I. De Quantiiate AnimMf Hb. unus, cap. iili
DE LA NAIUHB DK l'aME. 167
tons dans les corps des hommes ou des animaux y pourraient être produits directement par refûcace seule de Dieu et sans qu'il fût besoin d'y supposer aucune âmo.
Quant aux plantes, Augustin n'estime point qu'il convienne de leur accorder une àme. L'âme des plantes est une des mille aberration du Manichéisme, et des plus grossières, qu'il répudie absolument. C'est Dieu qui opère le mouvement des plantes, lequel s'appelle intussusoeption, et qui ajoutant à ce mouvement la chaleur, leur procure nourriture et accroissement.
Cependant, que faut-il penser de l'opinion des Platoniciens qui ont admis une âme du monde '? Augustin déclare qu'un tel sentiment ne doit être ni accepté, ni rejeté à la légère. Ce n'est point non plus sans examen qu'il croit permis d'attribuer, ainsi que le font plu* sieurs, une âme à chaque astre en particulier, comme au soleil et à la lune. Mais, en tout cas, et sans se prononcer sur le fond du problème; que cette âme du monde soit Dieu, c'est ce qu'il nie d'une manière inébranlable. Faire de Dieu l'âme du monde, ne lui paraîtrait pas moins impie que déraisonnable.
Il seraitégalemeuterroné, à son sens, de ne reconnaître pour tous les animaux qu'une seule âme universelle, au Heu d'attribuer une âme particulière à chaque animal en particulier; car la sensation, par exemple, qu'éprouve un animal n'est point au même moment éprouvée par un autre animal.
D'un autre côté, chez l'homme, et par conséquent
I. De CivUate Dei , lib. X, cap. xxix. Voy. ci-aprèë, liv. I,ch. iv, \, De la Création,
aussi dans un autre animal quelconque , il n'y a qu'une âme et non pas deux âmes. Effectivement , une même àme raisonnable suffit pleinement à exécuter les opérations tant intellectuelles que sensitives qui s'accomplissent en nous. Vainement objecterait-on que notre choix se porte tantôt au bien et tantôt au mal. A ce compte, comme ce n'est pas toujours seulement entre deux partis que nous sommes sollicités, mais quelquefois entre trois ou quatre partis différents, sera-t-il donc nécessaire d'admettre trois ou quatre âmes? Cette proposition tombe par son énonciation même, a Simple dans son essence , l'âme est multiple dans ses opérations ^ » Que si la chair conspire contre l'esprit, que si la loi du corps lutte contre la loi de l'intelligence , ce n'est point là un duel de deux principes contraires violemment unis; ce n'est point, comme le prétendent les Manichéens qui font de la chair une nature ténébreuse et mauvaise, le conflit de deux natures. Ce combat n'est autre chose que la division d'avec ellemême, que le péché a introduite dans l'âme qui est une^. Il serait enfin peu sensé de croire qu'il y ait dans le fœtus humain comme une succession d'âmes qui se remplacent les unes les autres. Avant d'avoir le sentiment, le fœtus n a pas plus besoin d'âme qu'un arbre, et, lorsqu'il commence à sentir, c'est assez de lui accorder une âme raisonnable , laquelle encore est assoupie, comme on l'observe chez l'enfant qui vient de