DES SOURCES LATINES
auxquelles a puisé Tévéque d'tlippone, quoique sans doute plus aboadamment.
Pour parler d'abord des poètes, on sait avec quel charme presque énervant son enfance s'était nourrie de la douce poésie de Virgile. Ses écrits témoignent, à chaque ligne, que les autres poètes illustres de l'ancienne Rome, Lucrèce même, Horace, Térence, Perse, Juvénal, ne lui sont guère moins familiers. Il goûte surtout chez ces derniers, et il cite les vers où les deux satiriques célèbrent celte morale des Stoïciens, dont saint Jérôme allait jusqu'à dire avec plus de vraisemblance que de vérité, « qu'elle s'accorde la plupart du temps avec les dogmes chrétiens : » « Stoici inpleris^ que nostro dogmati concordant. »
Mais c'est principalement sur les prosateurs que plus tard s'est portée l'attention d'Augustin, et parmi eux, il n'y en a pas qui l'ait plus captivé que Cicéron. Est-il besoin de le rappeler? C'est des pages de XHorten-sius qu'ont jailli les premières lueurs qui, dessillant ses yeux, l'ont préparé à soutenir le pur éclat du spiritualisme platonicien et chrétien*. De là l'autorité que Cicéron conservera toujours sur l'esprit d'Augustin. Il deviendra en quelque sorte pour lui le prince des Académiciens. « Inter quos Academicos maxime Tullitis non movere nos potesf^, » Car ce ne sont pas les discours de Cicéron qui le séduisent, mais bien ses traités oratoires ou philosophiques. Ainsi, il serait facile
j. Cf. Confcssionum lib. UI, cap. iv ; Ephlola CXXX , Probje viditœ [M2) cap. v; De Trhiitate ^ lib. XIV, cap. ix, xu , de. 2. Contra Academicos t lib. lU , cap. vu.
de signaler dans les ouvrages de Févêque d'Hippone maintes traces du De Oratore\ du De Inventione^^ des Académiques^ des Tuscuianes^^ du De Ofpmis^^ du De Finibus^ des livres de la Républiques^ du De Divinatione, du De Natura Deorum^^ des Paradoxes sioï^ ciens notamment. On peut raffirnier en deux mots. D'un côlé, la plupart des idées qu'Augustin propose relativement à la vie heureuse, à la définition et à la division des vertus de Tàme, à la distinction et à l'accord de l'utile et de Thonnête, lui viennent de Gcéron. De l'autre, à peu près tout ce qu'il a su des détails de la philosophie ancienne et de son histoire, c'est Cicéron qui le lui a appris. C'est à Cicéron qu'il doit également, je ne dirai pas la connaissance littérale de Platon, encore qu'il ait largement profité de la traduction du Timée par l'orateur romain. Mais, ce qui vaut mieux, c'est de Cicéron qu'il a reçu, en môme temps que de Plotin et de Porphyre, la tradition, et, pour ainsi parler, l'inspiration platonicienne.
Avec Cicéron, un des écrivains qui a le plus contribué à mettre à la portée du saint évêque les doctrines du Platonisme, a été son compatriote, l'Africain Apulée. Effectivement, les écrits platoniciens d'Apulée, le Traité du Dieu de Socrate^ par exemple, ou encore le Traité
!• Contra Cresconium Donatislam, lib. 1, eap. xii.