antérieure.

Extrêmement supérieur en morale à Platon, ne fût-ce que par la doctrine de la charité, il ne confond point, comme lui, la vertu et la science.

Il épure et fortifie à la fois la théorie platonicienne de l'amour. Car, d'une part, il ne regarde pas l'amour profane comme un mouvement ascensionnel vers Dieu ; et d'autre part, il assigne à l'amour pour objet, non une simple idée, mais un être qui est Dieu.

Après avoir admis, comme Platon, que l'idée de Dieu, qui est la plus haute des idées, échappe, par cela môme, à toute détermination, il ne se laisse point emporter, comme Platon, par le mouvement dialectique, jusqu'à chercher quelque chose au-dessus de Dieu.

D'ailleurs, combien l'idée toute chrétienne que conçoit Augustin d'un Dieu triple et un, vraiment infini.

créateur, personne, providence et amour, n*est-elle pas supérieure à l'idée du Dieu-architecte que conçoit Platon ! Ajoutons que la connaissance de Dieu, qui est pour Platon toute spéculative, devient pour Augustin une connaissance expérinGientale.

Enfin , est-il nécessaire de remarquer qu'Augustin entend autrement et mieux que Platon la résurrection et rimmortalité * ? Car Augustin n'admet, en aucun cas, ni transmigration ^, ni vicissitude éternelle de misère et de félicité ; et c'est avec un accent de certitude que Platon n'a pas connu, qu'il proclame tout l'homme immortel.

4®Le génie d'Augustin n'en reste pas moins, en définitive, comme marqué à l'empreinte du génie de Platon.

En effet, supprimez la théorie platonicienne des idées, et la philosophie augustinienne se trouve ruinée comme par la base. Certainement, je n'aurai garde de dire avec Souverain^, « que la Trinité n'est qu'un Platonisme grossier qui a converti le dogme chrétien en un véritable paganisme^. » Je ne dirai pas davantage, avec le même auteur, w que les Pères se sont servis de la fraude pieuse pour présenter l'Évangile sous des idées nobles et des sens relevés qui fussent du goût des philosophes, se faisant tout à tous, afin de les gagner à Jésus-Christ, de telle sorte que ce qu'ils appelaient l'économie réglait l'allégorie \ » De telles critiques sont des blasphèmes.

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