‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 492 sur 539 · Amsterdam, 1728, in · texte numérisé non relu

Amsterdam, 1728, in

4. Expression de Boinebourg. Voy. Gmber, Commerça Bputolici Leibnitiani Tomus prodromut, Ànecdota Boineburgica ; Hanoverm et Gottingm^ 1745, 2 vol. iii-12.

26fr CHAPITRE II.

la plupart des anciens, dont je ne savais que les noms, Cicéron, Quintilien etSénèque, Pline, Hérodote, Xénopbon, Platon et les écrivains de THistoire Auguste, et un grand nombre de Pères de TÉglise latins et grecs. J'allais de Tun à l'autre, au gré de ma passion, et je trouvais dans cette merveilleuse variété des choses, une jouissance inexprimable ^ » Errant au hasard parmi les Uvres , il lui semblait entendre le « Tolle^ lege, » qui avait guidé saint Augustin^.

Dans le vaste éclectisme de Leibniz devaient donc nécessairement entrer des éléments augustiniens. Et en effet , c'est en parfaite connaissance de cause que Leibniz parle des origines de TAugustinianisme ; qu'il en démêle, en beaucoup de points, le vrai et le faux , et qu'aussi dans sa Théodicée il s'en approprie d'essentiels principes^

Écoutons-le, en 1696, écrivant à Fardella : ce Verisr simum est multa prœclara coniineri in Aiigustino etiam adphilosophiam theologiœ cognatam illustran" dam^ et operœ pretium esse facturum^ qui dispersa per ejus scripta in unum colligat. Et cum Platonica non minus quam Aristotelica ei fuerint explorata^ et illa magis etiam amata, Plato autem ad veritatem theologiœ naturalis multo Aristotele propius accèsserity eo uberiores poterunt fructus percipiex Atigtistino. Intérim fatendum est hœc tantum [ut ita dicam) incunabula esse veritatis^ quam meo judicio ad majo^ rem longe maturitatem jam perducere datur... Augns^

1. Guhrauer, Leibniz eine Biographie^ Breslau, 1846, 2 vol. in-12, I. II, p. 53. Anmerkungerif Vita Leibnitii a semetipso breviter delineata,

2. Erdmann, Leibnitii Opéra Phitosophica omnia , B«folinl, 1840 , in-4<>, p. 91, /n Specimina Pacidiilntroduetio hiMorica.

tinum puto Pythagoricœ et Platonicœ Scolœ placita secutum. Nam per Pythagoram imprimis de mentis immaterialitate et immortalitate dogma ex Oriente allatum in Grœcia inclarvit; Plaio autem longius progressas vidit non alias esse substantias qtiam animas^ corpora autem in perpetuo fluxu versari. Cogitata horum emendavit atque etiam auxit Augtcstinus ad normam christianœ sapientiœ; hune Scolasticiy sed longo intervalloy sunt secuti, Mihi summa rei vi^ detur consistere in vera notione substantiœ^ quœ eadem est cum notione monadis siverealis unitatis^.^

Leibniz, toutefois, ne dissimule point au savant Franciscain ce qu'il trouve de manquements dans l'Augustinianisme. Car, en 1691, tout en se montrant impatient de recevoir l'ouvrage que Fardella préparait sur saint Augustin, a quod moliris, Augustinianum opusy d il lui écrivait : (c Multa apud Platonicos Augustinumqiie prceclara reperiuntur, sed quœ arbitrorab ipsismet non satis intellecta, et ex impetu magis et calore^ quam luce nata ^. »

On l'aura remarqué. Leibniz se rencontre avec Saint- Cyran dans une commune expression. C'est a de son impétuosité et de sa chaleur, plus que de sa lumière » que lui semblent sortir les écrits d'Augustin. Ainsi , ce n'est point sans faire ses réserves que l'auteur de la Monadologie admire le génie de Févêque d'Hippone. U parait même porté à croire que la différence de ses sentiments, en plusieurs questions, d'avec ceux du saint

1. Groiefend, Briefweehtel xwischen Leibniz ^ Àmauld, Lemdgrafen Emeêtvon Hessen^Foucher^ Fardella; Hatwver, 1846, in-8<*, p. 208.

2. Dutens , Leibniiii Opéra omnia, Genevœ^ 6 vol. in«4o, t. U» p. 234.

Docteur, peut expliquer la froideur que ron témoigne en France pour sa Théodicée. « Je suis un peu surpris, écrit-il en 4712 à Grimarest, de ne pas encore apprendre que ma Théodicée ait été rapportée dans le Journal des Savants. Apparemment, quelqu'un de ces messieurs qui professent un grand attachement à saint Augustin ne sera point content que je n'aie pu me dispenser de m'écarter de quelque chose de ses sentiments. Saint Augustin était un grand homme sans doute , et avait infiniment d'esprit; il parait assez qu'il a formé son système peu à peu , selon qu'il était engagé , sans avoir eu d'abord un plan complet. Ainsi , n'ayant pas prévu toutes les difficultés qui l'incommoderaient, il a été réduit quelquefois à recourir à de mauvaises excuses*. »

En 1714, dans une lettre à Montmort, c'est encore le même langage :

a M. l'abbé Bignon m'avait promis qu'on mettrait des extraits de ma Théodicée dans le Journal des Savants; mais jusqu'ici ceux qui travaillent à ce journal ne l'ont pas fait. Peut-être n'approuvent-ils point que j'aie osé m'écarter un peu de saint Augustin, dont je reconnais la grande pénétration; mais comme il n'a travaillé à son système que par reprises, et à mesure que ses adversaires lui en donnaient l'occasion , il n'a pu le rendre assez uni : outre que notre temps nous a donné des lumières qu'il ne pouvait avoir dans le

sien

Dulens, t. V

Ibid.f ibid,f

La justesse de ces appréciations est incontestable.

Quelles étaient donc les parties de TAugustinianisme qu'acceptait Leibniz? Quelles étaient celles qu'il rejetait? Écartons, autant que possible, les écrits purement théologiques, où s'est exercé, comme en se jouant, cet entreprenant et vaste génie, et tenons-nous en à la Théodicée. Aussi bien, est-ce expressément dans cet ouvrage, dernier fruit de ses méditations, et auquel l'avaient préparé ses habitudes d'enfance, son éducation quasi scolastique, les controverses religieuses de son époque, que Leibniz a établi lui-même le départ de ce qu'il admet des doctrines augustiniennes et de ce qu'il en répudie. Et en effet, n'était-ce pas expressément à propos des questions sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal^ que Leibniz pouvait être en désaccord ou s'accorder avec Augustin?

Or, voici quelles sont, notées de sa propre main, les doctrines augustiniennes que décline l'auteur de la Théodicée :

l"" a Dans les dogmes mêmes des disciples de saint Augustin, je ne saurais goûter, écrit-il, la damnation des enfants non régénérés, ni généralement celle qui ne vient que du seul péché originel... La corruption de l'homme non régénéré ne l'empêche point d'avoir des vertus morales véritables et de faire quelquefois de bonnes actions dans la vie civile, qui viennent d'un bon principe, sans aucune mauvaise intention, et sans mélange de péché actuel. En quoi j'espère qu'on me pardonnera, si j'ai osé m'éloigner du sentiment de saint Augustin, grand homme sans doute, et d'un merveilleux esprit, mais qui semble porté quelquefois à outrer

les choses, surtout dans la chaleur de ses engagements. Je ne saurais croire non plus que Dieu damne ceux qui manquent des lumières nécessaires... Il ne paraît point nécessaire non plus que tous ceux qui sont sauvés le soient toujours par une grâce efficace par elle-même, indépendamment des circonstances *. »

2* (( Je ne trouve pas aussi qu'il soit nécessaire de dire que toutes les vertus des païens soient fausses, ni que toutes leurs actions étaient des péchés, splendida peccata^ quoiqu'il soit vrai que ce qui ne vient pas de la foi ou de la droiture de Tâme devant Dieu est infecté du péché, au moins virtuellement*. C'est une saiOie de saint Augustin, qui n'a point de fondement dans la sainte Écriture et qui choque la raison^. »

Et avec une sagacité supérieure, Leibniz observe que cette doctrine excessive offre plus d'une analogie avec la doctrine excessive elle-même du pur amour.

^ Etiam de virtutibus, écrit-il à Hanschius (1707), prœclare Platonici et Stoici veteres^ rigidiorque est Augustinus^ qui non contentus, in virtutibus eorum perpétua peccata quœsisse^ quod ipsum nimium est^ eHcan prœcepta philosophorum ubique prava putat , tanquant omnia sub honestatis nomine ad laudum vanitatem et superbiam retulissent. Sed constat tamen^ sœpe recta ipsos non spe prœmii^ aut pœnœ timoré^ sed virtutis amorecammendasse sapienti ; neque ilhem virtutis amorem differre a dilectione justitiœ^ guam

1. Dulens, t. 1 , p. 336 ; Tentaminum Theodicx» de bonitate Drt, libertate hominisei origine mali. Pars m, 283.

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