‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 500 sur 539 · DE L*AME · texte numérisé non relu

DE L*AME

des faits qu'aucun raisonnement ne peut contredire, il sait éviter les excès pourtant si ordinaires qui changent le spiritualisme en un idéalisme extravagant. Il n'imagine pas Thomme; il le prend tel qu'il est, ni pur esprit, ni tout corps; ni ange, ni béte; nature mitoyenne où s'unissent sans se confondre le matériel et le spirituel.

Distincte du corps, l'àme humaine se distingue aussi de l'âme des bétes, quelle qu'elle soit. Effectivement, sans émettre une opinion tranchée touchant la nature des animaux , mais sans incliner néanmoins à les considérer comme de simples machines , Augustin n'a pas de peine à établir notre singulière supériorité. Et d'im seul mot il marque l'excellence de la nature humaine. a Les bétes , écrit-il , ont la faculté de sentir; elles sont étrangères à la science. » Ce lui est une occasion de revenir sur une analyse des sensations et des idées, où éclate une fois de plus la puissance de son analyse. Car c'est avec une précision qui laisse peu à désirer, qu'il distingue, dans le phénomène complexe de la perception, la condition organique ou impression ; la sensation qui se produit dans l'âme ; la perception proprement dite, qui est l'idée. Il ne se montre pas moins pénétrant, lorsqu'il divise nos idées en idées corporelles, en idées spirituelles, en idées intellectuelles. Les premières, suivant lui, nous révèlent les corps; les secondes ont uniquement pour objet des images ; les troisièmes sont les conceptions pures de l'entendement. Augustin retrouve de la sorte dans l'étude de l'âme comme les éléments de la dialectique platonicienne , mais ne se laisse point entraîner, sur les traces de Platon, vers ce» cimes abruptes.

OÙ, d'idées en idées, l'esprit risque fort de se prédpiter dans le vide.

Si Augustin a reçu de la philosophie ancienne, et, pour ainsi parier, de la tradition philosophique, plus encore que des préoccupations de ses contemporaios, le problème de la spiritualité de r&me ; c'est, au contraire, expressément aux nécessités de son époque qu'il a cédé, et c'est là son excuse, en discutant la question de l'origine de l'âme. Et je ne parle point ici des recherches sur le principe des choses, auxquelles le Mag^isme inclinait pourloi*s les esprits. L'intérêt sérieux, déterminant, de pareilles investigations , c'était de défendre contre Pelage le dogme du péché originel. Aussi, en un tel débat, le point de vue unique d'Augustin est-il le point de vue de l'orthodoxie. Hésitant entre le traducianisme et le créatianisme , et quoique au milieu de toutes ses incertitudes, il paraisse adopter le système de la propagation, il lui suffit de mettre hors de conteste que tout être né dans l'ordre actuel est perverti. La doctrine d'Augustin est donc ici essentiellement théologique. C'est assez dire que nous n'avons point' à la discuter. Nous observerons pourtant, à l'honneur de saint Augustin, qu'il n'y a pas une seule des vérités affirmées par lui relativement à la nature de l'âme , qu*il n'ait cru , à tort ou à raison , concilier avec Texplication orthodoxe qu'il s'efforce visiblement de faire prévaloir. Ce n'est que plus tard que saint Thomas et les conciles jugeront incompatibles la simplicité des âmes et leur génération.

Comment aussi ne pas le constater? En dissertant de l'origine de Tàme, Augustin a pénétré encore plus

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avant qu'il n'aurait fait sans cela, dans la nature de l'âme. Si le fond de la vérité lui est resté ici inaccessible, il a du moins réussi à dissiper beaucoup d'erreurs. C'est ainsi notamment que par des arguments de valeur inégale, mais par des arguments péremptoires , il a ré» futé et ceux qui proclament l'âme éternelle parce qu'ils voient en elle une partie de la substance même de Dieu; et ceux qui antérieurement à la vie présente imaginent pour l'âme une autre vie , d'où elle aurait été, par châtiment, précipitée dans le corps comme dans une prison. Enfin, rendons hommage à la candeur avec laquelle Augustin finit par avouer son ignorance en cette matière ardue. Qui pourrait s'étonner de ne pas comprendre quelle est l'origine de l'âme, quand nous comprenons si peu quelle est l'origine du corps? Aussi bien, désespérer de pouvoir résoudre le problème de l'origine de l'âme n'est point pour le pieux évêque un motif de déclarer insolubles toutes les questions relatives à l'âme. Il ne sait où s'arrêtent les forces de l'esprit humain , que parce qu'Usait jusqu'où elles vont. C'est pourquoi, en même temps qu'il clôt par un acte de foi toutes les discussions relatives à la création et à la naissance des âmes , c'est à la raison qu'il en appelle pour décider de leur immortalité.

On rencontre chez Augustin , comme chez tous les grands cœurs, un sentiment profond de la brièveté de la vie. Aucun écrivain môme n'a surpassé l'éloquence mélancolique avec laquelle il décrit cette fuite de l'humanité qui s'écoule comme un torrent, cette course vers la mort où tous nous courons d'une égale vitesse. Nul n'a opposé plus fortement l'un à l'autre l'amour de

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l'être qui nous possède et la fluidité irréparable de notre existence.

Assurément, c'est un jeu d*esprit puéril que de noter, comme il le fait, « que si le verbe mori (mourir) ne peut se décliner comme les autres verbes, c*est la suite, non d'une institution humaine, mais d'un décret difio; de telle sorte que, par une raison assez juste, de même que la mort ne peut se décliner, le mot qui Texprime est aussi indéclinable ^ » Mais ces mièvreries pieuses s'oublient vite à entendre les mâles accents d'Augustin, lorsqu'il déplore l'instabilité des choses humaines. Quoi! la mort serait l'anéantissement , et la nature entière a horreur du néant! Quoi ! il n'y a rien de plus doux que d'être; tout ce qui est, jusqu'à l'animal, jusqu'à la plante , n'aspire qu'à être, et la mort serait la cessation de Tétre ! Quoi ! l'homme, en particulier, dont tous les désirs et toutes les facultés tendent à l'être , serait irrévocablement condamné au néant ! L'évéque d*Hippone est en droit de l'affirmer : tout proteste contre cette destinée. 11 y a dans l'universelle avidité d'être, il y a dans notre besoin d'immortaUté, une présomption trèsforte d'immortalité.

Toutefois, lorsque de l'exposition de ce fait général de l'amour de l'être, lequel a d'ailleurs une signification si haute , Augustin passe à une théorie des preuves de l'immortalité, le dialecticien est loin de rester égal à l'orateur. Oserons-nous le dire , en parlant de ce merveilleux génie? Les arguments qu'il propose, sont, pour îa plupart, faibles ou obscurs. Lui-même Ta, en quel-

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