Vie, T. II, p
— iode la Princesse Malhilde où il trouva Taccueil le plus bienveillant jusqu'au jour de la rupture que devait provoquer son portrait de Napoléon, celui de la comtesse d'Haussonville, de Guizot, d'Edouard Bertin. Les Notes sur Paris furent prises en partie au retour de ces réunions mondaines.
En 1864, Taine fit un séjour en Italie; les études d'art qu'il y poursuivit devaient lui servir pour son cours à l'Ecole des Beaux-Arts ; il allait, en effet, y être nommé à la chaire d'esthétique et d'histoire de l'art le 24 octobre 1864. Taine fut très heiu'eux de cette nomination ; elle fut une compensation au déplaisir qu'il ressentit à se voir refuser par l'Académie Française, le prix Bordin pour lequel il avait présenté son Histoire de la littérature anglaise.
Il commença son cours à l'Ecole des Beaux- Arts en 1865 ; il devait y professer pendant vingt ans avec un succès toujours égal. M. Paul Bour* get a dépeint d'une façon très vivante l'impression qu'il a gardée des leçons du maître :
(( Je me souviens qu'au lendemain de la guerre, étudiants à peine échappés du collège, nous nous pressions avec un battement de coeur dans la vaste salle de l'Ecole des Beaux-Arts, où M. Taine enseignait pendant les quatre mois
\ d'hiver... Le maître parlait de sa voix un peu I monotone et qui timbrait dun vague accent ! étranger les mots des petites phrases ; et même cette monotonie, ces gestes rares, cette physionomie absorbée, cette préoccupation de ne pa^ surajouter à l'éloquence réelle des document^ réloquence factice de la mise en scène, — tous ces petits détails achevaient de nous séduire. Cet homme, si modeste qu'il semblait ne pas se douter de sa renommée européenne, et si simple qu'il semblait ne se soucier que de bien servir la vérité, devenait pour nous lapôtre de la Foi Nouvelle. Celui-là du moins n'avait jamais sacrifié sur l'autel des doctrines officielles. Celui-là n'avait jamais menti. C'était bien sa pensée qu'il nous apportait dans ces petites phrases si courtes et si pleines, . — sa pensée, profondément, invinciblement sincère... ^ ».
Taine condensa la matière de son enseignement à l'Ecole des Beaux-Arts dans les deux volumes de la Philosophie de VArt publiés en En 1866 parut le Voyage en Italie, Taine consacra tes trois années suivantes à la préparation de son ouvrage de prédilection
l Paul Bourget, Essais de Psychologie contemporaine. Paris, Lemerre, 1889, pp. 179-180.
Y Intelligence, dont la première édition date de
Le 8 juin 1868, Taine avait épousé Mademoi*^ selle Denuelle, fîlte de M. Alexandre Denuelle, artiste d'un talent très estimé.
Il voyageait en Allemagne au commencement de Tannée 1870, ne prévoyant guère les événements qui allaient éclater. La déclaration die la guerre le surprit douloureusement. De retour à Paris, il voulut prendre "du service dans la Garde Nationale, mais il s'y vit refusé à causé de sa santé débile. Il faut lire Sd correspondance de cette époque pour se rendre compte de l'impression profonde qu'il ressentit des suites funestes qui devaient résulter pour la France de la guerre avec l'Allemagne. « J'ai essayé — écrivait-il — de me remettre au travail, mais sans y réussir. L'anxiété et le cha-» grîn ont émoussé ma verve... Je suis las, et je ne sais pas si je retrouverai la force d'écrire. » « Les nouvelles deviennent de plus en plus tris^ tes. Il y a des jours où j'ai l'âme comme une plaie ; je ne savais pas qu'on tenait tant à sa patrie... »
Les événements de la Commune de Paris provoquent chez lui une indignation profonde et une souffrance intime : ;
« Je suig dans un état continu de désespoir sec et de colère muette pour qui toute parole ou écriture est une peine... » « Ma vie est bien vide, et fai te cœur triste. J'essaie en vain de travailler, j'ébauche en pensée mon futur livre sur la France contemporaine ^ »
L'impression fut durable et provoqua chez Taihe une orientation nouvelle de ses travaux. Les Origines de la France contemporaine sont la contribution qu'il apporta à l'œuvre de régénération que les hommes de cœur rêvaient en France pour leur patrie, au lendemain de ses désastres.
M. Gabriel Hanotaux a décrit le revirement qui s'opéra dans cet « ascète de la pensée », dans ce <( prophète du déterminisme ».
(( Le philosophe dit adieu, une fois pour toutes, à la philosophie. Jusque-là, il avait fait deux parts de sa vie, réservant la meilleure à la contemplation et à la recherche de la vérité pure : il met les pieds dans la rue et il entençl la clameur qui retentit dans la cité. Drame d'idées. Ce petit homme mince et décoloré, mâchonnant ses feuilles pectorales, l'œil bigle et le regard gris derrière ses lunettes épaisses, a vu enfin ces