Pciri Lombardi Sententiarum Libri IV
4. Bossuet, OEuvreSf t. III, p. 460, Défense de la Tradition ^ etc., liv. V, XXIV.
paraître sinon de k force d*inventiou, du moins une rare vigueur de dialectique.
tt Saint Thomas, écrit Bossuet, n'est, à vrai dire,* autre chose, dans le fond, et surtout dans les matières de la prédestination et de la grâce, que saint Augustin réduit à la méthode de TÉcole. C'est même pour avoir été le disciple de saint Augustin^ qu'il s'est acquis dans TÉglise un si grand nom, comme le pape Urbain Y l'a déclaré dans la bulle de la translation de ce saint, où il met sa grande louange en ce que, suivant les vestiges de saint Augustin, il a éclairé par sa doctrine l'ordre des Frères prêcheurs et l'Église universelle \ »
Assurément, entre le Docteur de la Grâce et l'Ange de l'École, s'offrent d'essentielles et irréductibles dissemblances. Tandis qu'Augustin porte dans tous les sujets qu'il traite la vive flamme de son intelligence, mais aussi ses saillies et ses généreuses inquiétudes ; c'est avec une placidité sereine et une imperturbable méthode que procède saint Thomas. Celui-là a perpétuellement recours à la voie de l'induction ou même de l'analogie; c'est dans le cercle de la syllogistique que celui-ci se tient strictement renfermé. Surtout, l'éducation de l'un et de l'autre est peut-être plus différente encore que leur génie. Au lieu qu'Augustin s'est formé tout entier à l'école du Platonisme et du Néoplatonisme, c'est aux ouvrages d'Aristote que s'est uniquement appliqué saint Thomas. Et tandis qu'il en poursuit l'étude Jusque dans les interprètes arabes du Péripatétisme, ni les fragments de Platon qui sont,
1. Bossuet, OEuvreSf t. H1 , p. 469» Défense de la Tradition, elc, llv. V, XXIV.
de son temps, en circulation, ni la Théologie de Proclus qu'il avait à sa disposition, ni la lecture de saint Augustin n'ont pu le gagner à rAcadémie. On a même à regretter qu'il partage les graves préjugés que le Stagirites'est efforcé d'accréditer contre sonmaître. C'est ainsi qu'on le voit, dans son adhésion exclusive aux enseignements d'Aristote, rejeter la preuve toute platonicienne de l'existence de Dieu par l'idée du parfait, preuve qu'avait ébauchée saint Augustin et complétée saint Anselme ; pour s'en tenir de préférence à la démonstration péripatéticienne qui se tire du mouvement. C'est ainsi encore, que malgré Téclatante adhésion d'Augustin, et quoiqu'il reconnaisse lui-môme, à la suite de l'évêque d'Hippone, dans la loi naturelle une participation de la loi éternelle, il répudie, comme dangereuse pour la foi, la théorie platonicienne des idées *.
Quoi qu'il en soit, et en dépit de ces différences, saint Thomas ne s'en rattache pas moins à saint Augustin par d'évidentes affinités. Ce serait peu d'observer qu'il le cite souvent. C'est l'influence des doctrines augustiniennes qu'il importe de signaler dans ses écrits. Or, cette influence est aussi manifeste qu'étendue. Saint Thomasqui se sépare d'Augustin dans la démonstration de l'existence de Dieu, s'en rapproche, au contraire, et suit ses errements, lorsqu'il s'agit soit de déterminer les attributs de Dieu, soit d'assigner les rapports de Dieu avec le monde. Il est optimiste à la manière d'Augustin. C'est à Augustin qu'il doit la plupart des éléments du système de la prémotion physique, généralement connu
1 . Cf. M. Ch. Jourdain, La Philosophie Oe S, Thomas d'Aquin; 1858, 2 vol. in-8», l. Il, p. 37 4.
dans rÉcole sous le nom de Thomisme. Partisan de la doctrine de la grâce, il affirme d'après Augustin, que c'est de cette source divine que vient à l'homme tout ce qu'il a de bon. A ses yeux, par conséquent, comme aux yeux d'Augustin, les vertus des païens sont de fausses vertus. C'est de môme à Augustin qu'il emprunte, avec la plupart des développements de sa théorie de la connaissance et de sa morale, la justification de l'esclavage, que reproduira son disciple Gilles de Rome*, et dont les écrits d'Aristote lui ont d'ailleurs suggéré les détestables principes. Pour lui comme pour l'évéque d'Hippone, l'esclave est un prédestiné.
Aussi bien, telle est l'influence d'Augustin, que les partis les plus contraires semblent accepter également son autorité. Duns Scot ne le respecte pas moins que le fait saint Thomas, et les âpres rivalités de leurs disciples ne les empêcheront point de s'accorder à reconnaître cette suprématie souveraine.
ce L'école de Scot et l'ordre de saint François, écrit Bossuet, n'est pas moins affectionné à saint Augustin que l'ordre de saint Dominique. Nous trouvons dans rilistoire générale de l'ordre de Ermites de saint Augustin une célèbre dispute sur le sujet d'un serment, par lequel on prétendait obliger l'Université de Salamanque à suivre conjointement les sentiments de saint Augustin et de saint Thomas, qu'on croyait les mêmes. Les Franciscains dirent alors que c'était faire injure à saint Augustin que d'exiger ce serment ; qu'il était le docteur commun de toutes les Écoles, que celle de
1 . Voy. M. Franck , Réjormauurs et Pnblicistes de l'Europe: 1864, in-8", p. 89.
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Scot ne lui était pas moins soumise que celle de saint Thomas, et que le Docteur Subtil avait tiré toutes ses conclusions de ce Père, et les avait soutenues par plus de huit cents passages, qu'il en avait allégués dans ses écrits. Ainsi, conclut Bossuet, il n*y eut jamais aucune dispute sur Tautorité de saint Augustin ^ Elle est demeurée inviolable à toute l'École '. »
Enfm, rappelons qu'il n'y a pas jusqu'aux deux esprits les plus hardis sans doute qu'ait produits la Scolastique, je veux dire Roger Bacon et Occam, qui, dans une certaine mesure, n'admettent cette autorité. Le Docteur Admirable médite les ouvrages de l'évéque d'Hippone ^, et le Prince des Nominaux n'hésite point à prendre ses textes pour arguments *.
Cependant, loin de finir avec le moyen âge, l'influence de saint Augustin philosophe prépare la renaissance, et après s'être imposée aux docteurs de rÉcole, obtient le respect des artistes et des poètes. Non-seulement le saint évoque trouve place parmi les héros de la Légende dorée; mais Dante se nourrit de la Cité de Dieu y et dans un des chants de son Purgatoire en rédige une paraphrase*. Pétrarque, en écrivant son traité du Mépris du Monde^ suppose qu'il a pour interlocuteur saint Augustin ; et lorsque Boccace lui envoie
1 . Bossuet , OSuvres, f . Ul , p. 4 60 , Défensede la Trad, elc. , liv. V, XXIV,