Mémoires de M, Fontaine, t. UI, p
2. « On est obligé de reconnaître que ces réflexions, qu'on appelle nouvelles, parce qu'on ne les Toit pas dans les logiques communes, ne sont pas toutes de celui qui a travaillé à cet ouvrage, et qu'il en a imprimé quelques-unes des livres d'un célèbre philosophe de ce siècle, qui a autant du netteté d'esprit qu'on trouve de confusion dans les autres. • Logique ^ Premier Ditcours.
aux Méditations^ quel respect Arnauld ne professe-t-il point pour Descartes ' , et quelle estime , de son côté, Descartes ne témoigne-t-il pas pour Amauld*! Et encore, où lire de Descartes un plus magnifique éloge que celui que la plume de Nicole lui a consacré 3?
11 n'y a pas jusqu'à Pascal qui ne relève de Descartes, en dépit de ses répugnances affectées et de roriginalité de son génie ^.
1. OEuvres complètes de Descnrtes; édit. de M. Cousin, t. TU, p. 8. Lettre de M, Arnauld au K, P, Mersenne, « Je mets au rang des signalés bienfails la communication qui m'a été Taite par votre moyen des JfAiitations de M, Descartes; mais comme vous en saviez le prix, aussi me l'avez-vous vendu fort chèrement , puisque vous n'avez point voulu me faire participant de cet excellent ouvrage, que Je ne me sois premièrement obligé de vous en dire mon sentiment. »
2. OEuvres complètes de Descartes, t. VIH, p. 569; Lettre de Descartes au P. Gibieuf (\GA2) : a Bien qu'il n'y ait pas longtemps que M. Arnauld soit docteur, je ne laisse pas d'estimer plus son Jugement qu'une moitié de celui des anciens. »
3 « On avait philoioplié trois mille ans sur divers principes, ei 11 s'élève dans un coin de la terre un homme qui change toute lu face de la philosophie, et qui prétend Taire voir que tous ceux qui sont venus avant lui n'ont rien entendu dans les principes de la nature. Et ce ne sont pas seulement de vaines promesses ; car il faut avouer que ee no«veau-venu donne plus de lumière sur la connaissance des eiioaes nala»
relies que tous les autres ensemble n'en avaient donné Quel plus
grand exemple peut-on avoir de l'esprit humain !... » De la Faiblesse de Vhomme, chup. viii.
4. Non-seulement leâ Pensées rappellent souvent les Méditations, Mais les Réflexions sur la géométrie en général respirent l'esprii d'ordre et de clarté dont le Discours de la Méthode avait donné l'exemple el ie besoin. L» petit essai 8ur VArt de penser est un digne commentaire des quatre règles de ce discours. Voyez M. Bordas-Demoulin, Mélanges philosophiques et religieux, 1846, in-8*; Éloge de PaScal,
Or, comment expliquer la prédilection singulière avec laquelle Messieurs de Port-Royal s'attachèrent aux doctrines cartésiennes et y restèrent fidèles, alors même qu'elles furent le plus vivement combattues*? Ce serait une illusion de ne voir dans la faveur dont jouit Descartes parmi les cénobites des Granges que l'influence naturelle d'un prudent novateur sur de grands esprits, ou du moins sur des esprits d'élite. La vérité est que Port-Royal admira et adopta dans Descartes un célèbre et moderne disciple de saint Augustin. Dans le Cartésianisme il crut rencontrer une sorte d'exposition populaire de l'Âugustinianisme approprié aux temps nouveaux.
Assurément, pour peu qu'on y regarde, on aperçoit entre saint Augustin et Descartes de nombreuses diiférences, de plus nombreuses même et de plus graves que n'ont voulu se l'avouer Messieurs de Port- Royal. Le premier, appliquant dans toute sa subtilité la méthode préférée des mystiques, procède par aperçus, par emblèmes, par figures, par antithèses, et ne tient pas moins compte de l'imagination et du sentiment que de la raison. Le second restitue
1. Cf. OEuvres complètes de Descartet ^ 1. IX, p. 84; Lettre de Mersenne à Voéiius (1642). « Demandant dernièrement à Tauteor des Quatrièmes objections , qui est eslimé un des plus subtils philosophes, et l'un des plus grands théologiens de cette Faculté (Ârnauld), sMI n'avait rien à repartir aux réponses qui lui avaient été faites, Il me répondit que non, et qu'il se tenait pleinement satisfait; et même qu'il avait enseigné et publiquement soutenu la même philosophie, qui avait été fortement combattue, en pleine assemblée, par un très-grand nombre de savants personnages, mais qu'elle n'avait pu être abattue, ni même ébranlée. »
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l'usage du strict procédé rationnel. Celui-là se réfère constamment aux Écritures; celui-ci, malgré ses protestations de respect à l'endroit de la révélation, n'attend rien que du libre examen. Pour l'un, la théologie finit bientôt par être une base ; pour l'autre, elle reste toujours une limite. Je n'insiste point sur beaucoup d'autres oppositions manifestes.
D'autre part, néanmoins, entre Descartes et saiat Augustin, que de convenances et que d'analogies !
Comme Augustin, c'est dans la conscience que Descartes place le fondement inébranlable de la certitude, et sa polémique contre les Pyrrhoniens ne laisse pas que de rappeler de très-près l'argumentation de l'évêque d'Hippone contre l'Académie.
De plus, quoique la Raison-Dieu que célèbre Augustin soit autre chose que Tinuéité cartésienne, comme Augustin pourtant, Descartes se refuse à dériver toutes les idées de l'imagination et des sens, en même temps qu'il s'élève à la notion de Dieu par la conception de l'infini ou du parfait. Enfin, un des principaux titres de gloire de Descartes métaphysicien, n'est-ce pas d'avoir mis audessus de toute objection, avec l'existence de Dieu, la spi ritualité de l'âme ? Or, ici de môme, ce sont les errements d'Augustin qu'il paraît avoir suivis. C'est ce qu'observait un de ses correspondants anonymes. « Ce que vous avez écrit de la distinction qui est entre l'âme et le corps, mandait-il à Descartes, me semble très-clair, très-évident et tout divin, et comme il n'y a rien de plus ancien que la vérité, j'ai eu une singulière satisfaction de voir que presque les mêmes choses avaient été autrefois agitées fort clairement et fort agréablement
par saint Augustin, dans tout le livre X de la Trinité^ mais principalement au chapitre x ^ »
Arnauld, de son côté', au début de ses Objections contre les Méditations, ne manque pas de signaler entre Augustin et Descartes d'assez étroits rapprochements. Il remarque en effet « que dans le livre second du Libre Arbitre^ chapitre ni, Alipius disputant avec Évodius, et voulant prouver qu'il y a un Dieu, « premièrement, dit-il, je vous demande, afln que nous commencions par les choses les plus manifestes, savoir si vous êtes, ou si peut-être vous ne craignez point de vous méprendre en répondant à ma demande, combien qu'à vrai dire si vous n'étiez point, vous ne pourriez jamais être trompé. » Auxquelles paroles, ajoute-t-il, reviennent celles-ci de notre auteur : « Mais il y a un je ne sais quel trompeur très-puissant et très -rusé, qui met toute son industrie à me tromper toujours. Il est donc sans doute que je suis s'il me trompe *. »
Mais laissons les côtés secondaires par où Descartes pouvait plaire à Port-Royal en paraissant se rapprocher de saint Augustin.
Ce qui devait toucher particulièrement les disciples du Docteur de la Grâce, n'était-ce pas une philosophie qui proclamait que Dieu a établi toutes vérités, ainsi qu'un roi établit les lois en son royaume ' ? N'était-ce pas une philosophie, qui par les deux théories de la substance* et de la création continuée tendait à aboUr l'activité des
1. Descartes, Œuvres complètes, t. X, p. 138; Cf. t. VHl, p. 618; Baillel, La Vie de M. Descartes, Paris, 1691, 2« partie, p. 636.