II
Il suit de là que la vraie philosophie est la vraie religion, et réciproquement que la vraie religion est la vraie philosophie. )»
Tel est le langage d'Érigène. Est-ce fi dire que ce qui rattache à saint Augustin malgré de graves dissidences, ce soit uniquement Tesprit philosophe du grand évéque, son respect de la raison? Entre Tévôque d'Hippone et le régent de Técole Palatine, le représentant le plus illustre des écoles d'Irlande, se découvrent de hien plus immédiates et de bien plus étroites affinités. Comme Augustin, Scot est un Platonicien. lia lu Platon; il connaît du moins le Timée, et dans son traité de la Division de fa Nature^ il le cite souvent. Il pousse le Platonisme si loin, qu'il va presque jusqu'au Néoplatonisme de Proclus. Et la connaissance qu'il a des théories platoniciennes, il la tire des textes mêmes. Car, à la différence d'Augustin, Scot sait le grec autant qu'un érudit du seizième siècle^, et on lui doit la traduction de ces œuvres du faux Denys% qui seront un des éléments les plus importants de l'érudition scolastique.
Augustin, avec toute la retenue d'un représentant de l'orthodoxie, Scot avec toute la témérité d'un novateur, se rencontrent donc dans une commune prédilection pour Platon, et deviennent l'un et l'autre, quoique à des titres divers, les propagateurs du Néoplatonisme, qui
. 1 . M. Hauréau , Singularités historiques et littéraires, 1 86 1 , in*l 2 , p. 3 1 « 2. 11 est impossible de défendre aujourd'liui l'aullienlicilé des OEuvres de S. Dcnys l'Aréopagile. La critique ne voit plus dans l'auteur, quel qu'il soit, de cet ouvrage • qu'un liabile inconnu , « comme déjà s'exprimait Bossuel {OEuvreSy t. XVIil, p. 146, Tradition des Nouveaux Mystiques),
INPLUEirCE DE S. AUGUSTIN AVANT LE XVII® SIÈCLE, i 63
circule, à travers la Scolastîque, comme un feu caché, jusqu'au momentoùils'épanouira en éblouissantesflammes, En effet, on Ta affirmé avec raison. « C'est Jean Scot qui est Taïeul légitime de ces mystiques réguliers, dont Richard de Saint- Victor est le représentant le plus sérieux. Assurément, Scot n'est pas l'unique fondateur du mysticisme scolastique, lequel tient à d'autres causes. Son origine est dans le Christianisme lui-même et il s'alimente sans cesse aux sources vives de saint Augustin * ; mais s'il est renfermé dans les écrits de l'évéque d'Hippone, il prend, au moyen âge, une physionomie plus distincte. Or, c'est dans les écrits de Scot Erigène qu'on le voit se dégager plus nettement, pour passer de là aux mains des siècles qui vont suivre. Étude psychologique des mouvements de l'amour spirituel, attention à régler ces élans de la pensée, fermeté prudente qui sait s'arrêter sur les pentes périlleuses et, dans l'union avec Dieu, maintient avec force la distinction des personnes, voilà les traits généraux du mysticisme de Jean Scot, développé par Hugues et saint Bernard, et élevé à sa plus haute valeur par Richard de Saint- Victor, qui le fait accepter sans réserve à ses successeurs, saint Bonaventure et Gerson^. »
Nous ne trouvons aucune difficulté à l'admettre. Erigène est le prince des mystiques au moyen âge. Mais, outre que lui-même se relève de saint Augustin ', il n'y a point dans toute la Scolastique de vrais ou de faux
1 . Cr.M. Saint-René Taillandier, Scot Érigène, 1 843, in-8S P* ^21, Extraits du Commentaire de S, Augustin sur S, Jean^ imité par Scot Érigène,