Phil. de VArt, T. I, pp
avec ce mince bagage de principes ; il reste alors à faire de l'histoire, à aborder les faits.
Aussi, la Philosophie de VAri a-t-elle Tallure d'une histoire de l'Art ; mais c'est de l'histoire organisée, de l'histoire qui doit prouver des théories et soutenir un système. Taine n'a d'ailleurs jamais compris l'histoire que de cette façon. Son esthétique semble être tout entière dans les conclusions qui se dégagent de l'exposé des faits, mais elle est aussi dans les raisonnements que le système inspire.
Les faits étudiés par Taine sont nombreux ; il y a une vue d'ensemble sur les quatre grands moments de la civilisation européenne, l'antiquité grecque et romaine, le moyen âge féodal et chrétien, les monarchies nobiliaires et régulières du XVir siècle, et la démocratie industrielle régie par les sciences, dans laquelle nous vivons aujourd'hui ; il y a une étude minutieuse et détaillée de la peinture de la Renaissance en Itahe, de la peinture dans les Pays- Bas, et de la sculpture en Grèce.
Les raisonnements s'inspirent du système et viennent par conséquent confirmer les lois antérieurement établies ; l'esthétique de Taine n'est, en effet, que l'application à la solution des questions esthétiques, de sa loi des Fac-
leurs Primordiaux. C'était logique ; la produc» tion des œuvres d*art ne pouvait échapper à Tempire des « divinités du monde social ».
La loi de la production artistique peut s'é^ noncer ainsi : « L'œuvre d'art est déterminée par un ensemble qui est l'état général de l'esprit et des mœurs environnantes. »
La preuve expérimentale de cette loi ressort de l'examen des faits ; Taine y a consacré une très large étude ; nous venons d'en rappeler l'objet.
La preuve de raisonnement consiste à montrer, non seulement qu'en fait, la dépendance entre les œuvres d'art et l'état général de l'es^ prît et des mœurs, est rigoureuse, mais encore qu'elle doit l'être. Polir cela, on analyse cet état ; <( on cherche diaprés les règles ordinaires de la nature humaine, les effets qu'un pareil état doit produire sur le public et sur les artistes, partant sur l'œuvre d'art. On en conclut une liaison forcée et une concordance fixe, et l'on étabht comme une harmonie nécessaire ce qu'on avait observé comme' une simple rencontre ^ ». Le chaos des faits disparaît ; à leur place, les yeux du penseur voient un ordnp et
1. Phil. de VArl, T. I, pp. 49-50. -^ Voyage en Halte, T. I, p. |.
une harmonie qui trahissent l'action d une loi Les œuvres d'art perdent leur caractère artifi-. ciel et deviennent en quelque sorte le couronnement de la nature ; « les grandes forces qui, façonnent Thumanilé sont des ouvriers insufB-. sants ; elles ne font leur œuvre qu'à demi, elles^^ ne produisent que des ébauches ; mais ce qu'elles ont ébauché, l'art Taccomplit ^ ». La production des œuvres d'art prolonge l'action des; lois naturelles ; comprendre les œuvres d'art, c'est donc saisir les lois qui les régissent, c'est apercevoir la nature sous l'artifice humain, et sentir son action harmonieuse à travers le désordre des choses et le tourbillon des faits. Aussi; l'initiation aux véritables mérites des œuvrer d'art est-elle le plus souvent toute intellectuelle ;: Taine prétendait n'avoir « compris les arts que par la pensée, et le beau, que par la philosophie et l'analyse ^ ».
Nous avons vu plus haut la façon dont larace, le milieu et le moment façonnent les institutions et le génie d'un peuple. Ces facteurs.. créent une température morale dont le degré, n'est compatible qu'avec une certaine nature de talents et certains caractères d'institutions.^