Cr. De Genesi ad Litieram , lib. l\ , cap. ix
3. MuUbrunchc, t. 1 , |>. xx, Préfuce, De la Recherche de la Vérité.
Les passages qu'on pourrait citer à Tappui de celte double assertion sont innombrables ^
3** Malebranche, par conséquent, célèbre avec Augustin « la lumière de la vérité qui éclaire tout le monde ; la voix de la nature, qui ne parle ni grec, ni scylhe, ni barbare^. » Pour lui comme pour l'évéque d'Hippone, la vérité est absolue ; elle est Dieu lui-même. « La vérité est incréée, immuable, immense, étemelle, audessus de toutes choses... Il n'y a rien qui puisse avoir ces perfections que Dieu : donc la vérité est Dieu. Nous voyons de ces vérités immuables et éternelles : donc nous voyons Dieu. Ce sont là les raisons de saint Augustin, les nôtres en sont un peu différentes. Selon notre sentiment, nous voyons Dieu, lorsque nous voyons des vérités éternelles, non que ces vérités soient Dieu, mais parce que les idées dont ces vérités dépendent sont en Dieu : peut-être même que saint Augustin l'a entendu ainsi. » Malebranche ne cesse donc d'invoquer, à l'exemple d'Augustin, le Verbe éternel, raison universelle des esprits. Et, sans parler de la Recherche^ ses Méditations chrétiennes sont-elles autre chose qu'une reproduction des Soliloques ?
i"* Il suit de là, en outre, que Malebranche entend comme Augustin la connaissance que nous avons de Dieu. « Saint Augustin, écrit-il, passe encore plus avant que saint Grégoire son fidèle disciple. Car, quoiqu'il de-
1. Rapprochez notamment Malebranche, t. 1, p. 110, t ti. De la Recherche de la Vérité ^ liv. III, 2* partie, chap. vi; et S. Augustio, De Genesi ad Litteram, Ifb. XII, cap. vi, vu, x\xi.
2. Malebranche, t. I, p. 111, De la Recherche de la Vérilé^MY, III, 2* partie, chap. vi.
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meure d*accord qu'on ne cMnatt préBentement Dieu que d'une manière forl imparftiite, il n^snne cependant en plusieurs eiidroits que Dieu nous est plus connu que les choses que nous nous imaginons le mieux connaître... le n'apporte pas d'autres preuves du sentiment de saint Augustin. Si Ton en souhaite, I*on en trouvera de toutes sortes dans la savante collection qu*CQ a faite Ambr&ise Victor^ dans le second vokirae de sa Phihsophie Chrétienne^. » La théodkée 4e Maiebranche est tout augustinienne*
5* Malebranche a recours à Tauterité d'Ang^rsHn non moins qu'à celle de Descartes, afin d'établir ta <Kslinction de l'&me el du corps. « Si ce que je viens de dire ne suffit pas pour faire sentir la différence de l'ânae et dn corps, on peut, conclut-il, lire et méditer quelques endroits de saint Avgustin, comme le dixième chapitre du dixième livre de la Trimté, tes quatrième et quatorzième chapitres du Livre de la Quantité de FAmt on tes Méditations de M. Descartes ^. » ïl n'y a pas jusqu'à son opinion toute cartésienne sur l'Ame des bétes qu'il ne cherche à accommoder au sentiment d'Augnsfin. •« H est certain que saint Augu^în a toujours pai4é des bétes comme si elles avaient une âme... Cependanl je crois qu'il est plus raisonnable de se servir de l'autorité de saint Augustin, pour prouver que les bétes n*onl point d'âme que pour prouver qu'elles en ont ; car des
1 . Malebranche, t. 1, p. 333, De la Recherche de la Vérité. Cf. Co»versQiions chréiiennes; Onzième éclairciteement,
3. Id., t. I, I». 25, De U Recherche de la Vériié, liv. I , rha|). X.
INFLUENCE DE S. A^GUSTIll AD XVII* SIÈCLE. 231
principes qu*il a soigneusement examinés et fortement établis, il suit manifestement qu'elles n'en ont pcnnt, ainsi que le fait yoir Ambroise Victor^ dans son sixième Tolume de la Philosophie Chrétienne^. »
6* Malebranche qui s*est approprié les développements d'Augustin sur la mémoire, l'imagination et les passions, renvoie expressément, en cette matière, tu dixième livre des Confessions^.
V La fréquentation des écrits du Docteur de laGfAce a certainement eontinné Malebranche dans ses vues sur la liberté, lesquelles, par la double théorie des causes occasiomielles et de la prémotion physique, Téloignent si fort de l'activité véritable*; t}uelque peSne quH se soit donnée plus tard pour défendre le libre arfntre contre Boursier et quelques dîtficnhés qu'on lui ait faites sur sa munie re semi-pélagieinie d'entendre !a grâce*.
8® Dans son Traité de FAmtmr de Dien, Matebranche détermriniirt d*après Augustin en qud sens Tamour de Dieu doit être désintéressé, combat avec
1 . MakhTBQohe, L J , p, ZbS^ De la Bâcherche de la ViérUéi Qui»^ xiéme éclaircissement. Cf. Ibid,, p. 1244, De la Recheràhe de la Vérité ^ liv. VI, 2* partie, chap. vu.
2. fd., ibid., ^.hi, 9e4a Reclmrc^ delà TériU, Uf. U, !■• pM*t., ckApu ^.
3. Id.^ ibid.^ p. 292, 298, Premier et deuxième éclaireiuements sur ta Recherche de la Vérité, t. II, p. 388, Réflexions sur laPrémo^ tion physique,
4. Cr. Œuvres philosophiques de Fénelon; Paris, 1843 , p. 348 , Réfutation du systhneduP, Malebranche; et Malebranciie, t. Il, j). 296, Traité de la Nature et de la Grâce, « L*auteur est bien persuadé que Ton a déjà fait voir que ses sentiments sur l'eflicace de la grâce août conrormes à ceux de S. Augustin. »
Tévéque d*Hippone la chimère du pur amour. « C*est un grand égarement d'opposer Tamour de nous-mêmes à Tamour divin, quand celui-là est bien réglé. Car« qu'est-ce que s'aimer soi-même comme il faut ? C'est aimer Dieu. Et qu'est-ce qu'aimer Dieu? C'est s*aimer soi-même comme il faut... Je croirais que ce discours équitablement interprété, écrit-il au Père F. Laoïi, ne devrait soulever personne, si vous ne le condamniez pas hautement. Car il me semble que j'ai lu tout cela dans saint Augustin ; et si vous le souhaitez, je vous le ferai voir * . »
9® Enfin, c'est à Tévéque d'Hippone que l'auteur de la Recherche doit les principes de sa morale et de son optimisme; « La loi éternelle, dit saint Augustin, est que tout soit dans un ordre parfait : ut omniasint orcUnatissima^. » Ces mots résument toute cette doctrine de Tordre universel que Malebranche a exposée avec tant d'onction et tant d'éclat '.
On le voit, si ces rapprochements ne sont ni arbitraires, ni hasardés ; s'ils ressortent avec évidence de la plénitude même des textes; d'Augustin à Malebranche, il y a plus même qu'une immédiate influence. Il y a incontestable filiation.
En conséquence, il ne faut point s'étonner que ce soit au nom de saint Augustin^ que se produise le mouvement considérable d'adhésion ou de controverse que suscite le système du célèbre Oratorien. Si en effet les
1. Malebranche, t. Il, p. 261, Lettret au P, lamt, 1^* leUre,
2. /cf., ibid , p. 392, Béflexions sur la Prémotion physique.