Epistola XXII
2. Cr. De Launoy, De varia AristoteUs fortuna ; Lutetix Parisiorum^ 16G2, in.r2,p. 88.
aux écrits d'Augustin, mentionnons aussi Jordano Bruno et sainte Thérèse. Saint Augustin est invoqué plusieurs fois par Bruno comme une autorité de premier ordre*. Quant à sainte Thérèse, c'est, de son propre aveu, la lecture des Confessions de saint Augustin qui a décidé ce qu'elle appelle sa conversion^. En effet, à parcourir les écrits ascétiques et mystiques de la céleste réformatrice du Carmel, notamment le Château de l'Ame ^ on admire jusqu'à quel point elle s'était pénétrée de l'esprit de saint Augustin '.
Il est aisé de le remarquer. C'est par son Platonisme qu'Augustin attire ces nobles âmes, enthousiastes ou troublées, mais confusément éprises d'idéal et d'avenir ; dont les rêves ont jeté sur Tépoque de la renaissance un immortel éclat. C'est de ses théories sur la liberté et sur la grâce, ou de ses maximes de gouvernement, que se relèveront les apôtres audacieux qui vont inaugurer par l'action l'ère des temps nouveaux. On ne saurait le méconnaître, de l'Augustinianisme corrompu, mais enfin del'Augustinianisme procède le Protestantisme. Car, sans parler de Wiclef et de Huss, qui, nourris de saint Augustin, soutiennent, avec le réalisme platonicien, la doctrine de la prédestination; Luther et Calvin ne font guère autre chose, dans leurs principaux ouvrages, que cultiver des semences d'Augustinianisme.
1. Cr. M. Ch. Barlholmè£6 , Jordano Bruno; 1846, 2 vol. in-S^, l. n, p. 323.
2. Vie de Sainte Thérèse ^ écrite par eUe-mème ; chap. ix, Avantage que tire la Sainte de la lecture des Confessions de S, Augustin,
3. Voy. M. Barthélémy Saint-Hilaire , Essai sur la Méthode des Alexandrins et le Mysticisme, Paris, 1835, in-S*^.
INFLUENCE liE S. AUGUSTIN AVANT LE XV11*81ÈCLB. 177
Et d'abord Luther, malgré le ton méprisant qu'il finit par affecter à Tendroit des Pères, ne laisse pas, au début, que de marquer son estime pour Tévéque d^Hippone.
« Parmi les Pères, écrivait Luther, Augustin a, sans contredit, la première place... Saint Augustin me plaît plus que tous les autres. Il a euseigné une pure doctrine, et soumis ses livres, avec l'humilité chrétienne, à la sainte Écriture... Il est le premier Père de TÉglise qui ait traité du péché originel'. »
Cependant» il ajoute : « Mais, depuis que j'ai compris saint Paul par la grâce de Dieu, je n'ai pu estimer aucun docteur; ils sont tous devenus petits à mes yeux. »
Tel est le prétendu grief de Luther contre les Pères. Ils ont ignoré saint Paul, ou l'ont méprisé. « C'est bien fait, s'écrie-t-il , vantez-nous les anciens Pères, et fiezvous à leurs discours^ après avoir vu que tous ensemble ils ont négligé saint Paul, et que, plongés dans le sens charnel, ils se sont tenus, comme de desseinformé, éloignés de ce bel astre du matin, ou plutôt de ce soleil. »
On ne peut s'empêcher de sourire de cette jactance de Luther. Qu'est-ce effectivement qu'Augustin, sinon saint Paul ? Et si le fougueux réformateur est arrivé jusqu'à saint Paul, qui l'y a conduit, si ce n'est Augustin? Aussi, par malheur, n'est-ce point calomnier saint Augustin que de le considérer, à plusieurs égards, comme le précepteur de Luther, en matière de libre arbitre. Augustin avait évidemment affaibli, compromis même, par certains côtés et sans le vouloir, la notion du libre arbitre. Excessif en cela, comme en tout le reste, Lu-
1. M. Micbelet, Mémoires de Luther, 2 vol. in-8« , 1895, t. Il, p. 95 et suiT.