‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 522 sur 539 · VIII. DE LA rniLOSOPniK DE L^niSTOinB · texte numérisé non relu

VIII. DE LA rniLOSOPniK DE L^niSTOinB

C'est du haut du dogme, on dirait presque c^est du haut de la croix, qu'Augustin jette un regard surlf^s cvcnements humains et en considère les déploiements varies. La croix ne lui est pas seulement un signe qui distingue profondément deux civilisations. C*est pour lui en môme temps qu'un symbole de rédemption, le témoignage d'une division radicale, que le péché a introduite parmi les hommes et dans le monde. Naturellement un, le genre humain, qui doit être racheté par un seul, a vu par un seul son unité brisée : uSicutper unitis délie tum in omnes homines adcondemnalionem^ ita et per imius justificalionem in omnes hoyiiines ad justificationem vitœ *. » Delà, Topposition de l*homme ancien et de Thomme nouveau. De là, sur une échelle agrandie , la lutte nécessaire des deux Cités, de la Cité de la terre et de la Cité du ciel, Tune à qui suffit une première naissance, l'autre qui a besoin de naître une seconde fois; Tune qui s'est perdue dans la multiplicité des Dieux, l'autre qui n'adore qu'un seul Dieu, le Dieu véritable; l'une qui poursuit uniquement la paix dans le temps, l'autre qui cherche la paix de l'éternité ; l'une qui se contente des biens terrestres, l'autre qui ne soupire qu'après les biens célestes; l'une qui doit être

1. De Peccatorum mcritis et rcmi$\iour ^ Vih. I, cap. Xiii. Quomwlo p.r UHum mors et /*er imum viia.

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vaincue et périr, Taulre qui doit triompher et être immortelle. L'histoire de la Cilé de Dieu est, par conséquent, la clef de voûte de l'histoire; c'est à l'accomplissement de ses destinées que conspirent tous les événements qui ont rempli ou qui rempliront les siècles. Car, pourquoi la consommation des temps est-elle retardée, sinon afin que le nombre prédestiné des saints soit accompli? « Non propter aliud retardalur hoc seculum, nisi ut impleatur prœdestinatus ille numertis sanctorum, quo ci tins impie to, profecto nec terminus seculi differetur^. »

Il est impossible, au premier aspect, de ne point admirer le caractère simple et grandiose de cette conception. Cependant, sous cet appareil majestueux, un examen attentif découvre bientôt le système et l'hypothèse, et sous cette simplicité qui séduit, plus d'une incohérence ou d'une contradiction.

Et d'abord, si l'unité primitive a été altérée par le péché d'un seul, et, pour ainsi parler, brisée en deux, Augustin enseigne-t-il exactement qu'elle sera ou qu'elle peut être rétablie par la justification d'un seul î Non, sans doute. Le Christ de l'évêque d'Hippone deviendra le Christ aux bras étroits. Sa doctrine implique que le genre humain tout entier a été corrompu dans un seul, mais non pas qu'un seul doive restituer au genre humain sa primitive intégrité. Loin de là : il s'est opéré une scission irréparable, il y a le camp des réprouvés et le camp des élus ; il y a la Cité de la terre et la Cité du ciel. Mêlées dans la vie présente, ces deux Cités se dé-

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