‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 508 sur 539 · Contra LUtera» Petiliani ; Hb. 11 , cap. LXXiif · texte numérisé non relu

Contra LUtera» Petiliani ; Hb. 11 , cap. LXXiif

?. Cf. Lettres Provinciales; seconde lettre, De la Grûce suffisante.

3. Instruction Pastorale, etc , 3« partie, xxiii*' lettre. Comparaison du Système de Jansénius avec celui d'Épicure. « On ne doit pofot oomf.arrr les JanKéniïdes aux Épicuriens; mais on peut comparer le Jansénisme à l'Épicurisme. Mettons donc à pari les persoDDes de voire parti, que je suppose très-pures et très-régulières dans leurs mœurs. Bomons-flous à e&auiiner le système. Je soutiens qu'il est beaucoup plut odieux que celui d'Kpicure. •

DE LA LIBERTfi. 36S

Il est vrai qu'au sens de Fénelon , les Jansénistes voyant dans saint Augustin ce qui n'y est pas, auraient confondu ou mêlé indiscrètement avec la délectation indélibérée , à quoi Tévéque d'Hippone n'a garde d'assimiler la grâce, la délectation délibérée, qui est la seule par où il ait voulu définir l'action de Dieu sur les cœurs. « Il me semble, écrivait Fénelon en s'adressant aux Jansénistes, il me semble que j'entends le saint Docteur vous parler ainsi : Pourquoi m'imputez- vous ce système où vous supposez que le plaisir est le seul ressort qui remue le cœur de l'homme? Vous me faites dire, contre ma pensée et malgré mon texte , que tout homme passe sa vie entre deux plaisirs, dont l'un est très-rare pour la vertu, et l'autre presque universel pour le vice. Vous me faites ajouter que celui de ces deux plaisirs opposés^ qui se trouve actuellement plus fort que l'autre, prévient inévitablement et détermine invinciblement la volonté. C'est me faire enseigner que tout le genre humain est invinciblement déterminé à tous les vices les plus monstrueux par un plaisir qui est tout-puissant sur les volontés. Voilà ce qu'Épicure aurait rougi de dire. Voilà ce qui ne laisse parmi les hommes aucune ressource ni de vigilance ni de prière ; que dis-je? ni de probité, ni de police, ni de pudeur. Cessez de déshonorer, par un système si contagieux, la religion chrétienne et les ouvrages que j'ai faits pour la défendre. » k Je ne veux , ajoutait Fénelon , que sauver la substance du dogme de la foi... Soutenez même votre délectation, pourvu qu'elle ne soit pas plus forte que la volonté, et que la volonté ait des forces proportionnées pour

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lui pouvoir refuser son consentement : Passe cUssefitireK »

Telle est Tinterprétation dont s'avise T archevêque de Cambrai. Si saint Augustin a enseigné « que la délectation la plus forte détermine nécessaireaieQt nos actions, » c'est par le texte suivant que ces paroles doivent être expliquées, a L'âme, écrit Augustin, est .mue par son amour, comme vers le lieu où elle tend. Le lieu de Tàme n'est point dans un espace que la forme du corps occupe. Mais il consiste dans la délectation à laquelle Tàme se réjouit d'être parvenue par son amour. La délectation pernicieuse suit la cupidité, et la délectation fructueuse suit la charité ^. »

Ainsi, d'après Fénelon : l"" la grâce est uniquement, n'est rien que la délectation fructueuse ; 2^ sa aécessîlé n'est pas telle que la volonté n'ait le pouvoir de lui résister.

Nous ne doutons pas que les Jansénistes ne fussent tombés d'accord sur le premier point avec Fauteur de V Instruction Pastorale^ ni même, qu'à part d'involontaires équivoques, ils ne l'aient jamais contesté. Mais nous ne doutons pas davantage qu'ils n'eus^nt pas accordé le second.

1. Instruction Pastorale^ etc y 3' partie, XXTV« ^eitTe, Béeapitwiatiom de$ Lettres précédentes,

2. Enarraiio in Psalmum IX, I&. « Pes ouimK recie inteUigii^ amor : qui cum pravu» est , vocatwr cupidiias aui lièidp ; cum amtem rectus, dilectio vel charitoM, Amore enim movetur tofiquam ad iocum quo tendit, Locus autem anima non in spatio aliquo est , qutni formm oeeupat corporis, sed in delectatione , quo se pervenisse per amorem ImUt^ tut : delrctatio umem pemiciosu sequitur cupidiiaiem , fmciuo^a ehari^ ttttem, »

YaiûemeDt Pascal écrira au Père Annal : a Je m*as8ure que si vous étiez mieux informé de$ sentiments de vos adversaires, vous auriez du regret de ne vous être pas instruit avec un esprit de paix d*une doctrine si pure et si chrétienne, que la passion vous a fait combattre sans la connaître. Vous verriez, mon Père, que non-seulement ils tiennent qu'on résiste eflEéctivement à ces grâces faibles, qu*on appelle excitantes ou inefficaces, en n'exécutant pas le bien qu'elles nous inspirent, mais qu'ils sont encore aussi fermes à soutenir contre Calvin le pouvoir que la volonté a de résister même à la grâce efficace et victorieuse, qu'à défendre contre Molina le pouvoir de cette grâce sur la volonté, aussi jaloux de l'une de ces vérités que de l'autre. Us ne savent que trop que l'homme, par sa propre nature, a toujours le pouvoir de pécher et de résister à la grâce, et que depuis sa corruption il porte un fond malheureux de concupiscence qui lui augmente infiniment ce pouvoir; mais que néanmoins, quand il plaît à Dieu de le toucher par sa miséricorde, il lui fait faire ce qu'il veut et à la manière qu'il le veut, sans que cette infaillibilité de l'opération détruise en aucune sorte la liberté naturelle de l'homme, par les secrètes et admirables manières dont Dieu opère ce changement; que saint Augustin a si excellemment expUquées, et qui dissipent toutes les contradictions imaginaires que les ennemis de la grâce efficace se figurent entre le pouvoir souverain de la grâce sur le libre arbitre, et la puissance qu'a le libre arbitre de résister à la grâce. Car selon ce grand saint, que les papes et l'Église ont donné pour règle en cette matière. Dieu change le cœur de l'homme par une douceur ce-

leste qu*il y répand, qui surmontant la délectation de la chair, fait que Thomme sentant d'un côté sa mortalité et son néant et découvrant de Tautre la grandeur et réternité de Dieu, conçoit du dégoût pour les délices du péché qui le séparent du bien incorruptible. Trouvant la plus grande joie dans le Dieu qui le charme, il s'y porte infailliblement de lui-même, par un mouvement tout libre, tout volontaire, tout amoureux; de telle sorte que ce lui serait une peine et un supplice de s^en séparer. Ce n'est pas qu'il ne puisse toujours s'en éloigner, éL qu'il ne s'en éloignât effectivement s'il le voulait. Mais comment le voudrait-il, puisque sa volonté ne se porte jamais qu'à ce qui lui plaît le plus, et que rien ne lui plait tant alors que ce bien unique, qui comprend en soi tous les autres biens ? « Qtêod enim amplius fias de^ lectai secundum id operemur fiecesse esi, » comme dit saint Augustin ' . »

Non-seulement Port-Royal n'a pas toujours parié ce langage, mais ce langage même, malgré des atténuations favorables au libre arbitre, ne main tient-il pas qu'en fait, la délectation de la grâce est irrésistible? Surtout, cette nécessité de la grâce ; que l'on considère ou que l'on ne considère pas la grâce comme délectation, cette nécessité de la grâce toute puissante sur la liberté toute impuissante ne ressoi*t-elle pas de l'ensemble des textes de saint Augustin?

Ne rappelons pas même M indeclinabiliter et Vinsuperabiliter du Livre de la Correction et de la Grdce^.

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