‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 485 sur 539 · C'est ce que Leibniz a très-bien observé. Voyez cl-aprè · texte numérisé non relu

C'est ce que Leibniz a très-bien observé. Voyez cl-aprè

3. Œuvres philosophiques t p. 286; Lettres sur la Métaphysique, lettre vi.

CBAFITRB II.

eord avec Féoelon presque en tout le reste, mais sorte chapitre du feux mpticisme, intraitable, reyendique en 9«B» contraire, et selon nous justement, le téoaoignage de révéque d'Hippone.

Effectivement, de décider qui de Bossue! ou de Fé- Bclon a le mieux entendu saint Augustin, e'est ce qoî ne saurait être mahisé. Car Bossuet, au dix-septième siècle, nous apparaît, si Ton peut ainsi parler, comme rincamation vivante de saint Augustin. Sans doute, on découvre entre Tévéque de Meaux et Tévéque d^Hippone des différences essentielles; celui-là n*ayant, en réalité, jamais douté, celui-ci ayant été battu de tous les orages de l'incertitude et de Terreur. Néanmoins, entre ces deux grands hommes, quelles merveilleuses ressemblances! quelle conformité de génie, et à beaucoup d'égards, malgré la diversité des circonstances, quelle identité de rôle! De Tun à Tautre enfin, par Tétude, quelle filiation ! Et comment ne point répéter d'Augustin et de Bossuet, ce qu'Augustin lui-même dîsaîi de Platon et de Plotin, a que Tévéque de Meaux est si semblable à l'évèque d'Hippone qu'ils paraissent contemporains, et cependant assez éloigné de lui parle temps pour que le premier des deux semble ressuscité de l'autre ^ » Nourri dans l'enseignement péripatéticien de Navarre, Bossuet, dès ses jeunes années, subit, en outre, l'immédiate influence de ce Nicolas Cornet, qui avait une connaissance si consommée, non-seulement de l'école de saint Thomas, mais de la doctrine de saint Augus-

1. Voy. ci-de88U8, liv. U, chap. i, U. Du Sawcu gjr4cqii€S el orieH" taies de la Philosophie de S. Âugusiitim

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tin ', et qui, en qualité de syndic de la Faculté de Théologie, dénonçait, en 164^, les fameuses propositions de YAugustinus^. Au sortir de Navarre etpendaat so& long

1. OEtwres cotnplHes, t. XI, p. 207, Oraison funèbre dé Nicolas Cornet,

2. Ibid,, ibid,y p. 205. u Quelle effroyable tempête s'est excitée en nos Jours, touchant la grâce et le libre arbitre? Je crois que tout le monde ne le sait que trop ; et il n'y a aucun endroit si reculé de h. terre où le bruit n'en ail été répandu. Comme presque le plus grand effort de cette nouvelle tempête tomba dans le temps que Nicolas Cornet était syndic de la Faculté de Théologie ; voyant les vents s'élever, les nues s'épaissir, les flots s'enfler de plus en plus; sage, tranquille et posé qu'il était, il se mit à considérer attentivement quell» était cette nouvelle doctrine, et quelles étaient les personnes qui la soutenaient. Il vit donc que S. Aug\istin , qu'it tenait le plus éclairé et le plus prefond de tous les docteurs , avait etposé à l'Église une doctrine toute sainte et apostolique louchant la grâce chrétienne; mais que, ou par la faiblesse naturelle de Tespril humain , ou à cause de sa profendeur et de la délicatesse des questions , ou plutôt par la condition nécessaire et inséparable de notre fui , durant cette nuit d'énigmes et d'ol>scurités, cette doctrine céleste s'est trouvée nécessairement enveloppée parmi des difficultés impénétrables ; si bien qu'il y avajt à eraindre qu'on ne fèt Jeté insensiblement dans des conséquences ruineuses à la liberté de l'homme : ensuite, il considéra avec combien de raison toute l'École et toute l'Église s'étaient appliquées à défendre les conséquences ; et il vit que la Faculté des nouveaux docteurs en était si prévenue , qu'au lieu de les rejeter, ils en avaient fait une doctrine propre ; si bien, que la plupart des conséquences , que tous les théologiens avaient toujours regardées Jusqu'alors comme des inconvénients fAcheux, au-devanl desquels il fallait aller pour bien entendre la doctrine de S. Augustin et de l'Église, ceux-ci les regardaient, au contraire, comme des fruits nécessaires qu'il en fallait recueillir ; et que ce qui avait paru à tous les autres comme des écueils contre lesqneU il MIait craindre d'éehouer le vaisseau , ceux-ci ne craignaient point de roob le montrer oemme le port salutaire auquel devait aboutir la navigation. Après avoir ataeè regardé la fkoe et l'état de cette doctrine... il s'appliqaa à connaflre le génie de ses défenseart... Grands hommes, éloquents, harëto, déd-

séjour à Metz, Bossuet s*ensevelit dans Fétude des Pères. Or, il n'en est pas un, non pas même saint Chrysostome' qu'il révère davantage, ni qu'il doive, durant sa glorieuse carrière, plus assidûment fréquenter*. Ce sera toujours a ce maitre si intelligent et pour ainsi dire

sifs, espriU forts et lumineux ; mais plus capables de pousser les choses ài'extrémilé, que de tenir le raisonnement sur le penchant; et plus propres à commettre ensemble les vérités chrétiennes qu'à les réduire à leur unité naturelle; tels enlin, pour dire en un mot, qu'ils donnent beaucoup à Dieu , et que c'est pour eux une grande grâce de céder entièrement à s'abaisser sous l'autorité suprême de l'Église ,et du Saint-Siège. >

1. Cf. M. Floquet, Etudes sur la Vie de Bossuet , 1855, 3 vol. io-S, t. II, p. 521 , Sur le style et la lecture des écrivains et des Pères de l'Église, pour former un orateur, Ecrit composé pour le Cardinal de Bouillon. « Pour les Pères, je voudrais joindre ensemble S. Augustin et s. Chrysostome. L'un élève l'esprit aux grandes et subtiles considérations ; et l'autre le ramène et le mesure .à la capacité du peuple. Le premier ferait peut-être, s'il était seul, une manière de dire un peu trop abstraite; et l'autre trop simple et trop populaire. Dans S. Augustin, toute la doctrine; dans S. Chrysostome, l'exhortation, Tincrépation, la vigueur, la manière de traiter les exemples de TÉcriture , et d'en faire valoir tous les mots et toutes les circonstances, â l'égard de s. Augustin, je voudrais le lire à peu près dans cet ordre : les livres de la Doctrine chrétienne; le premier : Théologie admirable. Le livre De Catechizandis Rudibus ; — De Moribus Ecclesi» Catholicx ; — Enchiridion , ad Laurentium ; — De Spiritu et Littera ; — De Vera Heligione; — De Civitate Dei(ce dernier, pour prendre, comme en abrégé, toute la substance de sa doctrine). — Mêlez quelques-unes de ses épîtres : celles A Volusien ; Ad Houoratum , de Gratia Novi Testamenii ; ainsi que quelques autres. — Les livres De Sermone Domini in monte, et De Consensu Evangelistarum. » Cf. l'abbé Le Dieu, Mémoires et Journal sur la vie et les ouvrages de Bossuet , publit^s par l'abbé Guettée ; 1856-57, 4 vol. in-S»; Mémoires, p. 49 et suiv.

2. Voy. mon Mémoire sur Les Sources de la Philosophie de Bossuet^ Paris, 1862.

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si maître \ » « cet aigle des Pères, » « ce Docteur des Docteurs, » qu'il se plaira à invoquer. Ce sera en suivant les traces a de Tincoraparable saint Augustin » qu'il s'assurera de ne point faillir. Il tiendra, en un mot, saint Augustin pour le représentant le plus autorisé de l'orthodoxie ; le vengera des libres jugements de Grotius^ ou d'EUies Du Pin^, de Richard Simon ^ ou de Sfondrate * ; et ne croira rien moins que défendre la adition en défendant la personne de celui qu'il n'hésitera pas à regarder, avec un de ses apologistes, « comme le plus grand de tous les esprits, comme celui où l'on trouve le dernier degré de l'intelligence dont 'humanité est capable, un miracle de doctrine, celui dont la doctrine nous montre les bornes dans lesquelles doit se renfermer la théologie, l'apôtre de la grâce, le prédicateur de la prédestination, la bibUothèque et Tarsenal de l'Église, la langue de la vérité, le foudre des hérésies, le siège de la sagesse, l'oracle de treize siècles, l'abrégé des anciens Docteurs et la pépinière où ceux qui ont suivi se sont formés*. »

1 . Œuvres complètes , t. 111, p. 424 ; Défense de ta Tradition , etc., liv. IV, XVI.

2. Ibid,f ibid., p. 175, Dissertation sur la Doctrine et la Critique de Grotius.

3. Ibid, , l. XIX , p. 405 , Mémoire de ce qui est à corriger dans 'la Nouvelle Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de M, Dupin,

4. Ibid,f t. III , p. 75, Instructions sur la Version du Nouveau Testament de R. Simon,

5. Ibid., t. XXVI, p. 313, Epistola CGI (1697), Contra librum , eut liiulus est : Nodus prtsdestinationis dissolutus, auctore Cœlestino S. R, E» Presbytero Cardinali Sfondrato,

6. Ibid., ibid., LUI, p. A^Z^Dé/ense de la Triidition,etc.,\U.W,\\U

C'est donc maoifestemeat à Técole de sakit Augustio, que Bossuet a acquis sa science théologîque. GoDfiîdéré en tant que philosophe, l'évéque de Meaux n'est pas moins redevable à l'évéque d'Hippone. Partisan décidé de Descurtes, dont « il mettait le Discours de la Méthode au-dessus de tous les ouvrages de son siècle \ » il se trouve lui-même gagné aux principes de la philosophie nouvelle par les rapports qu'il y découvre avec les principes de TAugustinianisme. Que si d'ailleurs plus d'une fois ce sont des nuximes cartésiennes qu'il couvre du nom d'Augustin, ses préférences pour Augustin resteront cependant très-sincères et très-accusées. Ce Père demeurera le principal inspirateur <le ses écrits philosophiques.

Pour peu en effet qu'on ait vécu avec saiat Augustin et avec Bossuet, la difticulté n'est pas de recounattre en quoi conviennent ces deux intelligences maltresses , mais plutôt de démêler en quoi elles difierent en philosophie. Tellement Tévéque de Meaux s'est assimilé la substance des doctrines de Tévi^que d'Hipponel Essayons pourtant de marquer quelles sont les théories principales par où Bossuet rappelle suint Augustin.

1* Il suffit d'ouvrir le Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même^ pour s'apercevoir que si cet ouvrage est de provenance cartésienne, il se rattache, d'autre part, étroitement à 1 Augustinianisme. Car, c'est sous la dictée d'Augustin, mais non pas précisément d'Augustin dans la dernière période de sa philosophie, que Bossuet délimite la foi et la raison, la croyance et

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