‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 535 sur 539 · Contre Hermogéne et contre Péluge · texte numérisé non relu

Contre Hermogéne et contre Péluge

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celle des évéques , et qu'il serait impossible de trouircr ailleurs plus de \ertus, de grandeur et de génie' ; » n'est-il pas clair, néanmoins, que TËglise a été représentée après tout par des hommes, et que ces hommes, qui ont eu leurs passions, ont dû, en outre, se montrer plus ou moins éclairés selon le cours naturel des siècles^? C'est pourquoi, qui pourrait nier aussi qu'à de certaines époques, l'autorité ecclésiastique n'ait fait pré* valoir en philosophie un point de vue négatif, éloigné de l'expérience, contraire à la libre recherche, le point de vue ecclésiastique ; qu'en opposant l'une à l'autre la vérité révélée et la vérité naturelle, elle n'ait parfois discrédité la science et transformé toute nouveauté en impiété; qu'en créant le dualisme de la vie religieuse et du siècle, elle n'ait en quelque manière débandé les ressorts de l'activité humaine ?

Cette influence , à plusieurs égards immobilisante , quoique tutélaire, devient plus sensible à mesure que le triomphe de l'Église sur le paganisme et les hérésies semble plus assuré. Et sans doute, au quatrième siècle de notre ère , le paganisme n'est point complètement vaincu. Qu'est-ce, effectivement, que le plaidoyer de Symmaque pour le rétablissement de l'autel de la Victoire, sinon encore le paganisme dans les institutions ? Et qu'est-ce, par exemple, sinon encore le paganisme dans les mœurs, que les paroles du même Symmaque, l'esprit le plus orné , le plus délicat, le plus exquis de son siècle, lequel se plaint de la perfidie de vingt-neuf

J. M. de Châleaubriand , Génie du Christianisme , liv. 111, chap. ii. 2. Cr. /d., ibid.. Ht. 11, chap. i.

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Saxons qui, la veille du jour où ils devaient paraître dans le Cirque , ont préféré se donner la mort, « desperatœ gentis impias manus ' ?» D'autre part, à cette même époque, les hérésies ne cessent de se montrer remuantes; entretenues qu'elles sont par les discussions métaphysiques et théologiques, qui, en Tabsence de tout intérêt politique, passionnent les intelligences, à Alexandrie comme à Rome, à Antioche comme à Carthage. Toutefois, et parmi ces conflits, l'Église acquiert chaque jour une prépondérance manifeste.

Il était dans la destinée d'Augustin d'aider puissamment à étendre, à asseoir cette grande autorité. Et, en réalité , l'Église n'eut pas, au quatrième ou au cinquième siècle, de plus illustre champion, ni de plus ferme soutien que lui. Jamais homme, aussi bien, n'avait réfléchi avec une telle plénitude , dans les vicissitudes de son âme les vicissitudes mêmes de son temps; disons mieux , la lutte des deux civilisations, qui, pour lors, se disputaient l'univers. D'abord esclave des sens, destitué des salutaires notions de spiritualité, de responsabilité, de Providence, grossièrement païen en quelque façon, puis Manichéen, et successivement panthéiste, peu s'en faut sectateur d'Kpicure , disciple de la Nouvelle Académie, Platonicien , Chrétien, il avait fini nonseulement par rentrer dans l'Église où il était né, mais par y prendre place au nombre des prêtres, et bientôt au rang des évêques.

C'est en tenant compte de ces vicissitudes que Ton peut justement apprécier sa philosophie.

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