i(f., l. I, p. 400, Traité de Morale
uns le louent, c'est surtout pour avoir exactement interprété les sentiments de saint Augustin; si les autres au contraire le blâment, c'est principalement parce qu'ils l'accusent de les avoir méconnus ^ Tous cependant, partisans ou adversaires, se déclarent invariablement admirateurs ou disciples de l'évéque d'Hippone. Tant la parole d'Augustin est alors universellement respectée ! Tel est, à cette époque, son empire sur les esprits! Par Malebranche notamment, l'Augustinianisme pénètre en France dans tous les ordres religieux ; par Malebranche il se propage jusqu'en Angleterre et en Italie. Ainsi à l'Oratoire même, Thomassin^ et le P.
1 . Voy. Recueil de quelques pièces curieuses concernant la philosophie de H, Descartes ; p. 91 , Réponse à Louis de la Ville.
2. Les Dogmes thiologiques, 1680-89, 3 ?ol. in-rol., et noUmmeut, dan« ce savant ouvrage, le Traité de Dieu et de ses attributs sont tout pénétrés de l'espiil de S. Auguëtin. Il Taut citer, antérieurement, parmi les Augustiniens de l'Oratoire, le P. Sénaull. Dans son Traité de /'u* sage des Passions, 1664 , in- 12; dans ses deux autres ouvrages : L'Homme criminel, ou la Corruption de l'Homme par le péché, 1644 , in-4° ; L'Homme chrétien , ou la Réparation de la Nature par la Grâce, 1648, in-4°, le pieux général de l'Oratoire a écrit comme sous la dictée de S. Augustin. — Qu'il nous soit jiermis , en parlant des admirateurs de l'évéque d'Hippone , de rapprocher du P. Sénault le plus grand moraliste du dix-septième siècle, L^ Bruyère. • Un Père de l'Église, un docteur de l'Église, écrit l'auteur des Caractères, quels noms ! quelle tristesse dans leurs écrits I quelle 8échere;>se , quelle froide dévotion , et peut-être quelle scolastique ! disent ceux qui ne les ont pas lus : mais plutôt quel étonnement pour tous ceux qui se sont fait une idée des Pères si éloignée de la vérité! s'ils voyaient dans leurs ouvrages plus de tour et de délicatesse, plus de politesse et d'esprit , plus de richesse d'expression et plus de force de raisonnement , des traits plus y'ih et des grâces plus naturelles que l'on n'en remarque dans la plupart des livres de ce temps, qui sont lus avec goût, qui donnent du nom et de la vanité à leurs auteurs. Quel plaisir d'aimer la religion et de la
234 cHAPirm: ii.
Benmrd Lami * ; chez les Bénédictins , Dom FVmçoîs Lamî ' et Dom Robert Des Gabets • ; chee les Jésuites, fauteur de V Essai sur k Beau, Taimable et eourageoi P. André ^; en Angleterre, John Norris*; soit qu*ib défendent Malebranche, soit qu'ils invoquent son autorité ou parfois le contredisent, s*ima|^Dent soutenir les principes de saint Augustin et travailler à rétablissement de sa philosophie.
voir crue, soatenue, eipliquée par de û beaui géniM 9i par dt ji solides esprits I Surtout lorsqu'on vient à connaître que, pour rélendne de connaissance, pour la profond<eur et la pdnétratioo, pour les prloeipes de la pnre pMIosophie, pour kur application M l«iir déreloiipement, pour la Justesse des conclusions, pour la dignité du diaeourt, pour la beaulé de la inoralle et des eenllvieirts , ff n*y a ifen , par exemple , que l'on pTStsse comparer h S. Augustin , que Pteton «I qoe Gteéron. » Des esprits forts,
1. Zélé Cartésien , B. Lami (1645-1716) professa la philosophie à Baumur et à Angers. Parmi ses nombreux écrits , Toyei sarloiit De la Têrité et de la Sainteté de la Morale chrétienne , 1706-1711, 5 ?ol. !n-l2.
2. «Controreniste célèbre, F. Lami (1696-1711) aéerit, entre «otroi iiyres, La Connaissance de sot-méme, 1694-98 et 1706, 6 Tel. in-t2; Le Nouvel Athéisme renveraé , ou Réfutation du Système de Spinna , 1696, in-12.
S. Auteur de la Critique de la Critique de la Meeherehe de te Téritê^ 1675, in- 12.
4. Cf. Œuvres pkilosophitptes du P, André , avee une bîtrodtiethm , par H. Cousin, 1849, in-12. L'AugusUnianisraeaTaitdéJà trouré, an aefn m6me de la Compagnie de Jésus , un représentant dam le P. Petan. Toy. ses Dogmato theologitM, 1644-60, 5 vol. inWol.
5. Voy. parmi ses ourrages : le Traité de la Renton et de la Foi , dans leurs rapports avec les Mystères du Christianisme (an Account of Reason and Faiih in relation to the Mysteries ofChristianity, in-9*, Lond. 1697), et V Essai sur la Théorie du monde idéal ou intelHgibie {an Essay lowards the Theory of the idéal ùr intelUgible world , 2 ToU fn-S», ibid., 1701-1704).
INFLUENCK DE S. AUGUSTIN AU XYII** SIÈCLE. 98S
Mais nul ne conçut, dans le commeroe de Maie* branche, une plus profonde vénération pour ïévéque d'Htppone, que le Sicilien Michel-Aoge Fardella, de Tordre de Saint-François *• De là TingénieiiK ouvrage, où le pieux Franciscain oppose aux eectateurs d'Épicure et de Lucrèce la démonstratîoa angustinienne de la spiritualité de Tàme. Animœ humanœ natura ab Àugustino détecta m Libris de Animm Quantitate, Decimo de Trinitate et de Animœ Immottalitaie; Exponente Michaek Angeto FardeUm Dtepa" nenei^ Sac. Theologiœ doctore ae m Pattwino Lyceo Astronomiœ Mtiereorum prof essore. Sué mapiciis Em. et Sap. Bemrici tihdi S. AugusHni Cardinaiis de N&ris. Opus potfsmnum elaboraitim etd mcorpoream et immartaiem animœ humantB indolem, adoersHe Epiaxri et Lucreiii secéeUores^ rmtione prœiueenfey demonstrandam ^. Dédié au cardinal de Noris, c'es<r4dire à Tauteur tout augustinien de YHiitoria Pela* giana ', le livre se termine par une espèce de mise en scène assez bizarrement conçue d'Épicure et d'Augustin, le premier représentant la chair et le seoond personnifiant l'esprit. « Mentis et Camis conflictns^ seu Attgtistinus et Epicurus invicem pugrnantes. Caro sive Epicurus in libro tertio Lucretii de Remm Natura pro animœ mortaiitmte cerUms. Mens sive Angustinm pro sempitemu mentis kumanœ natutn pugn&ns^ in
1. Fardella, pendant un s^our de pluMcum aanéet à IWU, ieé^ queuta beaucoup Malebranche.
?. 7(eiie<iû, 1698, in-fol.
3. HUtoria Pelagiana, auciore P, M, Henrico de Norit, Veronensi^ Patavii, 1673, in-fol.
libro de Animœ Immortalttate\ i» Citons quelques lignes de la Dédicace, qui donneront une idée de tout l*ouvrage. « Cum olim in mantes métis incidissei^ écrit Fardella s'adressant à Noris, aureum illud ac ceieôerri" mum optes, quo ab adversariorum calumniis orthxh doxam incomparabilis Augustini doctrinam summa quadam ingenii vi, summoque acumine tant solide tamque féliciter vindicasti»,. illico intellexi quam inique nonnulli audaces homines Auffusiinum de Mentis nostrœ natura ratiocinantem enortnùer a veto deflexisse, corporum nempe mole, spatiorumque^dimensionibus animas humanas tumere^ TerttUliani vestigiis insistentem, docuisse tueantur, Quidnam absurdius, quidnam a tanti viri dignitate, ac prope divina eruditione alienius dicipotest? Si quidem mihi perdoctaSy ac nervosas vindicias tuas^ Hipponensis deinde Antistitis prœclarissima et admiranda opéra coyitatione revolventi, manifeste innotuit, nulltim ex christianis philosophis sanius, ac solidius humanœ men^ tis affectiones investigasse, quamperspicacissimum A tigustinum^ quihaud extrorsum, sedintus in suis veluti penetralibus intelligentem inspiciens animam^ hanc incorpoream ac sempiternam esse, in ipsomet incom" mutabili Vero animo nostro conjuncto prospéra eventu detexit, atque adversus Epicuri sectatores acriter disputans , robustissima argumentationedemonsiravii. » En définitive, aux yeux de Fardella, combattre pour Augustin et combattre pour la vérité, c'est tout un. « Veritatis et Augustini apologiam eodem quodam