Lettres y t. U, p
par les cheveux. Pélagius a dit qu'on pouvait faire de bonnes œuvres et mériter la vie éternelle sans la grâce, ce qui a été condamné de l'Église ; et moi je dis qu'on peut connaître par la raison naturelle que Dieu existe, mais je ne dis pas pour cela que cette connaissance naturelle mérite de soi, et sans la grâce, la gloire surnaturelle que nous attendons dans le ciel : car au contraire, il est évident que cette gloire étant surnaturelle, il faut des forces plus que naturelles pour la mériter. Et je n'ai rien dit touchant la connaissance de Dieu que tous lès théologiens ne disent aussi ; mais il faut remarquer que ce qui se connaît par raison naturelle, comme qu'il est tout bon, tout-puissant, tout véritable, etc., peut bien servir à préparer les infidèles à recevoir la foi, mais non pas suffire pour leur faire gagner le ciel ; car pour cela il faut croire en Jésus- Christ, et aux choses révélées, ce qui dépend de la grâce ^ w
Et déjà en 1637, il écrivait à un ami du P. Mersenne : a Vous rejetez ce que j*ai dit quil suffit de bien juger pour bien faire [Disc, de la Méthode).,. Le bien faire dont je parle ne se peut entendre en termes de théologie, où il est parlé de la grâce, mais seulement de philosophie morale et naturelle, où cette grâce n'est point considérée, en sorte qu'on ne me peut accuser pour cela de l'erreur des Pélagiens, non plus que si je disais qu'il ne faut qu'avoir du bon sens pour être honnête homme ^. »
Telles sont, envers la doctrine augustinienne, les soumissions du très-précautionné philosophe. Le P. Mer-