Souverain. Ouvrage cité, p
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Mais si le dogme de la Trinité est d'une sublimité vraiment divine, si la sincérité de la foi des Pères, et d'Augustin en particulier, reste hors de cause, n'est-il pas manifeste, néanmoins, qu'Augustin, aussi bien que les autres Pères, ne s'est pas peu prévalu des formules du Platonisme, de ses enseignements comme de sou langage, pour exposer ou accréditer la notion d'une Divinité trine et une? Augustin lui-même, nous avons noté cet aveu, n'est parvenu à croire au Verbe incarné, c'està-dire au Christianisme, qu'après avoir appris de Platon qu'il y a un Verbe, une Raison éternelle, et que ce Verbe est Dieu.
Ces différences et ces rapports, ces attributions erronées et ces emprunts réels, en un mot toute cette infusion du Platonisme dans la pensée d'Augustin s'explique aisément, si on considère que l'évéque d'Hippone a beaucoup moins connu Platon en lui-même, et par ses ouvrages^ que par les Platoniciens, ou, mieux encore, par les Néoplatoniciens.
Telle est, au temps d'Augustin, la situation des esprits, que le Platonisme se trouve être pour le Christianisme un obstacle en même temps qu'un secours. En effet, par opposition au Christianisme, les païens célèbrent le Platonisme. Les Pères, de leur côté, afin de se concilier les païens, en appellent à Platon, s'efforçant de démontrer la conformité de ses doctrines avec les maximes de l'Évangile. «
Qu'est-ce donc que le Platonisme qu'on invoque, et qu'Augustin lui-même a sans cesse en vue? Est-ce la doctrine originale de Platon? Nullement. Ce n'e^t pas même celle de ses disciples immédiats, des Pla-
tooicieas proprement dits. C'est le Néoplatonisme ; employons la dénomination vraie, c'est TAlexandrinisme.
Or, qu'est-ce que l'Alexandrinisme? Un syncrétisme étrange, une sorte de colluvies de toutes les doctrines antérieures et du Christianisme qui a suivi. Numénius, Ammonius Saccas, Plotin, Porphyre, Jamblique*, Plutarque fils de Nestorius, Syrianus le maître de Proclus, chrétiens et païens, amalgament à l'envi le Platonisme, non-seulement avec plusieurs autres systèmes philosophiques, mais encore avec les croyances des juifs et des chrétiens, les interprétations allégoriques des religions de l'antiquité, enfin, les doctrines mystérieuses de tous les pays connus , principalement de l'Egypte et de l'Orient.
De là, les plus singulières corruptions de la doctrine platonicienne en particulier. Tantôt , afin de se rapprocher des chrétiens et d'échapper au dualisme, les Néoplatoniciens prétendent trouver dans Platon la création du monde, que Philon, prévenu précisément parla lecture de Platon, n'avait pas même aperçue dans Moïse. Tantôt mémo, comme Numénius, ils soutiennent que tout ce que Platon dit de Dieu et de la création a été emprunté à Moïse, et définissent l'auteur du Timée^ un Moïse parlant athénien. Tantôt, au contraire, afin de raccorder avec Aristote, ils lui attribuent la doctrine de féternité du monde. En tout, ils s'appliquent expressément à concilier ces deux princes de la philosophie, et
1. Voy. tiiiia|iius ^ardianus, De Vitis philosophorum et sophi9tiirum ; Colouix A Uobroijum , 1 C 1 0.
l'ouvrage de Porphyre sur Y Unité de r Ecole de Platon et d'Aristotey est, eu ce seos, la vive expressiou de leur pensée.
Inauguré par Philon, ce syncrétisme est consommé par Plotin. Et il suffit, pour s'en assurer, d'écouter son biographe Porphyre, a Les doctrines des Stoïciens et des Péripatéticiens, écrivait Porphyre, sont secrètement mêlées dans les ouvrages de Plotin; la métaphysique d'Aristote y est condensée tout entière... On lisait dans ses conférences les commentaires de Sévérus, de de Numénius, de Galus, d'Atticus (sur les écrits de Cronius, Platon); on y lisait aussi les ouvrages des Péripatéticiens, d'Aspasius, d'Alexandre, d'Adraste, etc. Cependant, aucun d'eux ne fixait exclusivement son choix * . »
A coup sûr, on ne saurait imaginer un enseignement formé d'éléments plus hétérogènes. Ce sont là, pourtant, les sources auxquelles Augustin a le plus immédiatement puisé. Disciple de Platon, il n'a connu qu'un Platon défiguré, parce qu'il ne l'a connu, répétons-le, que dans les Platoniciens. Encore n'a-t-il pas su distinguer des Platoniciens les Néoplatoniciens. Ce n'est pas assez dire; sous la dénomination de Platoniciens, il comprend les Académiciens et les Péripatéticiens, et s'inspire tour à tour de la nouvelle Académie et d'Aristote, en s'imaginant, d'ordinaire, suivre les traces de Platon.
Qu'Augustin ait confondu avec le dogmatisme de Platon le scepticisme de la nouvelle Académie, c'est ce que l'on aurait quelque peine à admettre, si on n'y était