Bossuet, OEuvres, t. XXIV, p. 468 , Histoire de France
ronnés de ténèbres; c'est qu'ils ont cherché un bel édifice et entier en une ruine, et des liaisons bien compassées en une dissipation. Ils ont tenu ce principe, que rhomme ne serait point animal raisonnable, s'il n'avait élection du bien et du mal. Il leur venait aussi en pensée que si l'homme n'ordonnait sa vie de son propre conseil, il n'y aurait nulle distinction entre les vices et les vertus. Et cela n'eût point été mal jugé par eux, s'il n'y eût eu nul changement dans l'homme. Or, la chute d'Adam leur étant cachée avec la confusion qui en est provenue, il ne se faut point ébahir s'ils ont mêlé le ciel et la terre ; mais ceux qui font profession d'être chrétiens et cependant nagent entre deux eaux, et bigarrent la vérité de Dieu de ce que les philosophes ont déterminé, en sorte qu'ils cherchent encore le franc arbitre en Dieu étant perdu et abîmé en la mort spirituelle ; ceux-là sont de tout insensés et ne touchent ni ciel ni terre ' . »
Calvin, d'autre part, qui dédaigne les Pères jusqu'à l'outrage, ne.manque pourtant point de les alléguer, notamment saint Augustin, comme des témoins dont il n'est pas permis de rejeter l'autorité. « Que diront-ils à l'ancienne Église ? écrit-il, en parlant de ses adversaires. Veulent-ils damner l'ancienne Église ? » Ou bien :
1 . Institution de la Religion chrétienne nouvellement mise en quatre livres^ et distinguée par chapitres en ordre et méthode bien propre; augmentée aussi de tel accroissement qu'on la peut presque estimer un livre nouveau, par Jean Calvin , 1662. Liv. I, chap. xv. a Quel a été V homme en sa création, où il est traité de limage de Dieu, des facultés de Vâme , du franc arbitre et de la première intégrité de sa nature, n p. 109.
(( Veulent-ils chasser de l'Eglise saint Augustin * ?» Et Augustin se trouve par lui expressément invoqué dans Y Institution, lorsqu'il entreprend d'établir « que l'homme est maintenant dépouillé de franc arbitre^ et misérablement assujetti au mal ^, » ou de montrer « combien les objections qu'on amène pour défendre le franc arbitre sont de nulle valeur ^. »
Ce n'est pas tout. Le dogme de la prédestination et la négation du libre arbitre ne furent pas les seuls enseignements que Calvin dut à saint Augustin. Son ardente et implacable logique lui emprunta, en outre, la doctrine qui permet l'exercice de la puissance du glaive dans les matières de la religion et de la conscience. Et on sait comment il l'appliqua contre Servet, aux applaudissements de tout son parti. Ce que l'on connaît moins, c'est le livre qu'il composa, après le supplice de sa victime, afin de justifier, sous prétexte d'orthodoxie, sa haine et sa vengeance sanguinaire. Le titre de l'ouvrage en exprime énergiquement l'esprit. aDefensio orthodoxafideide Sacra Trinitate^ contra prodiqiosos errores Michaelis Serveti Hispani : ubi ostenditur jure hcereticos gladii coercendos esse, et nominatim de homine hoc tamimpio juste etmerito sumptum Genevœ fuisse supplidum. Per Joannem Calvinum *. » k Défense
1. Cr. Bossuet, Œuvres y t. XIII, p. 157, Histoire des Variations, liv. IX, 84.