II
OU téméraire, il a connu un système d'une admirable pureté. Comprendre par ses grandes lignes ce système, qui est le spiritualisme par excellence, et l'incorporer au dogme chrétien, voilà la lâche que la Providence réservait à saint Augustin. Ébauchée par saint Justin, par saint Clément d'Alexandrie, manquée et compromise par les témérités d'Origène, cette tâche convenait merveilleusement à saint Augustin, à la hauteur de sa raison, à la caudeur de son âme, à l'étendue et à la rectitude supérieures de son génie. Voyez aussi avec quelle puissance il Ta accomplie! Le Christianisme et le Platonisme, une fois unis par ses mains, il a été impossible de les séparer. Même au moyen âge, quand Aristote est devenu l'oracle dos théologiens, le Philosophe, comme on disait ; quand saint Thomas a entrepris d'imprimer à la théologie chrétienne le cachet du Péripatétisme, le fond Platonicien et Augustinien a subsisté. L'esprit du Platonisme, comme une flamme mal étouffée, n'a cessé de vivre et de rayonner à travers tout le moyen âge, jusqu'au Jour où Malebranche et Fénelon, Dossuet et Leibniz ont repris l'œuvre de conciliation entre l'idée Platonicienne et l'idée Chrétienne sous la bannière hautement déployée de saint Augustin '• »
Après avoir indiqué les sources de la philosophie de l'év^ue d'Hippone, recherchons quelle a été l'influence que cette philosophie a exercée.
!• M. SaUaeU InlroduotioD déjà citée, p. l.
Il n'y a aucune exagération à dire que bien peu d'hommes ont exercé sur la postérité une influence aussi étendue et aussi profonde que celle que Thistoire assigne à saint Augustin.
En 423, révoque d'Hippone écrivait une Règle pour un couvent de femmes en Afrique. Adoptée sous Charlemagne, puis par saint Dominique ^ cette règle était suivie plus tard dans ses dispositions essentielles par une foule de congrégations et d'ordres militaires, dont rénumération seule remplit les tomes deuxième et troisième du grand ouvrage que le P. Hélyot a consacré à l'histoire des ordres religieux *.
Telle est, d'autre part, l'autorité qui, dans le cours des âges, s'est attachée au nom d*Augustin, qu'on ne citerait assurément pas d'écrivain à qui on ait attribué un plus grand , ou même un aussi grand nombre de compositions apocryphes. Dom Ceillier, au tome onzième de son Histoire générale des auteurs sacrés et