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Opuscules; Politique chrétienne, tirée de S. Augustin

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sèment de la politique * », il tire comme lui , de TÉcriture, presque toutes ses maximes. Le moyen, après cela, que Tévêque de Meaux et Tévêque d'Hippone, ne se soient pas rencontrés dans les mêmes théories? Mais Bossuet n'en a pas moins toujours en vue, d'une manière particulière, les enseignements de saint Augustin. De là, soit dans la Politique Sacrée^ soit dans les Avertissements aux Protestants^ des doctrines pleines d'équivoques, ou même profondément regrettables, quoique tout augustiniennes.

C'est ainsi que sans assujettir l'autorité royale au pouvoir ecclésiastique, Bossuet ne reconnaît guère audessus d'elle que le jugement de Dieu^; s'assurant que de la sorte il distingue suffisamment du gouvernement arbitraire le gouvernement absolu qu'il préconise. Pour lui , du reste, aussi bien que pour Augustin, l'autorité royale est toute semblable à l'autorité paternelle. Elle à été établie directement de Dieu, et c'est pourquoi la personne des rois est sacrée. Dieu a mis dans les princes quelque chose de divin*.

L'évêque de Meaux n'est pas plus heureux à propos de l'esclavage ; car ni les lumières de son génie, ni près de treize siècles de Christianisme écoulés, n'ont pu le détacher des tristes théories d'Augustin sur ce sujet. Sans doute il ne s'avise pas de remonter si haut que le mystique auteur de la Cité de Dieu^ et ne va point jusqu'à dériver l'esclavage du péché. Mais après avoir re-

1. Œuvres complètes, t. XXV, p. 166; Politique, etc., au Dauphin.

2. Ibid,,\. XXV, p. 254, 407 ; Politique, etc., liv, IV, art. 2, Quatrième proposition ; liv. VIII, arl. 2, Première proposition,

3. Ibid., ibid., p. 217; IW. UI, art. 2, Troisième proposition.

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onnu dans la servitude a un état contre natiire , ^ »

il estime, sans s^inquiéter de la coDtradiGtion, € que Torigine de la servitude vient des lois d'une juste guerre^. » A ce compte, il affirme que resclave ne peut rien contre personne qu'autant qu'il platt à son maître. « Les lois disent qu'il n'a point d'état, point de tète, capui non hahet; c'est-à-dire que ce n'est pas une personne dans l'État. Aucun bien , aucun droit ne peut s'attacher à lui. U n'a ni voix en jugement, ni action, ni force, qu'autant que son maître. le permet; à plus forte raison n'en a-t-il point contre son maître. De condamner cet état , ce serait entrer dans les sentiments de ceux qui trouvent toute guerre injuste : ce serait non* seulement condamner le droit des gens où la servitude est admise, comme il parait par toutes les lois; mais ce serait condamner le Saint-Esprit, qui ordonne aux esclaves , par la bouche de saint Paul, de demeurer en leur état , et n'oblige point leurs'maltres à les affranchir '. »

Signalons enfin un dernier et déplorable trait de l'influence d'Augustin sur l'intelligence pourtant si ferme et si saine de Bossuet

A l'exemple de l'évêque d'IIippone, Tévéque deMeaux enseigne a que le prince doit employer son autorité pour détruire dans son État les fausses religions» ; et qu'ainsi (( on peut employer la rigueur contre les observateurs des fausses religions, quoique la douceur soit préfé-

1 . Œuvres complètes, t. XXV, p. 217 ; Politique, etc., Ut. III, art. 2, Troisième proposition,

2. Ibid,, t. XIV, p. 316; Cinquième Avertissement aux Frot^^ tants, L.

S. f^r'fi., f^tii., p. 317, L, Li.

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rable^» Et il reproduit ce dogmatisme insupportable dans le plus intime de sa correspondance. «Je contiens sans peine, écrit-il à Basville , des droits des souverains à forcer leurs sujets errants au vrai culte, sous certaines peines^. » Évidemment, l'inspiration morale et religieuse qui circule à travers les pages de la Politique Sacrée ne saurait racheter de pareilles maximes, non plus que la conduite personnelle de Bossuet les excuser^. Prises en elles-mêmes, enfin, elles n'en restent pas moins odieuses pour avoir été professées et appliquées par les Protestants mêmes qu'elles devaient accabler.

C'est précisément par cette triste doctrine du Comr pelle intrare qu'acceptent, au dix-septième siëcl», les plus nobles intelligences, sous la pression des circonstances et comme en témoignage de la faiblesse humaine ; qu'Augustin , à la même époque , s'aliène nombre d'esprits et suscite de véhéments contradieteurs.

Entre tous, il faut nommer Pierre Bayle. Assurément, les notes dont Bayle a grossi l'article Augustin de son Dictionnaire^ sont loin d'être bienveillantes ou même impartiales. Ici, comme presque toujours, l'émdition de Bayle tourne à la diÉsimation. On ne peut nier, néanmoins, que plus d'une fois ses observations ne

1 . Œuvres complètes, t. XXV, p. 362 , 3S3; Politique, etc., ]iv. VII, art. 3, Neuvième et dixième propositions. Cf. Ibid,, t. XIV, |i. 666 ; Sixième Avertissement aux Protestants , LXXXIX-XCI.

2. Ibid., l. XXVl, p. 350 ; lellre ccxxvii (1700). Cf* Ibid.,U XUI, p. 218; Histoire des Variations, liv. X, 56.

3. Voy. dans mes Portraits et Études, Parb, 18M« in*-!! , les Etudes sur Bossuet,

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portent coup '. Mais où Bayle a pleinement raison poor le fond des choses , c'est dans son Camfneniaire phikh saphiquesur ces paroles deVÉv€mgile selon saint Luc: « Contrains 'les d*entrer\ » C'est là que, sans tenir compte d'ailleurs des temps calamiteux où vécut saint Augustin, et de la mansuétude quMlfit tant de fois paraître, ille dénonce comme « le grand patriarche» de ces malheureuses apologies de la violence mise au service de la vérité '. <c 11 avait beaucoup d*esprjt, écrit-il en parlant de l 'évoque d'Hippone, mais il avait encore plus de zèle , et autant il donnait à ce zèle (car il lui donnait beaucoup), autant ôtait-il au solide raisonnement et aux pures lumières de la vraie philosophie ^. » Et Bayle, défenseur si intéressé de la nécessité de la tolérance, concluait fortement : « Si dans l'impossibilité de se convaincre mutuellement, on ne se réduit pas aux lois communes de la société et de la morale, c*est-à-dire à s'abstenir les uns envers les autres du vol, du meurtre, et de semblables voies de fait, le Christianisme ne peut être qu'un théâtre de fureur, et un train de guerre civile, à quoi l'on ne saurait trouver de remède *• »

Vainement le Président Cousin entreprendra plus tard une Réfutation des critiques de Bayle *. Barbeyrac les renouvellera en partie, non sans une vivacité

1. Cf. Nouvelles de la République des Lettres, Œuvres diverses de Bayle, La Haye, 1737, 4 vol. In-fol., 1. 1, p. 174.

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