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Un des caractères , en effet , qui frappe le plus lorsqu'on envisage dans son ensemble la philosophie de saint Augustin, c'est qu'elle est entièrement épisodique et polémique, et, en somme, beaucoup plus démonstrative qu'inquisitive. Vainement chercherait-on dans les volumineux écrits de Tévèque d'Hippone un corps de doctrine. Jusqu'au moment de sa conversion, il a vécu, pour ainsi parler, au jour le jour, ne fixant nulle part son inquiète et mobile pensée. Une fois converti , le dogme qu'il a embrassé lui devient peu à peu une sorte de géométrie , dont tous les théorèmes constituent pour son intelligence autant d'indéclinables nécessités. De là, trop fréquemment, dans ses ouvrages, des variations et des retours,des indécisions et des lacunes, des obscurités et des lieux communs ; le bel esprit remplaçant l'érudition; l'interprétation allégorique et mystique substituée à la science ; l'abus des comparaisons et des antithèses ; la rhétorique au lieu de l'éloquence. Observons, en outre, avecEllies Dupin', qu'on peut répéter de saint Augustin ce que Cicéron disait de lui-même en matière de philosophie, qu'il est magnus opinator, c'est-à-dire qu'il avance quantité de sentiments qui ne sont que probables. Fixé de très-bonne heure dans la théologie , il y ploie toute philosophie. Comme il s'assure être en possession de l'absolue vérité, il n'a plus d'autre souci que de la faire accepter ou de la défendre. Dès lors, exclusivement occupé du but , il n'hésite pas toujours sur les moyens.
De ce premier caractère de la philosophie de saint