‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 115 sur 181 · I. Phil, de VArU Tome r, pp. 57 à · texte numérisé non relu

I. Phil, de VArU Tome r, pp. 57 à

N^ bel et bien le résultat d'un procédé dogmatique. Sans doute, il a écarté systématiquement cet ensemble de définitions qui encombraient l'ancienne esthétique ; mais il y avait là en quelque sorte du dogmatisme intrinsèque. Tairie averse dans le dogmatisme extrinsèque, c'est-à-dire qu'il a procédé par voie déductive, partant des règles ordinaires de la nature humaine pour aboutir, par des raisonnements, à l'établissement des lois qui régissent l 'activité -himiaine dans le demaine des arts. Or, ces lois ordinaires de la nature humaine n'étaient autres que celles qui constituent sa sociologie ; la théorie des milieux devait fournir la formule définitive de l'esthétique. L'histoire, chez Taine, est le plus souvent un masque, destiné à maintenir l'apparence du procédé positiviste et induclif, et à couvrir le dogmatisme du procédé déductif. En réalité, dans ses investigations historiques, Taine cherche, non ^ découvrir des lois, mais à en vérifier. Ces lois sont élaborées a priori, comme des projections du système ; les faits devront s'y adapter, se plier aux exigences des cadres imposés, devenir a significatifs », ou rentrer dans le silence et rester \^ dans l'oubli.

Cet emploi factice de la méthode positiviste

apparaît 1res clairement dans la Philos de VArt. Aussi bien, les faits que révèle toîre de Tart sont-ils plus malléables, pit elles à fournir la signification qu on d'eux. C'est pourquoi l'esthétique de garde, au premier regard, avec sa puis originalité, des apparences d'impartialité fascinent les esprits non prévenus. Car vraiment de la fascination qu'elle exerce raisonnements sont bien conduits, les fail voqués les soutiennent puissamment, et ferme le livre à peu près convaincu, tou enthousiasmé ^.

Mais à la réflexion, on s'aperçoit bientc la prétendue vue d'ensemble est restée fra^ taire, que l'explication est tendancieuse, qi lacunes sont nombreuses ; on sent l'infl d'un système qui impose des preuves et ch une vérification. Or, des préoccupations i matiques entraînent presque toujours une de cécité vis-à-vis de tout ce qui contrée simplement n'établit pas l'idée préconçue.

Taine concevait la Renaissance ital comme une renaissance de l'antiquité c

I. Johannes Schlaf, Krilik der Tainéschen Kunsltheo Wien imd Leipzig, 1906. M. Schlal est un a converti » : gr mirateur de Testhétique de Taine, il en est revenu, et il ei dans cette brochure une critique serrée et sévère.

que. Toute son étude sur cette époque historique est imprégnée de ce préjugé, et tous ses efforts tendent à en établir le bien fondé. On a souvent noté la fausseté de cette conception.

(( De même qu'on ne peut pas dire, écrit M. Venturi, que la langue du Dante et de l'Arioste soit une renaissance de la langue latine, ainsi Ton ne peut pas affirmer que Tart de Giotto, de Donatello, de Léonardo et tous les autres héros qui tâchèrent d'atteindre le but suprême assigné par Dante à l'artiste : la vérité de la vie, soit une renaissance de l'antiquité classique. La suprématie de cette dernière sur l'art nouveau caractérisa la Renaissance, forma le grand art, selon Taine. Pour nous, au contraire, elle détermina la fin du mouvement ascensionnel de l'art, c'est-à-dire la décadence. La grande et profonde sincérité n'existait plus; dans l'effort pour grandir les formes, l'art avait perdu ses rapports directs avec la nature, son caractère intime, son esprit ; il ne parlait plus, mais déclamait à la façon des rhéteurs... ^ »

A introduire une conception systématique dans l'histoire de l'art, on aboutit à fausser la

1. Adoifo Venturi, Taine, historien de VArt. Lettre à Monsieur le Professeur Giacomo Barzellotti. Publiée en appendice à Fou- \rage de Barzelotti, op ciL, pp. 422-423.

plupart des résultats qu'on prétend établ progrès artistiques ne suivent pas une év< unilinéaire ; il y a, au sein de toute c lion, des tendances diverses, des défai partielles, des floraisons soudaines et tionnelles. Taine ne Ta jamais compris; la méconnaisance de certaines formes d' dédain pour des mérites souvent très ri silence et Toubli pour toutes les manifes artistiques qui contredisent sa formule bordent de ses cadres ^.

Le défaut de la théorie des milieux a] ici très clairement ; à lui reconnaître le tère d'une véritable loi naturelle, un la A rimpuissance. Dans son préjugé détei te, elle ne tient pas compte de cet élém< tient en échec toutes les prétendues lo toriques : la^ liberté humaine.

La formule de l'esthétique de Tain< 1 utilité que présentent toutes les théorie faites ; car, « ce sont, écrit M. Anatole I des étagères indispensables pour rang faits dans des compartiments ^ ». Or, 1 sèment artificiel correspond souvent, da

L JuIcB Dcaîr^Ê, Notes sur lee Primiti[e UaHens. Sur Peintre» de Sienne^ BnuteHea, DîelrEcb, IDû3p p* 15 el b 2 Acalole Fr^Dce, dans le Temps du 13 mars 1893.

certaine mesure, à Tordre réel ; c'est pourquoi la théorie des milieux peut être à certains points de vue très utile, et aboutir parfois à des ré-^ sultats heureux.

C'est là un mérite qu'on ne peut méconnaître, et qui, joint aux qualités de style et d'érudition des ouvrages d'esthétique de Taine, les rangera, « malgré les erreurs qui les déparent,parmi les œuvres remarquables de la littérature du XIX^ siècle ^ ».

!• R. P. At, Taine, philosophe, esthète, historien. Paris, Arthur- Savaète, p 32.

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