‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 50 sur 539 · D£S 1DÉ£S · texte numérisé non relu

D£S 1DÉ£S

parfaite, plus éclatante et plus étendue, dans toutes les parties de Tunivers. Elle était d'une autre espèce et entièrement différente de lalumière ordinaire. Elle n'était point au-dessus de mon esprit comme Tbuile est au-dessus de Teau, et le ciel au-dessus de la terre, mais elle était au-dessus de moi-même comme m'ayantdonnérétre, et j'étais au-dessous d'elle comme ayant été créé par elle. Celui qui connaît la vérité connaît aussi cette lumière, et celui qui connaît cette lumière, connaît aussi l'éternité; et c'est la charité qui la fait connaître. 0 étemelle vérité 1 ô véritable charité! 6 chère éternité! C'est vous quiètes mon Dieu, et c'est pour vous que je soupire jour et nuit. Aussitôt que je commençai à vous connaître, vous m'ouvrîtes les yeux pour me faire voir qu'il y avait des chosesqui pouvaient tomber sous l'intelligence humaine, mais que je n'étais pas encore capable de les entendre. Et vos regards furent si clairs et si pénétrants, que la faiblesse de ma vue ne pouvant les soutenir, je fus avec tremblement touché d'amour et de crainte, et trouvai que le péché qui avait presque effacé votre image dans mon ame, m'avait tellement éloigné de vous, que je n'entendis que comme d'un lieu fort élevé au-dessus de moi cette voix par laquelle vous me disiez : a Je suis la nourriture des forts. Croissez, et puis vous me mangerez. Vous ne me changerez pas néanmoins en votre substance, comme il arrive en la nourriture corporelle; mais ce sera vous qui serez changé en moi. »

(( Je connus alors que vous châtiez les hommes à cause de leurs péchés, et que par cette raison vous aviez rendu mon âme plus sèche qu'une toile d'araignée, selon la parole du Prophète. Ce qui me fit dire en moi-même :

92 CHAHIIHE I.

la vérité n'est-elle donc rien, parce que je ue la vois point se répandre dans aucun espace ni fini, ni infini? Et vous me répondîtes en criant comme de fort loin : a Tant s'en faut qu'elle ne soit rien, que c'est moi qui suis celui qui est. » Cette voix que j'entendis intérieurement dans mon cœur, fit cesser de telle sorte tous mes doutes, que j'aurais été capable depuis ce moment de douter plutôt si j'étais en vie, que de douter s'il y a une vérité qui se voit par l'œil de l'intelligence, et reluit dans toutes les créatures visibles *. »

Délivré ainsi de l'odieuse chaîne qui le retenait loin du sein nourricier de la philosophie, guéri de ce désespoir d'arriver à la vérité, qui est la nourriture de l'âme*, Augustin rend grâce aux Platoniciens. Car il pourra donc être heureux, puisqu'il pourra connaître le vrai.

Et méprise étrange ! Augustin confond d'abord dans le même respect, dans le même élan de gratitude les Académiciens et les Platoniciens, attribuant aux maximes de l'Académie un sens ésotérique et secret qu'il distingue profondément de ses enseignements publics.

«Non, non,pasméme en me jouant, jamais je n'oserais attaquer les Académiciens. Effectivement, comment d'aussi grands hommes exerceraient-ils sur moi tant d'autorité, si je n'étais persuadé qu'ils ont été doués de tout autres sentiments que ceux que leur prête le vulgaire? Je les ai imités autant que j'ai pu, bien plus que je ne les ai réfutés, ce dont je suis absolument incapable. Ils me semblent en effet s'être accommodés aux besoins de leur temps, en dérivant sous d'épais et ombreux

1. CotifessioHum lib. Vil, cap. x. Cf. DeCivitate Deif lib. X, cap. ii.

Page 1