‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 533 sur 539 · Divin, Instit,, lib« VI, cap. xi · texte numérisé non relu

Divin, Instit,, lib« VI, cap. xi

bondailee et des hommes qui expirent de pénurie? Ici la loi divine intervient qui corrige la loi positive. La loi divine ne saurait tolérer non plus ces récréations sacrilèges, où des spectateurs de tout âge, de tout sexe, de toute condition, boivent, à longs traits, par les yeux, le sang ou la volupté, pendant que des acteurs, instruments de ces plaisirs impurs, sont rivés, comme par une chaîne, à un office de mort ou d'infamie. Aussi les Pères dénoncent ardemment les fureurs du cirque et proscrivent les représentations scéniques. Et en même temps qu'ils mettent à découvert, pour les rendre détestables, les attraits énervants ou les amorces de cruauté, ils détruisent peu à peu Tesclavagedu théâtre. Nul chrétien d'abord, et bientôt nul homme honnête, né d'un père acteur, ne sera plus tenu d'être acteur. Un jour même, un solitaire, nommé Télémaque, se jetant au milieu de gladiateurs prêts à s'entre-tuer. Théodose II supprimera pour jamais ces combats horribles, et la charité maltresse défendra, en les abritant, non-seulement les âmes mais les corps.

Le paganisme, qui n'avait aucune idée nette de ces deux vertus qu'on appelle la chasteté et la charité, ou qui n'en offre guère aux regards les plus scrutateurs qu'une esquisse effacée, le paganisme, loin d'estimer l'humilité comme une vertu, la méprisait comme un abaissement. L'orgueil faisait le fond de la vie païenne. Les Pères déclaraient, au contraire, que sans l'abdication de soi-même, la reconnaissance de ses imperfections, l'aveu de son néant, en quoi consiste l'humilité, rien ne sert, et que la chasteté et la charité elles-mêmes défaillent, si l'humilité ne les supporte. Le jeûne, la prière

et la souffrance sont les parties de rhumilité. La solitude en est comme Tatmosphère. Au lieu donc de croupir dans le tumulte des cités , où régnent le vertige des affaires, la démence des opinions, les fuligineuses hallucinations de la débauche, des chrétiens, un Paul, un Antoine, un Hilarion, les Pères eux-mêmes allaient habiter les déserts de Fayoum , de la Thébaide ou de la Syrie. Et c'était là que vivifiés par le grand air de la méditation et la discipline du repentir, les sentiments, les affections, les idées s*épurant, formaient pour les nations comme un sang régénéré. Le dogme expliqué, appUqué, répandu, ressemblait au grain de sénevé, dont il est parlé dans rÉvangile. Imperceptible semence, par le laps du temps, un arbre gigantesque en sortait, aux fruits nourriciers, à Tombrage protecteur, aux rameaux innombrables et immenses, à Tentour duquel devaient dessécher et périr les plantes rampantes et les herbes parasites ' !

Cependant , ce n'était pas seulement la résistance de vices invétérés qu'avait à vaincre le Christianisme naissant. A son encontre, il trouvait deux formidables obstacles, la force et la science païenne. Heureusement, de ces obstacles mêmes , sa divine vertu lui fit bientôt des moyens.

a Les Romains , écrit Rousseau , ayant étendu avec leur empire leur culte et leurs Dieux , et ayant souvent eux-mêmes adopté ceux des vainqueurs , en accordant aux uns et aux autres le droit de cité , les peuples de ce

]. Voy. mon livre inlitalé : Les Pèrei de l'Église latine; leur vie, letin éeriti, leur temps; 2 vol. in-18, Parti, ]8S6i IntrodHCtion,

vaste empire se trouvèrent insensiblemeDt avoir des multitudes de Dieux et de cultes, à peu près les mêmes partout : et voilà comment le paganisme ne fut enfin dans le monde connu qu'une seule et même religion.

Ce fut dans ces circonstances que Jésus vint établir sur la terre un royaume spirituel : ce qui , séparant le système théologique du système politique, fit que l'État cessa d'être un, et causa les divisions intestines qui * n'ont jamais cessé d'agiter les peuples chrétiens. Or, cette idée d'un royaume de l'autre monde n'ayant jamais pu entrer dans la tête des païens, ils regardèrent toujours les chrétiens comme de vrais rebelles , qui , sous une hypocrite soumission , ne cherchaient que le moment de se rendre indépendants et maîtres , et d'usurper adroitement l'autorité qu'ils feignaient de respecter dans leur faiblesse ^ »

De là , en effet , parmi les absurdes et calomnieuses rumeurs que les païens entretenaient contre les chrétiens, parmi les accusations d'athéisme et dMnceste, le reproche irritant d'attirer sur l'empire, en méprisant les Dieux, les maux qui l'accablaient, ou de violer sa sûreté par des machinations. Les Pères se trouvaient, de la sorte , forcés de prendre la plume et de confirmer leurs exemples, leurs prédications, leurs doctrines par de publiques et solennelles apologies, lesquelles s'adressaient surtout aux empereurs.

Telle fut la politique constante des Pères. Obéissants aux empereurs, mais, d'une manière inébranlable, obéissants à Dieu, s'ils ne déclinèrent jamais les devoirs

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