‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 140 sur 181 · De VJntelligence, Tome II, pp. 312 à · texte numérisé non relu

De VJntelligence, Tome II, pp. 312 à

; i: ! ^ ; L'emploi de ces diverses méthodes nous permettra de toucher du doigt les causes prochaines des phénomènes que Texpérience nous fait connaître. Nous pourrons alors remonter de ces causes prochaines aux causes plus éloignées, et d'anneau en anneau, nous en suivrons la chaîne jusqu'à la cause des causes, jusqu'au suprême sommet des choses, où se prononce (( l'axiome éternel », la formule créatrice et divine dont le retentissement prolongé, compose par ses ondulations inépuisables l'immensité de l'univers.

La logique de Taine n'a rien de très original. Elle est, pour une bonne part, un décalque de la logique de Stuarf Mill. Taine n'a fait qu'adapter celle-ci à ses doctrines psychologiques.

Très manifestement l'auteur de Vlntelligence est soucieux de voir que sa psychologie shnpliste ne diminue en rien la valeur de nosopérations intellectuelles. Qu'il y ait réussi,, rien n'apparaît moins clairement, et nous avons fait remarquer plus haut la foncière disproportion qui se manifeste, dans le système de Taine, entre les facultés cognitives et leurs opérations,. entre les théories sur la connaissance et les

théories sur la certitude. Nous n'avons plus à y revenir.

Si nous avons insisté assez longuement sur la Logique, c'est qu'il importait de faire voir comment Taine a cherché à mettre de l'imité <lans son système. Tout en restant dans les limites étroites de la méthode positiviste, il a prétendu pénétrer jusque dans la métaphysique.

L isolement des données simples de l'expérience devait, selon lui, nous faire atteindre le principe même de l'univers.

La réconciliation rêvée est-elle possible ?

Nous ne le pensons pas. Taine raisonnait les données de l'expérience, c cst-à-dire qu'il leur appliquait quantité de principes dont le renouvellement du point de vue auquel il se plaçait, lui imposait tout au moins le contrôle. Or la confiance spontanée qu'il professait à leur égard n'aurait pu être justifiée par les simples données de l'expérience, et elle aurait dû s'effondrer -devant la méfiance inévitable que doivent inspirer les conclusions logiquement subjectivistes de sa psychologie. Il avait donc, avant d'aller plus avant, à déblayer le terrain.

Mais il semble que Taine n'ait jamais eu cet esprit de critique à l'égard de ^a philosophie. Il inclinait par nature à une certitude paisible et

confiante dans les vastes généralisations qu'il édifiait sur des fragments d'expérience. Il n'est pas de question qu'il ait envisagée, sans qu'il y trouvât l'occasion d'une vue d'ensemble sur l'imité de l'univers. Sa tournure d'esprit <( classique et française » l'y poussait, et nous retrouvons dans sa Logique, cette préoccupation de rechercher dans toutes les sciences, une <^ avenue » vers la métaphysique.

Taiae. 19

Page 1