‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 473 sur 539 · Tabaraud. Ouvrage eité , t. II, p · texte numérisé non relu

Tabaraud. Ouvrage eité , t. II, p

guère séparé de Descartes ; et si parfois on rappela sa doctrine uniquement pour cette doctrine même, on la mit d'ordinaire au service du Cartésianisme nais^sanU C^est ce que fit, par exemple, dans son Commentaire ou Remarques sur la méthode de René Dese&rtes, le P. Poisson ^ a Saint Augustin, écrit PoiadOQ, parle quelquefois d'une manière qu'il semble ou qu'il ait emprunté ses paroles de M. Descartes, ou M. Descartea de lui-même^. » Nommons surtout celui qui parait avoir, le premier, introduit le Cartésianisme dans l'enseigoe-p ment philosophique de l'Oratoire, le P. André Martin. Partisan décidé de Descartes, le pieux professeur ne s'en laissa point détacher par les dégoûts qu'on lui suscita'. Opposante la violence un innocent artifice, qui ne devait cependant le préserver du reproche de Cartésianisme que pour soulever contre lui l'accusation de Jansénisme ^, il forma le dessein de rédiger une Philo* Sophie Chrétienne dont il aurait emprunté les matériaux aux auteurs ecclésiastiques et aux plus éclairés d'entre les profanes. Ce projetnereçutpointunecomplèteexécution. Les premiers volumes, et les seuls qu'il crut devoir publier en 1667, sous le pseudonyme d'AmbrosiusVictor% ne comprirent que des textes de saint Augustin. Quant au plan d'après lequel il disposa toutes ses citations,

f . VandomiM, 16T0, irotemment p. 09, r09, 199, tdt.

a. UUnivertité d'Angevt s'âUnt lovUfôe eoA(r« lui , le P, ll«vUa reçut l'injonction de se conrormerà Ârislole dans son cours depliysique.

4. liO P. Martin fut suspendu de la chaire de philosophie de Saumur, où il avait été appelé en dernier liea.

5. Voy. ci-dessus la Prélaca. P*mi les ouvrage f|u« U P. André Martin a?ait déjà publiés, le faut citer : PhiUtQfhia mortUU càritficmi

D'ajouUDt du sien que les liaisons indispensables, il est manifestement tout Cartésien. De la sorte, Descartes et saint Augustin prirentdéfinitive possession derOratoire.

Ce fut dans un tel milieu, au sein de cette Académie chrétienne qui s'appela Saint-Magloire et sous la direc* tioD immédiate du P. André Martin lui-même, que se développèrent les aptitudes métaphysiques de MaWbranehe. On sait quelle révélation devint pour lui la lecture du Traité de P Homme par Descartes. Or, comment, d'autre part> ce beau génie, ce naturel tout Platonicien, n'eût -il point accepté avec avidité les influences de Tévéque d'Hippone? L'éclat de l'imagination, la finesse, le bel esprit, le cœur, mille sympathies l'attiraient vers saint Augustin. C'est pourquoi, après l'auteur du Discours de la Mélhodey il n'eut pas d'autre maître.

Sans prétendre relever ici ni discuter tous les emprunts que Malebrancbe a faits à saint Augustin, ce qui ne serait rien moins qu'examiner à fond la doctrine de l'illustre méditatif, notons les points principaux par où sa philosophie procède des théories augustiniennes , quoique là même encore se puissent constater des éléments cartésiens.

{"" C'est de saint Augustin, avant tous autres, que Malebranche a reçu l'inspiration générale qui anime tous ses discours et qui fait du retour et de Vunion de l'àme à Dieu le thème de toutes ses recherches. « L'esprit de l'homme, écrit Malebranche, se trouve par sa nature situé entre son créateur et les créatures corpo-

tende rectitudine et pravitaie acnutm kumam>rwmy de liber» mrhiirU et consensu divino^ jujcta prineipkt sanet^mm Àm^nHim H fà«wjr, Améegavi, I6è2, in-16 elin-12.

228 CIIAFITIŒ 11.

relies ; car, selon saint Augustin, il n*y a rien au-dessus de lui que Dieu, ni rien au-dessous que des coips. Mais comme la grande élévation où il est au-dessus de toutes les choses matérielles n'empêche pas qu'il ne leur soit uni, et qu'il ne dépende môme en quelque façon de quelque portion de la matière, aussi la distance infinie qui se trouve entre TÈtre souverain et l*esprit de Thomme n'empêche pas qu'il ne lui soit uni immédiatement et d'une manière très-intime. Cette dernière union l'élève au-dessus de toutes choses. C'est par elle qu'il reçoit sa vie, sa lumière, et toute sa félicité; et saint Augustin nous parle, en mille endroits de ses ouvrages, de cette union, comme de celle qui est la plus naturelle et la plus essentielle à l'esprit. Au contraire, l'union de l'esprit avec le corps abaisse l'homme infiniment; et c'est aujourd'hui la principale cause de toutes ses erreurs et de toutes ses misères * . » Tout Malebranche est dans ces paroles. De là, le dédain qu'il témoigne avec saint Augustin, pour toutes les sciences qui ne se proposent pas la connaissance de l'homme comme objet'. 2'' En somme, c'est de saint Augustin que Malebranche déclare avoir emprunté sa théorie capitale de la vision en Dieu. « Je reconnais et je proteste, écrit-il, que c'est à saint Augustin que je dois le sentiment que j'ai avancé sur la nature des idées... Je soutiens, continue-t-il, que suivant les principes de âaint Augustin, on est obligé de dire que c'est eu Dieu qu'on voit les corps '. »

1. Œuvres complètes de Malebranche; Paris, 1837, t. I, p. XU, Préface. De la Recherche de ta Vérilé.

Page 1